VII – GUERRE : LES VERITABLES COMBATTANTS ET LES VICTIMES

Alliés et assimilés Militaires Juifs Civils non juifs Total
URSS 11 000 000 1 100 000 14 900 000 27 000 000
ETATS UNIS -Front Européen 300 000 300 000
ROYAUME UNI-Europe 383 000 68 000 451 000
PAYS BAS 8 000 100 000 89 000 197 000
BELGIQUE 12 000 29 000 52 000 93 000
CANADA 45 000 45 000
AUSRALIE – Front européen 30 000 30 000
POLOGNE 240 000 3 000 000 3 000 000 6 240 000
YOUGOSLAVIE 446 000 63 000 514 000 1 023 000
SOUS-TOTAL 12 464 000 4 292 000 18 623 000 35 379 000
SOUS – TOTAL incluant toutes les victimes de la Shoah 12 464 000 6 009 000 18 623 000 37 096 000
URSS % pertes des alliés 88% pertes 73% pertes
Axe et assimilés
ALLEMAGNE-AUTRICHE 5 260 000 265 000 1 900 000 7 425 000
ROUMANIE 300 000 287 000 64 000 651 000
HONGRIE 300 000 590 000 80 000 970 000
BULGARIE 22 000 22 000
TCHECOSLOVAQUIE 24 000 142 000 205 000 371 000
FINLANDE 84 000 84 000
ALBANIE 28 000 28 000
ESPAGNE (Front russe) 12 000 12 000
GRECE 20 000 67 000 220 000 307 000
France 212 000 77 000 367 000 656 000
Norvège 3 000 1 000 6 000 10 000
Luxembourg 2 000 1 000 3 000
Danemark 2 000 1 000 3 000
Pays Baltes 280 000 140 000 420 000
SOUS-TOTAL 6 267 000 1 717 000 2 984 000 10 962 000
SOUS-TOTAL excluant les victimes de la Shoah celles de l’axe 6 267 000 2 984 000 9 251 000
TOTAL 18 731 000 6 009 000 21 607 000 46 347 000
URSS ET SHOAH % pertes du camp allié 86.5% pertes

L’URSS a subi 88% des pertes militaires du camp allié et a de fait mené et gagné pratiquement seule la guerre avec le soutien secondaire des autres alliés. Avec près de 27 000 000 de morts civils et militaires l’URSS a subi 73% des pertes du camp allié en Europe. Les 2/3 du peuple juifs européen a été exterminé par les allemands laissant indifférents les États Unis et le Royaume Uni.

La population juive européenne comptait 12 100 000 de personnes en 1880 et déjà les pogroms avaient entrainé un départ massif vers les États Unis et la Palestine. Ainsi en 1939 la population juive ne comptait plus que 9 600 000 personnes.

La Shoah a entrainé la disparition de 6000 000 de juifs et l’antisémitisme rémanent après la guerre dans les pays dans lesquels les juifs vivaient ont amené les rescapés à quitter l’Europe qui ne comptait plus que 1 425 000 juifs en 2010.

En un siècle l’antisémitisme européen a entraîné la mort ou le départ de 88% de la population juive ; il s’agit d’un marqueur indiquant du véritable niveau de civilisation en Europe.

VIII- INFORMATIONS RECUELLIES PAR LES SERVICES SECRETS BRITANNIQUES

A partir de Juin 1941 (c’est à dire le mois du démarrage de l’opération Barbarossa), les britanniques mirent en place un certain nombre de méthodes permettant de déchiffrer les messages allemands. Une attention particulière fut donnée par les britanniques aux messages de l’Ordnungspolizei, de l’Abwehr, de la GESTAPO ou du Sicherheitdienst ou SD, ce qui leur permit d’être informés des opérations d’extermination des Einsatzgruppen en URSS et du démarrage de la Shoah. Les Britanniques interceptaient les statistiques d’extermination envoyées des camps de Dachau, Buchenwald, Auschwitz et de sept autres camps.

Parmi les documents déchiffrés il existe le mémorandum d’une conversation entre Adolf Hitler et le grand Mufti de Jérusalem Hadj Amin Al-Husseini le 28 novembre 1941. Hitler lui avait expliqué que le but de l’Allemagne était l’extermination des juifs en Europe et au moyen Orient ; il utilisait le mot « Vernichtung » (destruction).

Par ailleurs les renseignements sur « l’extermination de masse des juifs » étaient confirmés par la transcription par les Britanniques des conversations des prisonniers allemands. Les Juifs étaient clairement considérés comme l’ennemi suprême de l’Allemagne au travers des informations obtenues qui confirmaient ce qu’Hitler avait écrit et déclaré.

Exemple de message statistique intercepté le 11 janvier 1943 à 10h05 et envoyé au SS Obersturmbannfuhrer Heim :

Rapport de quinzaine et de fin d’année

Camp Quinzaine au 31.12.1942 Total 1942
L= Lublin 12 761 24 733
B=Belzec 0 434 508
S=Sobibor 515 101 370
T=Treblinka 10 335 713 555
Total 23 611 1 274 166

 L’extermination des Juifs constituait pour les services de renseignements des pays alliés un élément secondaire de la guerre à ne pas prendre en compte pour ne pas se déconcentrer de l’objectif majeur : la victoire contre l’Allemagne.

Il était considéré que l’extermination des juifs prendrait fin avec la guerre sans prendre en compte la vitesse d’extermination et leur faible nombre. 

IX- INFORMATION ET ACTION DU COI ET DE L’OSS (États-Unis)

Le service de renseignements pour l’étranger a été confié au COI créé en août 1941 (Coordinator of Information) puis à partir de juin 1942 au nouvel organisme OSS (Office of Strategic Services) qui deviendra après la guerre la CIA. Le COI puis l’OSS ont commencé à utiliser les sources d’information diplomatiques et le témoignage de réfugiés. A la fin d’août 1941 l’ambassadeur du Mexique à Lisbonne J.M. Alvarez de Castillo leur indiqua :

« Presque tous les matins dans les villes russes occupées par les troupes de l’Axe, des hommes et des femmes accusés d’avoir commis des actes de sabotage au cours de la nuit sont exécutés par des escadrons militaires. Ces assassinats de masse d’hommes et de femmes innocents et sans défense sous le faux prétexte d’acte de sabotage montrent l’état moral ou plutôt amoral du Reich ».

Le 28 juin 1942 l’OSS reçut une lettre de témoignage de Lisbonne disant : « L’Allemagne ne persécute plus les Juifs, elle les extermine. La nouvelle politique raciste dont la cruauté froide et calculée surpasse celle de Magdebourg ou de Carthage, me fut révélée par un officier britannique qui avait échappé à l’enfer du ghetto de Himmler à Varsovie…. »

Le consul chilien à Prague Gonzalo Montt Rivas fournit de nombreux renseignements sur les mesures prises contre les Juifs. En Novembre 1941 Montt résuma la politique nazie en ces termes :

« Le triomphe allemand débarrassera l’Europe des Juifs. Ceux qui s’en sortiront seront certainement déportés en Sibérie… »

Abraham Duker et Charles Irving Dwork du Service R&A (Research & Analysis) de l’OSS avaient constitué un dossier complet sur la Shoah. Ce dossier appelé « Collection Duker-Dwork » est conservé aux Archives Nationales des États-Unis. Duker et Dwork furent choqués par le manque d’intérêt de l’OSS pour la Shoah et étant juifs ils craignaient de se voir reprocher d’attacher une trop grande attention à ce sujet en opposition aux règles qui leur étaient imposées.

X -L’APPEL DE GERHART RIEGNER

En 1942 divers rapports sur la Shoah en cours d’exécution furent envoyés à des personnalités juives résidant en Suisse. Eduard Schulte en fit un rapport qu’il remit au représentant du Congrès juif mondial à Genève : Gerhart Riegner.

Au début du mois d’août 1942, Gerhart Riegner envoya par câble des détails précis sur la Shoah aux diplomates anglais et américains en poste à Genève et aux représentants du congrès juif mondial.

Contenu du câble:

« Reçu nouvelle alarmante qu’au quartier général du Führer discussion et examen d’un plan selon lequel après déportation et concentration à l’Est tous les Juifs des pays occupés ou contrôlés par l’Allemagne représentant trois et demi à quatre millions de personnes doivent être exterminés d’un seul coup pour régler définitivement la question juive en Europe. Exécution prévue pour l’automne méthode à l’examen y compris l’acide prussique. Transmettons l’information sous toute réserve son exactitude ne pouvant être confirmée.

Informateur considéré comme ayant des liens étroits avec les plus hautes autorités allemandes et comme communiquant nouvelles en général fiables. »

Ce câble fut transmis aux gouvernements du Royaume Uni et des États-Unis. Le Comité international de la Croix rouge confirma les informations sur la base de ses propres sources au Consul américain à Genève en Octobre 1942.

Le sous secrétaire d’État Sumner Welles, un important conseiller du Président Roosevelt, ordonna une enquête. Le 22 Octobre le représentant du sous secrétaire d’État, rencontra Riegner qui lui remit un rapport de 30 pages issu de plusieurs sources. Le rapport indiquait que 4 millions de juifs que les allemands affamaient et réduisaient en esclavage seraient exterminés. L’enquête demandée par le Département d’État confirma l’exactitude des informations et une conférence de Presse fut tenue en novembre 1942. Le préposé américain aux réfugiés du département d’État Robert Borden Rams se plaignit de la conférence de presse qui soulignait l’importance de la Shoah au détriment du seul objectif à considérer : « la Victoire sur l’Allemagne ».

XI-JAN KARSKI : TEMOIGNAGE DEVANT LE MONDE

En Octobre 1942 Jan Karski s’introduisit à plusieurs reprises dans le Ghetto de Varsovie puis dans le camp d’Izbica Lubelska près du camp de Belzec.  Il se chargea de recueillir des informations sur la situation des juifs en Pologne afin de les transmettre à l’Ouest. Dans le ghetto il fut guidé par un membre d’une organisation sioniste et par un membre du Bund (Union socialiste Juive).

Le représentant du Bund lui déclara : « Vous les Polonais vous avez de la chance. Beaucoup d’entre vous souffrent ; beaucoup meurent mais votre nation vivra après cela. Après la guerre il y aura de nouveau la Pologne. Vos villes seront reconstruites et vos plaies finiront par cicatriser. De cet océan de larmes, de souffrances et d’humiliation il se relèvera, ce pays qui a été pour nous aussi une patrie. Seulement nous les juifs, nous ne serons plus là. Notre peuple tout entier aura disparu. »

« …Trois millions de Juifs Polonais sont condamnés à l’extermination, ainsi que d’autres venus de toute l’Europe. Ni la résistance polonaise, ni la résistance juive ne sont en mesure se s’y opposer. Toure la responsabilité repose sur les puissances alliées. Une aide effective ne peut être apportée aux juifs que de l’extérieur…. »

C’est le message que Jan Karski devait transmettre au monde libre.

En Janvier 1943 Jan Karski se rendit à Londres et rencontra Anthony Eden (Foreign Minister), Arthur Greewood, Lord Selborne, Lord Cranborne, Hugh Dalton….

En juin 1943 Jan Karski fut envoyé aux États-Unis pour y continuer sa campagne d’information. Le 28 Juillet 1943, il rencontra longuement le Président Franklin Roosevelt qui posa notamment des questions sur les méthodes nazies utilisées contre les Juifs.

Jan Karski ignorait probablement que les gouvernements britannique et américain étaient déjà parfaitement au courant de la situation qu’il décrivait du fait des nombreux rapports du MI-6 et de l’OSS et du Rapport de Gerhart RIEGNER d’août 1942 confirmé par le Département d’État et le Comité International de la Croix Rouge.