Seules les dictatures et les pays faibles maintiennent la peine de mort contre leurs citoyens. Gaza ne fait pas exception. La force des dirigeants ne camoufle pas la faiblesse du régime qui ne sait plus comment réagir pour se faire adouber par une population qui souffre parce que le Hamas gaspille son argent à construire des tunnels et à s’armer de missiles.

Le pays qui aurait pu être un petit Singapour veut imiter la Corée du Nord dans la violence avec une population qui a faim alors que les défilés des militaires armés jusqu’aux dents font illusion.

Deux hommes ont été pendus pour avoir assassiné le commandant militaire Mazen Fukha, tandis qu’un troisième homme a été fusillé par un peloton d’exécution. Le 24 mars 2017, Mazen Fukha, commandant de la branche armée du Hamas, avait été abattu de plusieurs balles dans la tête et dans le torse, tirées à bout portant à l’aide d’un pistolet muni d’un silencieux.

Le mouvement islamiste avait alors accusé Israël d’avoir armé le bras des tueurs.

Les droits de la défense ont été bafoués après un procès à charge, bâclé en quelques jours sans possibilité d’appel et sans recours au droit de grâce du président, prévu dans la loi palestinienne. On ne comprend pas cette fébrilité à exécuter rapidement des suspects alors qu’Israël avait été accusé en raison « de la minutie du meurtre » et sauf s’il fallait cacher la vérité.

Il fallait donner l’exemple mais il n’est pas certain que cela n’exacerbe pas les tensions et pousse au contraire certains Palestiniens à la vengeance.

Les trois hommes auraient avoué devant un tribunal militaire qui a siégé en huis-clos avec toute la suspicion qui existe lorsque l’on cache le déroulement d’un procès. Achraf Abou Leïla, 38 ans, condamné pour « assassinat » a été pendu. Hicham al-Aloul, 42 ans, condamné pour avoir « collaboré avec l’ennemi sioniste, être intervenu dans l’assassinat de Fukha et avoir causé la mort de nombreux résistants », a lui aussi été pendu.

Le troisième homme, Abdallah al-Nachar, 38 ans, a été « fusillé » en raison de sa fonction « d’officier de la garde présidentielle » du président Mahmoud Abbas. Quand on connaît les relations conflictuelles entre le Hamas de Gaza et le Fatah de Cisjordanie, on peut se poser la question de savoir s’il ne s’agit pas d’un règlement de comptes entre factions palestiniennes.

Déjà dans le passé des dirigeants contestataires avaient été passés par les armes parce qu’ils gênaient.

Au terme de quatre jours d’audience dans le secret du tribunal militaire qui a obtenu des trois hommes des « aveux » certainement extorqués par la violence, les trois hommes ont été condamnés à la peine capitale.

Le côté spectacle de l’exécution a choqué les chancelleries occidentales car en plus d’une centaine de journalistes, plusieurs milliers de personnes ont été autorisées à assister au supplice qui a même été filmé. L’Iran, qui est spécialiste des pendaisons publiques et qui soutient le Hamas avait donné le ton.

La peine de mort ne règle pas le problème à Gaza car les tensions vont être poussées au paroxysme par les proches des condamnés. Si vraiment Israël était responsable du projet, le Hamas aurait pu, comme cela se fait dans le monde occidental civilisé, échanger les « espions » contre des prisonniers qui croupissent dans les prisons israéliennes.

Mais leur sort n’intéresse pas les dirigeants du Hamas et il fallait vite donner l’exemple.

Il y a des doutes sur la culpabilité de ces trois hommes qui ont pu à la rigueur aider un ou des professionnels à abattre Mazan Fukha sans en être les auteurs. Le Hamas a reconnu que l’assassinat avait été un travail de professionnel et que le tueur avait pu s’échapper malgré la fermeture de la frontière avec Israël.

S’il était israélien, il a pu être rapidement exfiltré par les commandos de Tsahal. Mais Israël n’est pas le seul à être suspecté. Le Hamas, les Salafistes de Gaza et l’Autorité palestinienne avaient eux-aussi de sérieuses raisons de l’éliminer.

Certes Fukha, qui avait été libéré lors d’un échange contre Guilad Shalit, avait signé un document où il s’engageait à renoncer au terrorisme. Cet engagement n’avait pas été tenu puisqu’il dirigeait les cellules du Hamas de Cisjordanie depuis Gaza. I

l était donc devenu la cible du Shin Bet, en collaboration avec les forces de sécurité palestiniennes. Le Hamas avait interprété l’assassinat comme un message adressé au nouveau leader Yahya Sinwar pour lui faire comprendre que nul au Hamas n’est à l’abri des menaces israéliennes.

Le Hamas pourrait être aussi derrière l’assassinat de Fukha qui n’aurait pas suivi à la lettre les ordres du commandement suprême et qui aurait fait preuve d’un excès autonomie, voire de compétitivité. Ces méthodes expéditives du Hamas cachent toujours des conflits intérieurs.

Déjà en février 2016, Mahmoud Eshtewi avait été accusé d’avoir dévoilé le repaire de Mohamed Deif, chef militaire, et d’avoir coopéré avec Israël. En fait l’accusation était fantaisiste. Eshtewi avait été liquidé en raison de ses critiques ouvertes et répétées contre Yahya Sinwar qui n’a eu aucun scrupule à tuer une dizaine de ses collaborateurs.

Il est probable aussi que Mazan Fukha ait été retourné durant sa captivité en Israël, qu’il ait été un agent double et que le Hamas l’ait repéré.

Le mouvement salafiste pourrait ne pas être étranger à cet assassinat dans le cadre d’une volonté de représailles. Le Hamas a arrêté des centaines de ses membres affiliés à Daesh pour renouer les liens rompus avec le président égyptien Al-Sissi qui souhaite combattre le terrorisme au Nord-Sinaï.

Il s’agissait pour le Hamas de démontrer son revirement politique après avoir collaboré jadis avec les Frères musulmans. Par ailleurs, pour éviter les représailles israéliennes qui lui faisaient un gros tort, le Hamas avait arrêté les salafistes responsables des tirs de roquettes contre Israël. Le mouvement djihadiste s’est donc vengé en supprimant l’un des principaux commandants qui ne disposait pas d’une protection efficace à l’instar des autres grands dirigeants.

Enfin l’Autorité palestinienne pourrait ne pas être étrangère à cet assassinat car il s’agit pour elle de tout faire pour affaiblir le Hamas en éliminant ses commandants charismatiques. Mahmoud Abbas finance toujours des hommes à lui, anciens des services de sécurité dans la bande de Gaza, qui auraient pu se charger de l’élimination.

D’ailleurs l’un des trois condamnés faisait partie de la garde de Mahmoud Abbas qui n’a pas renoncé à reprendre pied à Gaza en s’attaquant aux dirigeants du Hamas.

Ces exécutions, même si elles ont suscité une onde de choc, ont peu surpris dans la petite enclave car le territoire est tenu sans partage par le Hamas depuis dix ans. Les défenseurs des droits de l’Homme avaient mis en doute la spontanéité et la véracité de ces récits car, selon eux, les forces de sécurité du Hamas recourent « aux moyens de coercition et à la torture ».

Le Centre palestinien pour les droits de l’Homme basé à Gaza s’est dit « inquiet que les accusés n’aient pas eu le droit à une véritable défense et à un procès équitable ». Il a dénoncé « la rapidité injustifiée à délivrer le verdict » sans la présence de proches des accusés dans la salle d’audience.

Le Hamas a mis à mort 25 personnes condamnées sous son système judiciaire depuis 2007 où il a pris le contrôle de la bande de Gaza, souvent parce qu’elles étaient restées fidèles au président Mahmoud Abbas. Il avait également exécuté 23 personnes pour espionnage, sans procès, pendant la guerre de 2014.

Malgré l’horreur de certains attentats en Israël, perpétrés par des Palestiniens souvent contre des jeunes, Israël n’a jamais recouru, lors d’un procès légal d’un terroriste, à la peine de mort qui est l’apanage des régimes corrompus et faibles. C’est tout à son honneur.

Gaza restera un monde à part soumis à la loi des islamistes et à la barbarie.

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