Depuis quelques semaines, les Juifs de France / juifs français / français juifs (rayer la mention inutile) sont adorés par les politiciens français et israéliens. Un peu plus que de coutume. Une partie de ping-pong dont nous aimerions être simples spectateurs….

Dévoilez ce juif que je saurais voir

S’il n’y avait eu la séquence Charlie – Montrouge – Hypercacher, les Juifs de France auraient été des « autres » anonymes comme la rédactrice de Marie-Claire l’a décrit. Ce que j’ai condamné dans ces colonnes.

Ilan Halimi, les Sandler et Monsonégo avaient, si j’ose dire, ouvert la voie à l’indignation de circonstance, la lutte à outrance proclamée à tout micro de passage. Les médias, politiciens et citoyens auraient oublié au bout de quelques semaines.

Même les Juifs d’ailleurs ont oublié de se mobiliser autrement que sur Facebook. Je me souviens amèrement du premier anniversaire des massacres de Merah à la mairie du XVIe ou à la Bastille. Une centaine de personnes dans la pluie.

En 2015, Ilan Halimi a rassemblé de 300 personnes selon la presse à 2000 selon une association. Un bel échec un mois après le 11 janvier.

Mais depuis Janvier, on a découvert que la liberté d’expression pouvait aussi tuer d’autres français,  des journalistes, des policiers, des passants. Et ceux-là ont eu droit à 4 millions de personnes dans les rues.

Et maintenant, Copenhague, alors l’Europe a redécouvert qu’une partie de sa population est juive. Qu’elle est visée uniquement parce qu’elle est sous influence juive, depuis des siècles, par leurs ancêtres…

Du Karcher au cimetière de Sarre-Union, des morts et des mots

L’antisémitisme n’est pas né en Juillet 2014 à la Roquette ou à Sarcelles. Il a même mobilisé des milliers de personnes à Paris. C’était au 19ème siècle, pour ou contre le Capitaine Dreyfus.

Avant il y avait eu les disputations et le bon roi Saint-Louis qui brulait le Talmud en autodafé à Paris. Pétain qui promulguait des lois anti-juives sans même attendre l’ordre d’Hitler. Et Carpentras en 1990, Copernic, Goldenberg, …

Mais c’était facile de s’indigner, soit contre des néo-nazis aliénés par les idées d’un moustachu allemand et un politicien borgne ouvertement raciste. Soit contre des terroristes palestiniens pour lesquels la gauche progressiste avait une larme émue.

Dans les années 2000, on découvre avec effroi que ces terroristes assassins de Fofana, Merah, Kouachi et Coulibaly sont de nationalité Française. Loubards de l’est de Paris ou de banlieue, ils sont nés et ont étudié dans nos quartiers, à côté de nous.

Du Karcher aux sauvageons, des pauvres gosses paumés dans des quartiers déshérités interdits aux forces de l’Ordre et à l’éducation nationale.

Les terroristes ne sont pas venus d’Allemagne, du Japon ou du Moyen-Orient. Ils ne sont pas venus en avion, ils sont venus en métro ou en taxi. Le danger terroriste est ici, à quelques mètres de nous.

Des actes réels ou encore des effets d’annonce ?

Nous avons encore revu les différentes lois antiterroristes, contre le racisme et l’antisémitisme, les énièmes mesures répressives.

Et si on passait au karcher les grands discours et qu’on se mettait à appliquer les lois et décrets ?

Des associations se gaussent d’avoir gagné des procès contre des grands de l’Internet, c’est bien, c’est beau. Mais ça n’empêche pas Soral, Dieudonné, Meyssan, Le Pen de propager des thèses complotistes antisémites.

Ça n’empêche pas les appels au Djihad et les commentaires écœurants et venimeux contre les victimes d’attentats et de profanations, de toute religion. Juifs, Chrétiens et Musulmans, le racisme est intolérable. Il doit être condamné et combattu, de tous côtés et de tous bords.

Israël est grand, Bibi est son prophète

Bibi Netanyahou est le leader de la plus forte population juive au monde. Israël a été crée comme refuge pour les Juifs du Monde entier, c’est la Loi du Retour qui leur offre ce foyer national tant espéré au cours des siècles.

Israël est un pays extraordinaire de vitalité économique et politique.

Israël est la Terre de nos ancètres, le Pays du Lait et du Miel, le pays où la minorité juive de France est majorité juive. Tout change.

Israël est aussi le pays où on part pour échapper aux musulmans Français, mais où on découvre que 20 à 25 % de la population est musulmane. Et qu’Israël est entouré de pays Arabes où on ne peut aller avec un passeport Israélien.

Israël n’est pas que le pays de Gordon ou Frishman de Tel Aviv, du Kikar de Netanya ou de la Marina d’Ashdod. Attention aux fantasmes.

Comme le Sabra, c’est un pays qui pique ceux qui s’en approchent.

Israël est un pays où s’installer n’est pas facile. On connait la blague qui veut que pour être millionnaire, il faut y arriver milliardaire.

Bibi a beau jeu de clamer à la presse internationale que les Juifs de France sont attendus les bras ouverts. Il faut quand même les aider un peu : des logements aux tarifs proches des quartiers les plus chics de Paris, des diplômes par toujours équivalents et une mentalité qui décoiffe les candidats à l’Alyah.

Non, l’avocat, le dentiste, le médecin ne sont pas attendus les bras ouverts. Il y en a déjà tous les 10 mètres. Celui qui est installé en France, et qui a ramé pour créer sa clientèle, n’a pas forcément envie de repartir à zéro.

L’étudiant sorti de Dauphine qui rêve de Wall Street n’a pas envie de vendre des contrats douteux du Forex à Raanana.

La France est grande, Manuel est son prophète

Lui aussi, Manuel Valls est dans son rôle. Avant tout, il voit des Français, et il protège sa population.

Il le dit volontiers, il aime les Juifs et, pas seulement parce que sa femme l’influence. En Mars 2014, devant 3000 personnes pour le « grand » rassemblement du CRIF pour l’anniversaire des évènements de Toulouse et Montauban, son discours avait été admirable.

Malgré le passé antisémite de la France, nous ne sommes plus au temps des Lois antijuives des Rois de France ou de Pétain. Au contraire, force est de reconnaitre que François Hollande et Manuel Valls ont eu une attitude digne et déterminée depuis Janvier. La Droite a du mal à se positionner, elle qui flirte dangereusement avec les idées du Front National pour en récupérer ses électeurs.

Que Valls demande aux Français de rester en France, c’est son rôle, même si ces Français sont juifs et observent l’ambiance délétère qui a mené des morts aux juifs de République à la mort des Juifs à Vincennes.

Une partie de ping-pong entre la France et Israël, enjeu les Juifs

Je ne supporte plus les commentaires haineux et stupides sur les réseaux sociaux.

Non, la France n’est pas antisémite, mais il y a des Français antisémites.

Non, il ne faut immédiatement pas de pont aérien entre Paris et Tel Aviv. L’alyah est un choix raisonné, que chacun doit prendre sans céder à la panique. De peur de rejeter Israël par manque de préparation.

Oui, Valls a raison, et oui Netanyahou a raison. Chacun dans leur style, dans leur séquence politique et politicienne, dans leur dimension humaine.

En écrivant cela, je repense à la scène du film « Le Violon sur le Toit ». Tévié doit choisir entre le pauvre jeune tailleur dont sa fille est amoureuse et le riche boucher veuf qui a demandé la main de sa fille. Pensons à l’alyah comme une page de Guemara : « et si cela, alors cela, mais ça ne marche pas ici, alors peut-être que si on oppose ceci à cela…. ». Science Juive, le Pilpoul.