Un avion a explosé en plein vol à 24 minutes de son départ de la pointe méridionale de la péninsule du Sinaï, après avoir décollé de l’aéroport international de Sharm-el-Sheikh. Il faisait 25° Celsius, le temps était limpide comme souvent dans la région dans une demie-saison automnale.

Il s’agit d’un avion russe, l’un des plus anciens modèles d’Airbus, mis en service en 1997 par la Middle-East Airlines libanaise. Il a changé huit fois de propriétaires avant d’être pris sous contrat de leasing en 2012 par Kogalymavia, une société Ouest-sibérienne.

Une compagnie « low-cost » qui accumule des milliers d’heures de vol et relient chaque année la Fédération de Russie aux rives de la mer Rouge, ses hôtels, ses discothèques, ses trekkings dans un désert peu assuré en ce moment ; sans compter les clubs de plongée, le retour dans une nature âpre et des consortiums touristiques en plein essor.

Les Russes adorent jouir, en hiver et au seuil des fêtes de Noël (qui sont le 7 janvier en calendrier julien), du temps estival où toutes les ressources de la nature rafraîchissent ou reboostent des Slaves en quête d’hédonisme éco-moral et de rendements de fortunes vite faites ou encore plus accessibles.

L’Eglise a compris l’enjeu. Les années passent et le Patriarcat du Sinaï, autonome bien que dépendant de notre Patriarcat de Jérusalem, garde une autonomie jalouse et réaliste dans un climat où les espaces semblent nus.

La péninsule regorge de toutes sortes d’habitants et constitue une réserve inépuisable de convoitises. Les touristes de Sharm-el-Sheikh se répartissent sur la côte ouest. Actuellement, il est plutôt délicat de sillonner le Sinaï.

Le low-cost attire toute une clientèle russe ou issue de l’ex-Union Soviétique qui, après l’atterrissage aux trois terminaux de l’aéroport international du Sud-Sinaï, ont le choix de traverser la frontière pour se rendre en Israël par avion ou par la route.

Il faut huit bonnes heures pour rallier Jérusalem par Dahab et Nuweiba, mais on peut aussi faire un saut à Eilat. D’autres rêvent d’Akaba, en Jordanie ou encore d’archéologie à Ashkelon, mais c’est un autre Néguev.

Y aurait-il du rififi à Sharm-el-Sheikh alors que James Bond réapparaît sur les écrans du monde à la recherche de sensations fortes sinon authentiques ? Soyons clairs : tout s’est passé à Latitude 27.9786, Longitude 34.3933. Le désert paraît quand on quitte une côte aménagée, confortable et des poissons de toutes les couleurs.

Une péninsule en forme de triangle informe, trait d’union entre les déserts d’Afrique et des Arabies. Elle ressemble à un plateau de jeu d’échec dont les 64 cases seraient mouvantes comme la géographie. Tout le monde est passé par là, tout le monde y repassera, d’une manière ou d’une autre. Les Fils d’Israël y perdirent leur géoposition : quarante ans – soit deux générations – plongés dans une confusion pécheresse, organisée par le Créateur à la vue de l’inconduite humaine. Le phénomène est fréquent dans la région où la boussole s’égare en dépit des habitants. Une partie d’échec ardue et le « coup du berger » n’est pas évident ; on le nomme « mat sandlarim/מט סנדלים = mat du cordonnier » en hébreu – « dharbat Napoleon = mat de Napoléon (oui, Bonaparte !) » en arabe. Des tactiques savantes et subtilement différenciées.

Après 1967, la région est restée sous le contrôle israélien. Sharm-el-Sheikh était devenue Ophirah où, dès 1968, Israël avait construit un aéroport – c’était la moindre des choses vu l’importance stratégique des lieux.

Au Détroit de Tiran, sur un pic en plein soleil, un soldat israélien en battle-dress scrutait à la jumelle les îles et les rives saoudiennes. A ses pieds, une jolie plante verte et des sortes d’anémones du désert étaient méticuleusement arrosées par un goutte-à-goutte.

Le Sinaï paraît inhabité. C’est sans conteste l’un des lieux les plus peuplés par des ombres qui se tapissent entre les roches de la montagne, masquées pour se protéger de la chaleur et garder l’anonymat. Lentement, les Israéliens se sont retirés dans un paysage d’éternité où, pourtant, il est normal qu’un chameau, conduit par un bédouin, ramasse les canettes de sodas, les déposant nonchalamment dans une large poche-poubelle latérale.

On se croit à Sharm-el-Sheikh; on est dans une zone de confluences, sans doute depuis les temps les plus antiques de l’histoire humaine. Ici ont transité les ancêtres de l’Afrique venus du Tshwana actuel, du Mozambique, les Bantous et les tribus des points archaïques de contacts côtiers comme Zanzibar qui n’est pas si loin. L’africanité y est jumelée aux clans sémitiques et aux cousinages indiens.

Pendant ce temps, les avions atterrissent et décollent par essaims sur Sharm-el-Sheikh.

Selon les saisons, la population sinaïtique passent de 600 000 âmes à un million deux cent mille visiteurs. A Jérusalem, nous voyons passer 3 500 citoyens russes de la Fédération de Russie (sans compter les Ukrainiens et autres ex-Soviétiques).

A Sharm-el-Sheikh, il faut multiplier ce chiffre par des dizaines d’avions à lignes directes entre le Sud-Sinaï, Moscou, Kiev, Saint-Petersbourg et autres villes. On peut ajouter tous les vols en provenance d’Europe ou en transit par les pays arabes (Bahrein, Dubaï, Qatar). Le Sinaï a du sens, donne du sens, même quand les repères géo-politiques sont brouillés.

Le 31 octobre, 224 passagers majoritairement russes s’apprêtent à rallier Saint-Petersbourg par le vol Metrojet KGL9268 (219 citoyens russes, 4 Ukrainiens et un Bélarusse). L’Airbus A-321 avait décollé normalement. Il s’est élèvé à 9 421 mètres puis il a disparu. A la 23ème seconde, un bruit étrange a été enregistré par l’une des boîtes noires, la carcasse de l’avion s’écrase non loin de Hasana dans le désert, pas très loin de la frontière israélienne (ville de Mitzpe Ramon dans le Néguev).

Après quelques heures de rumeurs contradictoires, les faits sont là : pas de survivants. On évoque discrètement l’hypothèse d’un attentat. Une réalité difficile à confirmer, à admettre… Pourquoi donc ?! L’Etat Islamique s’empresse de revendiquer le crash du vol Metrojet. Habituellement, DAESH ne ment jamais. Le groupe lancera un deuxième message de confirmation tandis que les Occidentaux doutent, réfléchissent, tergiversent et que les Russes se taisent de concert avec les Egyptiens.

Entre le 31 octobre et le 11 novembre, les suppositions se sont clarifiées sans réelle précision. Une atmosphère sinaïtique confusionnelle : ne serait-ce pas un missile sol-air (Manpad), une erreur humaine ? Un ou plusieurs défauts techniques ? Les médias se lancent dans des suppositions. Le silence règne, de manière contrastée selon les pays, pour des raisons antagonistes.

La Russie fait face, depuis plus de trente ans, à un déploiement impressionnant de l’islam dans les ex-républiques soviétiques, en particulier dans le Caucase (Tchétchénie, Ingouchie) mais aussi dans les républiques d’Asie Centrale où les « nationaux russes » (néo-)orthodoxes se replient sur le territoire de la Fédération de Russie. En Ouzbékistan, la bataille fait régulièrement rage. Il faut noter le retour sur Israël – au bout de 2 500 ans – des vieilles communautés juives boukhares et ouzbeks (Samarqand, Fergana), du Tadjikistan-Dushambe, de Kyrghyzie-Byshek, mettant fin à la présence judéo-orientale très ancienne ou plus récente par la déportation des Juifs d’Ukraine sous Staline.

Les principales villes russes ont de vastes populations originaires de ces contrées d’Asie, de tradition musulmane.

Elles marquent leur territoire dans une société qui a viré d’un communisme formateur, internationaliste par le biais de théories idéalisées, à un renouveau doctrinal et rituel, celui de la foi et des structures de l’orthodoxie chrétienne, matrice de l’identité russe et slave asiato-européenne.

Les Musulmans constituent le rebût de la russéité, traditionnellement terrorisée par les invasions mongoles et « païennes ». L’Islam et l’islamisme constituent un vrai danger quotidien de la prise de pouvoir confessionnelle, économique, à la pointe de la technicité moderne. C’est d’autant plus sensible que l’exode des Juifs appauvrit considérablement la sève spirituelle et industrielle de la Russie dans des espaces immenses et très diversifiés.

224 victimes. Une large majorité de citoyens russes et une jeune juive russe qui avait travaillé pour l’Organisation Hillel et le Centre culturel israélien à Saint-Petersbourg. Parmi les passagers, un nombre appréciable de touristes-pèlerins qui se sont rendus au Sinaï pour visiter les lieux de l’Epiphanie à Moïse… encore que !

Le fidèle orthodoxe cherche avant tout le lieu où Dieu a parlé tandis que le peuple juif y a succombé au péché d’idolâtrie, le Veau d’Or. Oui, Dieu a dit Ses Paroles dans un lieu qui est « vide » comme le suggère le russe (pustoï/пустой-пустыня/désert » alors que l’hébreu « midbar\מדבר » évoque la « parole, la peste ou l’abeille ».

L’orthodoxie chrétienne moderne veut se déployer sur ce triangle des trois monothéismes. Qui sera le premier, non plus dans l’ordre historique mais dans une perspective méta-historique. Les pèlerins se rendent en grappes au monastère Sainte Catherine du Mont Sinaï, prétendument proche du Mont Pharan, gardien d’un « Buisson Ardent », originel et made in Sinai. 

Point originel de la Révélation divine et monothéiste… le monastère Sainte Catherine conserve les reliques de la sainte, se réfère à Marie, la Mère de Jésus de Nazareth comme lumière qui a porté le salut ou encore à Saint Jean Climaque qui dirigea le monastère, y écrivant son texte « L’Echelle Sainte » universellement reconnu comme un guide de haute spiritualité.

Les Pères du Désert ont vécu ici, participant aux débats les plus âpres antérieurs aux schismes chrétiens. Le monastère conserve les documents les plus anciens et les plus rares de la foi, fût-elle juive, chrétienne ou musulmane. Entre l’impératrice Hélène qui découvrit la vraie Croix à Jérusalem, Catherine de Russie et Napoléon, on ne saurait oublir que le Prophète Mahomet y fit de fréquents séjours.

La tradition monastique du Sinaï affirme que le Prophète appréciait les moines (grecs-orthodoxes) et leur remit, en 626-An II de l’Hégire, l’Ashtiname en persan ou Document (Ahdnami en arabe) garantissant les droits et les privilèges des Chrétiens « proches et lointains », la protection de l’Islam, la liberté de culte chrétien, l’exemption des taxes, le droit de nommer des juges chrétiens. Ce document est réputé authentique par les autorités musulmanes traditionnelles.

Dix ans avant l’autre « achtiname » ou Décret de Tolérance accordé par le Calife Omar Ibn al-Khattab au Patriarche Sophronios de l’Eglise grecque (roum) orthodoxe de Jérusalem qui était à la tête des six confessions chrétiennes présentes au Saint Sépulcre et à la Basilique de la Nativité de Bethléem. Le Prophète Mahomet accordait personnellement la protection aux Chrétiens de la Péninsule du Sinaï. Le monastère ne fut jamais détruit et a fonctionné de tout temps. Il est toujours sous le contrôle du Patriarcat orthodoxe de Jérusalem, en particulier pour la nomination de son archevêque qui a rang de patriarche.

Comme l’Eglise de Jérusalem qui continue d’être sous le Décret du Calife Omar Ibn al Khattab depuis 637, le monastère Sainte Catherine reste sous une loi islamique que d’aucuns ont cru supprimée, révoquée par des puissances chrétiennes habituellement coloniales.

A Sainte Catherine, la prière se fait impertubablement en grec depuis le 4ème siècle, avec aujourd’hui un peu d’arabe, quelques rare incursions en slavon d’Eglise. Dans la nuit pascale, la tradition byzantine requiert que l’on proclame l’Evangile de la Résurrection en hébreu, en grec et même en latin dans les Eglises de l’Orthodoxie (cf. Jean 19, 19), il n’en est guère question au Buisson Ardent… il sera chanté en arabe si besoin est. Il ne sera jamais lu en hébreu, non pour des raisons politiques : le monastère a vu passé tout le monde… toutes sortes de tribus bédouines, des Africains, Egyptiens, Ethiopiens, aujourd’hui Erythréens, de Libyens, des Grecs, des Syriaques orthodoxes, catholiques, des Arméniens, des Géorgiens, des Arabes du Maghreb, du Machrek, des Berbères, des Noirs ,des Indiens sans compter la multitude des nations européennes et asiatiques, de Gibraltar en passant par les Goths, les bâteaux malais… et des Juifs du Yémen ou de Pologne.

On ne lit pas l’Evangile en hébreu au Buison Ardent du Monastère Sainte Catherine parce que les Juifs « ont tué le Seigneur » et qu' »ils ne sont pas légitimes » comme on dit en lettres persanes. Voilà ! comme on dit en hébreu actuel. Le Sinaï est bien plus ancien que Vatican II et il faudra beaucoup de temps pour se connecter à la réalité contemporaine.

La Péninsule du Sinaï, c’est notre triangle des Bermudes, d’autant qu’on peut s’y perdre sans laisser de traces.

C’est ce qui s’est produit ce 18 Muharram 1437 de l’Hégire, donc le 31 octobre 2015 = 18 Mar ‘Heshvan 5776\י »ח מר חשון תשע »ו.  La date est importante puisque il s’agit du premier mois lunaire du calendrier musulman, un mois dédié à la prière et à une nouvelle année pacifique ainsi qu’au jeûne des 9 et 10 ashoura qui rappelle comment Moïse a sauvé le peuple hébreu en le faisant sortir d’Egypte (Jour de Pardon). Un mois inaugural à l’an neuf (cette année : l’an 1437 de l’Hégire) que les Chiites ont réinterprété en opposition aux Sunnites. Selon les Chiites, Il rappelle la bataille de Kerbala (10 octobre 680, donc le 10 Muharram 61 de l’Hégire) où périt Husayn, le petit-fils de Mohamet qui aurait dû être le vrai calife.

La chose n’est pas vraiment claire pour les esprits occidentaux. Dans la péninsule du Sinaï, Chrétiens et Juifs continuent de vivre dans un territoire que le Prophète a lui-même soumis à la Loi islamique, établissant la domination de la Oumma. Ceci ne fut jamais abrogé – éventuellement mis en suspens… aux temps des colonisations par les nations européennes et christianisées.  Ceci a généré, au sein des communautés musulmanes, une langueur digne des milles et une Nuits et du devoir religieux à reconstituer cet héritage ancestral.

On pourrait même dire que, comme Israël s’est souvenu de la Terre Sainte, Eretz Israel depuis l’origine de la sortie d’Egypte et surtout du désert du Sinaï, le retour à la vie islamique aux termes des décisions du Prophète est devenu un devoir spirituel de reconquête sur « l’infidèle ». Chacun y perçoit un reflet – sinon le mirage – de sa propre « plénitude » et « accomplissement » dans le mouvement dynamique de l’histoire.

Voici un an, le 10 Murraham 1436, le groupe salafiste Ansar Bayt al Maqdis (les partisans de Jérusalem) faisait allégeance à l’Etat Islamique au nom de la Province du Sinaï (Walayat Sinaï). Le groupe est dirigé par Abou Oussama al-Masri, auteur de nombreux attentats contre l’Egypte, Israël et des actions en Jordanie. Il s’est opposé violemment à l’armée égyptienne ainsi qu’aux « infidèles », donc aux chrétiens dans la péninsule. A cet égard, le monastère Sainte Catherine est relativement protégé : l’Eglise grecque orthodoxe de Jérusalem a toujours reconnu la primauté du Décret de l’Achtiname qui est publié chaque année dans les calendriers (éphémérides) du Patriarcat de Jérusalem en grec, en arabe et en russe.

Les dirigeants du patriarcat orthodoxe ont un véritable savoir-faire qui permet de maintenir un dialogue apparemment acrobatique avec des autorités musulmanes. L’une des actions les plus innovantes du Patriarche actuel, Theophilos III, a suscité de manière ingénieuse des liens avec les Musulmans Wahabites. Cela prolonge une expérience quasi bi-millénaire de l’Eglise orthodoxe de Jérusalem, donc aussi des moines du Sinaï, dont le chef est l’Archevêque Damianos, membre de la Fraternité du Saint Sépulcre comme tous les membres du Patriarcat du Sinaï.

Actuellement, les Chrétiens transitent en grand nombre par le Sinaï comme migrants et réfugiés sinon fugitifs. Ils appartiennent aux Eglises orthodoxes anciennes (copte, éthiopienne/abyssine, syro-orthodoxe). Il faut souligner cet aspect souvent ignoré dans le contexte actuel : l’Islam est né à partir des influences théologiques apportées par les Juifs du Yémen et de la péninsule arabique, conjuguées aux dogmes des Eglises monophysites (coptes, éthiopiens et syriaques, arméniens). Ces Eglises se redéploient de manière sensible en ce moment. Il y aussi les Erythréens, souvent catholiques ou les Soudanais du Sud sans compter les groupes chrétiens africains qui sillonnent le Delta et vont chercher du travail dans les Pays du Golfe, en Israël ou en Jordanie.

L’allégeance de la Province du Sinaï à l’Etat Islamique sous-tend, de manière brutale et exclusive, le retour aux possessions acquise par le Prophète dans un contexte qui garantissait le respect de tous en les plaçant sous la Loi de la Oumma.

Peut-on traiter de l’actualité sinaïtique en faisant fi de l’histoire ancienne des mouvements multiples de l’Islam moderne ? La presse russe a immédiatement rapproché le nom d’Abou Oussama al-Masri du crash de l’avion Airbus-321 Metrojet. Le Walayat Sinaï tient à informer sur les péripéties de leur « action » au compte-goutte, sans doute en référence aux combats menés par les troupes russes en Syrie, sans oublier le positionnement des Islamistes sur le territoire de la Fédération de Russie.

Les journaux d’expression russe israéliens ont clairement évoqué  l’éventualité selon laquelle deux passagers russes seraient montés dans l’avion avec un engin explosif ultra-miniaturisé. De nombreux citoyens russes ont rallié DAESH (près de 3 000 personnes). Ils sont hautement qualifiés dans les domaines du numérique, des médias et des techniques terroristes. Comme en Syrie, les djihadistes de l’Etat Islamique préfèrent utiliser des ressortissants du pays visé par les actions conduites contre leur pays.

Il est essentiel de savoir faire référence au calendrier et aux dates musulmans : le 18 Murraham 1437 a marqué l’allégeance du Sinaï au « néo-Califat » de Bagdad. Le judaïsme entrait alors (17 Mar’Heshvan) dans le rappel du début du Déluge. La Fédération de Russie s’est engagée sur le front syrien… au jour-anniversaire du Président Vladimir Poutine. On peut raisonnablement penser que l’Etat Islamique réagira aux actions terrestres et aériennes russes qui vont être multipliées. Ces jours-ci, la Fédération rappelle la Révolution d’Octobre 1917 et la résistance de Moscou à l’agression allemande en 1941 (Битва под Москвой).

Quelques jours auparavant, les troupes russes avaient été bénies par le Patriarche Cyrille de Moscou pour mener la guerre (sainte) au nom de la Sainte Russie. Le Patriarche orthodoxe Jean/Youhanna d’Antioche (Damas, Beyrouth) protesta, répliquant que l’on ne peut bénir dans le but de tuer, même en cas de légitime défense. Il reste qu’il faut tenir compte de l’attitude du patriarche russe et de la logique qu’il a invoquée. On n’imaginerait pas aujourd’hui le Pape François ou des aumôniers militaire nationaux bénir des troupes, bien que chaque armée ait agi ainsi au cours des siècles.

La Fédération de Russie intervient dans le conflit moyen-oriental en conformité à son engagement religieux en 1852-1856, lors de la guerre de Crimée dont la véritable question était de savoir qui exerçait le contrôle les Lieux Saints du christianisme… selon le bon vouloir de l’Empire ottoman. La Russie tsariste obtînt alors de la Sublime Porte que les Grecs orthodoxes du Patriarcat de Jérusalem conservent leur privilèges en Terre Sainte et, par conséquent, dans le Sinaï. La Russie était également intervenue en 2002 pour soutenir les autorités orthodoxes lors de l’occupation de la Basilique de la Nativité à Bethléem. Plus récemment, le Patriarche de Moscou s’était rendu à Jérusalem pour assister l’Eglise orthodoxe grecque de Jérusalem dans un problème de facture d’électricité au Saint Sépulcre (17 novembre 2012). Cette question impliquait en fait toutes les juridictions présentes dans ce Lieu saint.

Tout cela s’inscrit dans un positionnement dû au renouveau de l’Eglise orthodoxe russe du Patriarcat de Moscou qui aide ouvertement ou discrètement la Fédération de Russie, héritière de l’Empire tsariste, dans ses actions politiques et stratégiques . Ces deux institutions agissent dans un climat conçu comme une agression venue d’Occident, des Etats-Unis, de l’Eglise catholique et plus précisément gréco-catholique en Ukraine.

Alors que l’Eglise russe semble ne pas tenir compte de la réalité du peuple juif et de l’Etat d’Israël, le Président Vladimir Poutine a toujours témoigné d’un respect réel du judaïsme et des Juifs dont il est proche. Il rappelle volontiers qu’Israël est, à ce jour, le deuxième pays russe dans le monde. C’est apparemment exact : les pionniers étaient arrivés de l’Empire russe dans les années 1880. En revanche, le Patriarche Cyrille, lors de sa visite en 2012, s’était rendu au Mémorial de Yad-VaShem pour y déposer une gerbe de fleurs. Il fit alors l’éloge des Juifs qui, pendant la Grande Guerre, avaient rejoint l’Armée Rouge qui a vaincu les nazis en libérant les camps (sic). Exact mais trop succinct.

Pour ce premier attentat contre un avion civil russe, il est à peu prêt établi qu’Israël et la Russie continueront leurs contacts au mieux de leurs intérêts politiques, économiques, stratégiques et culturels.

Il reste une question : Les Russes, les Etats-Unis et les pays de la Coalition engagés dans une lutte contre l’Etat Islamique pourront-ils vraiment terrasser le djinn mouvant qui s’immisce dans les territoires historiques de l’Islam ? La réponse viendra sans doute du Proche-Orient-même qui est, encore et toujours, en gestation…