Contrairement aux récits d’informations, les lettres ouvertes ne commencent habituellement pas par l’endroit où elles ont été écrites. Dans celle-là, toutefois, j’assurerais une exception : j’écris ces lignes depuis Boise, dans l’Idaho, aux Etats-Unis, où moi, mon mari et mon fils nous sommes rendus il y a quelques semaines pour la naissance de notre deuxième fils — Uriah — né grâce à l’aide d’une merveilleuse mère porteuse ici.

Nous ne sommes pas ici par choix mais plutôt par nécessité, Israël – notre pays – ne nous permettant pas, pas plus qu’à tout autre couple de même sexe, d’adopter ou de faire appel à une mère porteuse au sein de l’Etat juif.

Même si ce n’est pas ce qui apparaît quand on lit le site internet des Affaires étrangères, l’Etat a récemment été placé dans l’obligation de faire part de sa position face à une requête déposée à la Cour suprême. A savoir que tandis que l’adoption pour les homosexuels est devenue possible de jure en 2008, de facto, les services sociaux se sont assurés qu’aucun enfant ne serait donné aux couples de même sexe.

Le rapport de l’Etat indique que la raison en est le positionnement affirmé par les professionnels dans les rangs du ministère des Affaires sociales, qui estiment que l’adoption d’enfants par des parents homosexuels créerait un « bagage supplémentaire » sur les épaules des enfants adoptés, en les plaçant, petits garçons ou petites filles, dans une famille « que la société perçoit encore comme étant différente ».

Il y a plusieurs niveaux d’absurdité dans ce raisonnement. Je vais commencer par une anecdote : Lorsque nous avons eu notre premier fils, nous avons dû achever un processus de « seconde adoption par le père non-biologique » et, comme c’est encore une adoption, il a impliqué un travailleur social du ministère des Affaires sociales.

Ce processus a duré un an et demi d’attente, et notre travailleur l’a expliqué en disant : « Vous devez comprendre, ces adoptions de second parent sont parmi nos dernières priorités parce qu’il s’agit toujours de familles parfaites, qui fonctionnent bien. » Hum, ce sont pourtant des familles qu’on refuse comme parents adoptifs.

Et tandis que nous en sommes au stade de l’ironie, je ne peux pas m’empêcher de mentionner que 0 % des parents biologiques de bébés laissés à l’adoption sont homosexuels. Vous pouvez être certain que lorsque des couples du même sexe deviennent parents, ce n’est pas un hasard 100 % du temps.

Mais déballons ce ‘bagage supplémentaire’ pour comprendre davantage la véritable signification de cette expression choisie.
En 2007, J’ai débattu avec l’ancien ministre des Affaires sociales Zvulun Orlev dans le programme d’information hébreu Erev Hadash, qui a dit (entre autres) :

Je pense que les enfants seront gravement touchés. Je sais cela des professionnels du ministère des Affaires sociales… S’ils grandissent dans une famille qui n’est pas construite d’une père et d’un père… Les enfants ne sont pas des jouets avec lesquels on fait des expériences, et on ne devrait pas les introduire en définitive dans les foyers homosexuels qui sont finalement non-naturels… L’enfant est destiné à être ridiculisé et harcelé par ses camarades au jardin d’enfants.

J’ai dit alors et je le dis maintenant – avec l’expérience de parent que j’ai acquise au cours des huit dernières années – le problème que connaissent les enfants n’est pas le foyer dans lequel ils vivent, mais des gens comme Zvulun Orlev et ceux qui ont écrit ce dernier rapport. Ce sont leurs enfants qui pourraient commettre des harcèlements.

Je pourrais avancer des études et des statistiques qui ont toutes montré qu’il n’y a aucune preuve attestant du fait que les enfants élevés par des parents du même sexe soient pires que d’autres enfants dans un certain nombre de résultats comportementaux, éducatifs, émotionnels ou sociaux, mais ce n’est pas la question qui se pose vraiment MAINTENANT.

La vraie question, c’est que le gouvernement d’Israël est incapable de faire avancer une législation envers la communauté LGBTI et qu’il faut que de telles avancées soient prises en charge par les tribunaux. On ne s’en rend même pas compte si on les écoute parler. Nous avons deux ministères qui sont très ‘gay friendly’ : le ministère des Affaires étrangères et celui du Tourisme.

Le Premier ministre Netanyahu, lui aussi, nous adore, et se saisira de toutes les opportunités pour nous utiliser pour couvrir les résultats douteux enregistrés par Israël en termes de droits de l’Homme. Il dira comment, contrairement aux autres pays du Moyen Orient, dont certains exécutent les homosexuels, qu’Israël est pratiquement une Mecque gay.

Et les deux problèmes sont là : ce n’est vraiment pas le cas et les droits dont nous bénéficions, nous les avons obtenus malgré Netanyahu, pas grâce à lui. Et un grand nombre de ces droits n’en sont pas vraiment, ce sont plutôt des sous-traitances.

Oui, nous pouvons nous marier, mais seulement si nous nous envolons vers un autre pays. Nous pouvons devenir parents mais encore – dans un autre pays. Ce sont des privilèges, ce ne sont pas des droits et ils ne sont disponibles que pour ceux qui peuvent s’en payer le luxe.

La position adoptée par Israël sur l’adoption des couples de même sexe est scandaleuse, d’un autre temps et au-delà de tout le reste, paresseuse. Elle a été écrit par des « professionnels » trop paresseux pour lire, pour un gouvernement trop paresseux pour légiférer.

Et tous ceux qui ne peuvent pas voir ce qui est tellement scandaleux dans tout cela doivent tout simplement se souvenir qu’une loi récente sur l’adoption au Texas autorise la discrimination contre les parents adoptifs Juifs – et musulmans, et homosexuels, en invoquant une grande partie des mêmes raisons avancées cette semaine par Israël.

Note finale et personnelle, je voudrais dire que j’ai réussi à terminer cet article en faisant avaler un biberon, en changeant une couche, et alors qu’on m’a craché dessus deux fois. Vas-tu me qualifier de mauvais père, Israël ? Je me sens comme un super-papa là, tout de suite.