La propagande nazie dans les pays arabes a été longtemps sous-estimée. S’agit-il d’une entreprise d’occultation délibérée ? Pour l’heure, je ne dispose pas d’assez d’éléments pour répondre à cette question. Je constate qu’elle a longtemps été sous-estimée comme l’a été l’oppression vécue par les Juifs dans les pays arabes.

Il serait plus juste de mettre ces verbes au présent, surtout en ce qui concerne l’oppression des Juifs dans les pays arabes où toute une propagande s’emploie à nous faire accroire que les Juifs y coulèrent des jours heureux, et que les rapports Juifs – Arabes restent le modèle du Vivre-Ensemble.

Il s’agit d’une entreprise délibérée, activée par des propagandistes qui ont élaboré un Al-Andalus mythique, pays de douceur et de tolérance placé sous l’égide de l’Islam.

Qu’une certaine période de l’Islam en Espagne ait été plus féconde et moins violente que d’autres périodes de l’Islam en d’autres lieux ne doit pas nous faire oublier les extraordinaires violences qu’il a provoquées et provoque encore dans le monde, des violences dont les Juifs n’ont pas été et ne sont pas les seules victimes.

Georges Bensoussan a détricoté le mythe d’un Islam tendre-câlin avec les Juifs dans une somme de plus de mille pages : « Juifs en pays arabes : le grand déracinement 1850-1975 », une somme dont je recommande la lecture.

Concernant l’impact de la propagande nazie dans le monde arabe, deux livres puissamment documentés peuvent aider à appréhender l’ampleur de cette question : « Djihad und Judenhaas » de Matthias Küntzel (traduit en anglais sous le titre « Jihad and Jew-Hatred ») et « Nazi Propaganda for the Arab World » de Jeffrey Herf qui y rapporte les transcriptions d’émissions radiophoniques sur ondes courtes émises par les nazis en langue arabe, une propagande qui présente le territoire situé entre la Méditerranée et le Jourdain comme étant au cœur du conflit mondial.

L’orgueil arabe s’en trouve flatté et la théorie selon laquelle le Juif cherche à contrôler le monde arabe et le monde entier se voit confortée. Poursuivant dans cette lancée, les ennemis de l’Allemagne sont présentés comme des marionnettes manipulées par le Sionisme.

Les Arabes sont donc expressément invités à rejoindre l’Axe s’ils ne veulent pas être dominés et assister à la disparition de l’Islam.

A mesure que la guerre avance, le ton monte à Berlin. Alors que les Juifs sont massacrés par millions, les Arabes sont encouragés à les tuer avant que les Juifs ne les tuent ou ne leur imposent la domination de la coalition juive antinazie…

Vers 1942, les « fleurons » de la littérature antisémite concoctés en Europe (à commencer par « Les Protocoles des Sages de Sion » et « Mein Kampf ») sont poussés de côté au profit… du Coran.

Les propagandistes nazis insistent sur les similitudes ente l’Islam et le National-Socialisme, avec buts et idéaux partagés. Ils insistent sur la nécessité d’un combat commun contre les Britanniques, principale puissance coloniale au Proche-Orient et au Moyen-Orient.

Cette propagande n’hésite pas à tracer un parallèle entre Hitler et Mahomet, entre l’Oumma et le Volksgemeinschaft (communauté de peuple) totalitaire. Afin d’attirer plus sûrement les Arabes à eux, les Nazis incitent les Musulmans à être plus musulmans, plus « vertueux », c’est-à-dire suivre le modèle idéologique nazi.

Les services de propagande nazie laissent même entendre auprès des Chiites, en particulier des Iraniens, que Hitler est le Douzième Imam. J’imagine que les Iraniens haussèrent les épaules même si l’Iran courtisait l’Allemagne, non par affinité idéologique mais parce qu’elle cherchait un contrepoids à la pression britannique au Sud et soviétique au Nord de leur pays.

L’antisémitisme a été concocté en Europe et inoculé aux Arabes en piqûres sous-cutanées mais aussi intramusculaires et intraveineuses, sans oublier la voie orale et les suppositoires.

Leurs organismes étaient prêts à accepter ce produit qui donnait une virulence nouvelle à leur antijudaïsme multiséculaire. Dans l’archéologie de l’antisémitisme, on trouve toujours un substrat anti-judaïque, toujours.

Les Nazis reluquaient le Proche-Orient et le Moyen-Orient, en particulier les champs de pétrole irakiens. Il leur fallait activer l’Islam, un atout supplémentaire dans leur lutte contre les Britanniques.

Pour ce faire, rien de mieux que de s’en référer au Coran, en particulier dans le monde arabe, de dénoncer les Juifs et les sionistes.

A cet effet, des équipes de spécialistes nazis d’une grande efficacité dédièrent leurs efforts à la propagande en langue arabe, propagande diffusée sous forme d’imprimé (notamment de tracts) et sur les ondes radiophoniques.

Cette croyance toujours répandue dans le monde arabe selon laquelle les Juifs dirigent le monde et, en conséquence, sont responsables de tous les maux de la terre, à commencer par ceux du monde arabe, a bel et bien une origine nazie. Certes, l’influence nazie dans le monde arabe ne saurait suffire à expliquer une certaine animosité et certains schémas mentaux mais elle ne doit en aucun cas être négligée.

Le succès de cette propagande nazie est tel dans les années de guerre que les Alliés préfèrent ne pas entrer dans la polémique en commençant par éviter toute allusion au sionisme.

Une directive américaine de la fin 1942 reconnaît que la question des aspirations sionistes ne doit pas être évoquée sous peine de mettre en danger la stratégie des Alliés en Méditerranée orientale.

Après l’effondrement du nazisme, le poison nazi inoculé aux Arabo-musulmans poursuivra son œuvre, et la poursuit encore. Le « grandiose » message antisémite et islamophile de Johann von Leers circule encore dans bien des systèmes sanguins et nerveux et dans bien des circonvolutions cérébrales.

Les toxines nazies, européennes donc, poursuivent leur travail. Leur présence est particulièrement dense au Proche-Orient et au Moyen-Orient, dans ces pays qui entourent Israël, en Europe aussi et dans des milieux pas nécessairement musulmans.

Quelques mots sur Johann von Leers. Cet homme bizarrement peu connu a pourtant été l’un des plus prolifiques auteurs du IIIe Reich, un véritable pisse-copie doublé d’un bavard, et l’un des théoriciens nazis parmi les plus néfastes.

D’anciens membres de la Gestapo, de la SS, des services d’espionnage, mais aussi des propagandistes formés à l’école de Joseph Goebbels et de Johann Von Leers ont pénétré les institutions de l’Égypte de Nasser et d’autres pays arabes.

Cette influence des spécialistes nazis a eu entre autres effets celui de faire accroire aux masses musulmanes (pour ce citer qu’elles) que la Shoah n’était qu’un prétexte destiné à justifier l’existence d’Israël, de l’intox sioniste.

Johann von Leers est un idéologue majeur du IIIe Reich. Mais pourquoi est-il si peu connu alors que personne n’ignore le nom d’Alfred Rosenberg (pour ne citer que lui), moins intelligent et, tout compte fait, probablement moins influent ?

Mais surtout, Johannes von Leers a poursuivi une carrière de propagandiste bien après la disparition du IIIe Reich, notamment dans l’Égypte de Nasser. Il avait été l’un des premiers membres du Parti nazi.

En 1938, il avait été nommé professeur à la Friedrich-Schiller-Universität de Weimar en tant que spécialiste de « l’histoire juridique, économique et politique sur des bases raciales » (Rechts-,Wirtschafts- und politische Geschichte auf rassischer Grundlage).

Mais je ne vais pas me perdre dans sa biographie d’alors pour en venir à cette période de sa vie : de 1945 à sa mort, en 1965. Johann von Leers a toujours été un partisan radical de l’extermination des Juifs ; pour lui, éradiquer les Juifs revenait à éradiquer la peste, c’est simple.

Il ne faisait jamais usage de l’euphémisme, au point d’embarrasser de nombreux nazis qui désiraient conduire l’extermination derrière des écrans, à commencer par celui de l’euphémisme. Exterminer, oui, mais discrètement…

Johann von Leers fut probablement l’un des propagandistes nazis parmi les plus « talentueux », parmi les plus dangereux, principalement en terre d’islam.

En 1942, il avait publié un article intitulé « Le judaïsme et l’islam face à face ». Il y présentait le judaïsme et l’islam sur le mode de la thèse et de l’antithèse en convoquant l’Histoire.

Il y célébrait l’oppression exercée par les Musulmans sur les Juifs avec le statut de dhimmi, en regrettant que le reste du monde, à commencer par l’Europe, n’ait pas suivi cet exemple, ce qui aurait épargné au monde la question juive (Die Judenfrage).

Toujours selon cet article, l’Islam aurait rendu un service incommensurable au monde en commençant par empêcher la conquête de l’Arabie par les Juifs, en contrariant « le monstrueux enseignement de Jéhovah », ce qui « a ouvert la voie à de nombreux peuples vers une culture supérieure ».

Ce salmigondis est à rapprocher de celui de son grand ami, Mohammed Amin al-Husseini qui avait été Grand Mufti de Jérusalem. Dans une émission radiophonique du 21 juin 1944, il avait déclaré : « Les principes de l’Islam et du nazisme sont très proches, en particulier dans leur affirmation des valeurs du combat et de la fraternité d’armes, dans la prééminence du rôle du chef, dans l’idéal d’Ordre. »

Après la chute du IIIe Reich, Johann von Leers s’exile, en Italie puis en Argentine. Après la chute de Perón, en 1955, il part pour Le Caire où il obtient sans tarder une place au ministère égyptien de l’Information grâce à l’appui de l’ex-Grand Mufti de Jérusalem, lui aussi installé au Caire. Et sur les conseils de ce même personnage, il se convertit à l’islam sous le nom d’Omar Amin von Leers.

« Les Protocoles des Sages de Sion » est depuis de nombreuses années l’un des livres les plus vendus dans le monde arabe, et tout laisse supposer qu’il en sera ainsi durant de nombreuses années.

Johann von Leers a contribué financièrement à la publication d’une édition arabe de ce faux. Il a par ailleurs réactivé les accusations de meurtre rituel, toujours très actives dans le monde arabe et plus généralement musulman.

Il a été le promoteur d’émissions radiophoniques antisémites en plusieurs langues. Il a encouragé par des voies diverses les mouvements néonazis dans le monde.

Il a été en contact étroit avec les premiers révisionnistes, parmi lesquels Paul Rassinier. La virulence de la peste antisémite (et antisioniste) doit beaucoup à ce personnage. Sa progéniture est nombreuse et se multiplie.

Ci-joint, un article intitulé « The Postwar Career of Nazi Ideologue Johann von Leers, aka Omar Amin, the « First Ranking German » in Nasser’s Egypt ». Il est signé Joel Fishman :

http://jcpa.org/article/the-postwar-career-of-nazi-ideologue-johann-von-leers-aka-omar-amin-the-first-ranking-german-in-nassers-egypt/

Et un autre article intitulé « Egyptian Islamo-Nazism and « Omar Amin » von Leeres ». Il est signé Andrew Bostom :

http://www.aim.org/guest-column/egyptian-islamo-nazism-and-omar-amin-von-leers/

Enfin, une notice biographique sur Johann von Leers, « l’un des propagandistes antisémites les plus prolifiques et les plus vicieux de l’Allemagne nazie » selon les mots de Robert S. Wistrich, une notice mise en ligne par Pratique de l’histoire et dévoiements négationnistes :

http://www.phdn.org/negation/rassinier/leers.html