Sur « l’élection » du peuple juif, on ne doit pas oublier qu’elle a été vécue et interprétée dans une civilisation pastorale où le « pasteur » « prélève » de son troupeau les agneaux sevrés ou non, destinés à la reproduction ou au sacrifice ou à la consommation et à la prospérité de la famille.

En aucun cas l’élection n’est un geste inégalitaire, politique, indiquant une « faveur » d’un clan contre un autre. Ce n’est pas une élection « anti-démocratique », ni autocratique, mais « liturgique ». Elle est au service du peuple, non par lui, et ne donne pas un pouvoir sur autrui, mais établit une solidarité de l’ordre de la « responsabilité ».

L’élection d’Israël, dans sa chair et son esprit, est une réponse à un « me voici » , et ce « me voici » est lui-même la conséquence de l’élection où Abram devient AbraHam. C’est un retranchement qui ajoute, un « prélèvement » qui multiplie. Bref : rien à voir avec la finance pythagoricienne.

Il s’agit d’un « prélèvement », une « parasha » spirituelle et physique destinée à faire un peuple des tribus, à créer une « espèce nouvelle » à partir d’un « extrait », à « faire un nouveau-né des premiers-nés ».

Et cette « nouveauté » n’est pas une sur-humanité « de main d’homme », c’est-à-dire l’expression d’une tyrannie de classe, de rang ou de race, ni même de religion dans sons sens contemporain (il n’y a pas, de fait, de « religions » (pas plus qu’il n’y a de « races » : il n’y en a qu’une qui est un acte et une réalité de reconnaissance de filiation dans des expressions et des traditions diverses et convergentes), mais l’expression, au contraire d’une responsabilité accrue des juifs, « première « parasha » de l’Humanité qui est résumée en Adam, le terreux, l’argileux animé de la « Ruah », et façonnée image et « selon » ressemblance du Créateur : à la fois « pro-jection » parfaite du Créateur en qui il se reconnaît et se « glorifie » et interprétation de l’Homme selon D.ieu qui lui donne libre cours en son Eden.
Premiers pas de la liberté qui est, en elle-même, « premier fruit », con-naissance de Dieu sans intermédiaire végétal ni autre main tendue, ni serpent tentateur.

Nous sommes donc « voués » à « devenir semblables » les uns aux autres à partir de cette similitude dans laquelle D. nous constitue Hommes et femmes.
Nous sommes conduits, aussi, à répondre au « Anohi » (« Je suis ») divin par notre ECOUTE (l’écoute c’est l’oreille tendue  vers la voix connue et identifiée qui domine le troupeau parce qu’elle résonne parmi lui, sur lui, en lui, et de lui.

A partir du moment où celui qui « écoute » le « JE » répond un « TU », il est établi dans une relation qui le sépare des « sourds et des muets », qui sont le propre des idoles et de leurs adorateurs qui ne peuvent ni écouter ni voir ni entendre ni connaître puisque leur « pasteur » ne sont pas parmi eux, ne vivent pas avec eux, et n’ont pas la connaissance ni de leurs désirs, ni de leurs besoins ni de leurs peines.

Il est très mystérieux de voir qu’il y a un quasi irrésistible aveuglement , qui nous est commun à tous, à VOULOIR façonner un Dieu égalitairement commun, de dimension pratique et simpliste, un Dieu clef-en-main et lampe de poche, et pourtant si profondément élitiste, alors que le Dieu d’Israël est à portée de main, qu’il parle, fait comprendre, se fait comprendre et agrège à lui sans effort de pure volonté ni peine de pur labeur quiconque se laisse approcher par lui.
Il y a là un mystérieux refus qui est sans fond, sans explication ni sans réponse définitive.

Dès ses prémices, Israël affirme son indépendance solidairement aux peuples vivant sur la Terre sainte. Ceci est remarquable. Ce n’est donc pas un acte solitaire, mais solidaire. Ce n’est pas une déclaration de revanche, mais d’indépendance. Ce n’est pas un acte de rebellion contre la tyrannie anglaise et ses antériorités ottomanes avec protestation identitaire, mais un accomplissement en soi qui se fait avec les nations, envers elles, mais pas contre elles.
 C’est pourquoi Israël existe encore aujourd’hui. Et c’est aussi pourquoi son existence est une mise en question autant qu’une réponse toujours de mise.

On aurait en effet attendu que Moïse approuvât la complainte de son peuple au désert et prît le parti de sa lamentation. L’Egypte aurait alors envoyé ambulances et dressé une cellule psychologique d’urgence pour « rapatrier » les hébreux fatigués et soigner les ampoules.

Il n’en fut rien : au lieu de se comporter en victime et de regimber contre la poussière qui avait envahi Jerusalem et le sable où il fallait élargir les rues et créer des jardins, Israël se comporta comme un peuple mature, autonome, malgré les blessures et les incompréhensions qui divisèrent les juifs déjà « montés » en Palestine et qui avaient déjà transpiré sur les fondations du nouvel Etat, et les rescapés qui venaient d’arriver avec larmes et bagages et qu’il fallait entendre raconter les noirceurs et les douleurs qui risquaient de briser l’élan retrouvé.

Le monde pensait voir un Foyer juif sans lendemain peuplé de squelettes qui ne tarderaient pas à demander pitance et abri, déçus par une terre ingrate et sans eaux courantes. Mais il vit un Etat démocratique qui n’était ni despotique, ni tyrannique, ni hégémonique, ni impérial. Un Etat agraire, bâtisseur, résistant dans tous les sens du terme, d’un sionisme dans lequel toutes les gauches européennes se reconnurent avant que de voir qu’il n’avait en propre plus grand chose à voir avec un « socialisme » qui prône la révolution mais ne met pas nécessairement les socs de charrue à la suite des bœufs. Car Israël n’est pas une réserve de survivants, mais un pays de vivants.

Ce n’est pas seulement une terre donnée à un peuple, c’est un peuple donné à une terre qu’ils se fertilisent en se travaillant l’un par l’autre, l’un au contact de l’autre. Il n’y a pas de profit ni de « religion » à sens unique, d’absolu unilatéral. Pas de « dictature » de Sion. Peuple et terre de liberté. Moshé monta seul au Sinaï. Il en redescendit pour qu’Israël monte à Sion.

Ce qu’Israël a découvert, c’est donc la possibilité d’une rencontre intime avec un « berger » qui se place « tantôt au-devant, tantôt en arrière, tantôt au milieu, mais toujours avec lui. Et ce « être avec » divin, venant d’un mystérieux « je suis » qui dit son Nom sans le dire et dit qui il est sans se montrer, est tout à fait, en soi, incommensurable. Et pourtant…

Dieu, ici, n’est ni inaccessible, ni taillable et corvéable. Il n’est ni soi ni autre. Il EST : tout ce qu’il voit le rend visible, tout ce qu’il entend le rend audible, tout ce qu’il transforme le rend sensible, et même tout ce qui n’est pas manifeste qu’il est.

Ce faisant, D.ieu est une « parole faisante et une acte parlant ». Il fait devenir comme lui-même ce qu’il fait surgir de lui. Premier fondement de l’identité : je suis qui je deviens et je fais ce que je suis.

Il est la possibilité de vivre une « séparation » qui ne  soit pas la douleur d’être à part (ce qui fonde l’incompréhension des « nations », mais la joie d’appartenir.

Il est cette joie d’appartenir à Quelqu’un qui n’est limité ni par un jugement, ni par l’espace ni par le temps, et paradoxalement le premier et seul gage d’une liberté qui donne aux enfants d’Israël une autonomie véritable par rapport au jugement du monde qui n’est pas le jugement de D.ieu puisqu’il n’est pas possible à un humain de surpasser un autre humain, sauf ‘par le bas » à lui rappeler son origine en l’humus premier. Et dans cette origine, le souffle de vie fait l’être qui devient. Je suis ton égal dans la mort. Dans la vie, je suis ton frère et ton sang est mon sang.

La dimension prophétique d’Israël n’est pas une surcapacité d’entendement ni une intelligence supérieure, ni une divination extra-terrestre ; mais la capacité de faire découvrir à tous les humains que les limites imposées à la création et qui lui interdisent d’échapper au pourrissement inéluctable ne sont pas un motif pour le troupeau de renoncer à pâturer en paix. Au contraire, c’est l’infini assumé par un Eternel qui non seulement franchit ce « ravin de la mort », mais qui le fait franchir « sur lui » pour qu’en lui la « Multitude, à partir d’Israël, se retrouve et soit identifiée à Lui. Le « troupeau » peut donner de soi-même le lait qui nourrira sa descendance. La descendance de l’Horeb devenue l’Ascendance de Sion.

La stérile enfante et le mort ressuscite. Le boiteux marche et le peuple SORT de l’exil. « Comme un seul homme ». C’est la dimension du « ensemble ». Comme un nouveau-né de sa mère. Première séparation, fondamentale.
Nous en gardons tous, subconsciemment, le souvenir, le regret, la nostalgie ou le désir d’y revenir ou d’y échapper par tous les subterfuges possibles, y compris et surtout mystiques.

C’est en même temps ce qui devance la séparation de la mort, ce qui chemine vers elle, mais aussi ce qui la dépasse et ce qui la surpasse. La naissance présage de la re-naissance qui n’est pas une ré-incarnation (une chair en valant une autre en un cycle fermé sur lui-même,) mais un ressurgissement, une « remise sur pieds » définitive car toutes altérations au mouvement, à la vie et à l’être seront épuisées, toutes ayant été éprouvées jusqu’à l’usure.

Cela c’est la réalité qu’Israël vit et voit et qui est tant difficile à saisir hors de l’acceptation d’une transcendance de soi-même. Israël est incompréhensible si on ne fouille pas d’abord son propre mystère personnel, si on ne cherche pas soi-même et par soi-même en ses propres douleurs et « séparations » personnelles la raison qui nous fait devenir humains, surtout dans les épreuves que nous avons à surmonter et qui nous transforment.
Comment nous transforment-elles et que nous dit, alors, ce qui peut nous rester de conscience? Que nous dit le peuple qui nous entoure et sur qui nous comptons? Quels sont la sagesse, l’expérience, les doutes ou les angoisses qui le traversent? Qu’en tirons-nous? Qu’en interprétons-nous?

La circoncision d’Israël est le signe de la séparation d’avec la mère, d’avec le père, d’avec le monde, d’avec les limites de l’existence et surtout d’avec le mal et la mort. Le signe, aussi, d’une implantation profonde dans la Terre donnée. Une fécondité présente et à venir.

Une « séparation » qui ne débouche pas sur la douleur de la séparation, qui est temporaire, mais sur la JOIE DE L’APPARTENANCE. C’est un détachement qui lie et un lien, alors, qui s’établit en vue d’une délivrance.
Une appartenance filiale, amoureuse, amicale, fraternelle, qui est tout à la fois une limite posée à la liberté individuelle qui s’épanouit parmi le troupeau et un infini à l’action humaine dès lors qu’elle est placée sous le regard et le geste prodigue de l’Infini lui-même.

Le monde ne change pas parce que les systèmes changent ou parce qu’on y fait la révolution. Il change parce qu’il y a des hommes, des femmes, des voix, des gestes qui expriment une volonté de tenir à cette appartenance-là, d’en maintenir le lien qui fait de l’Humanité un seul corps insufflé d’un même Esprit.

L’indépendance sans autonomie est un mirage assoiffant. Mais l’autonomie qui serait livrée à elle-même, ne demanderait rien, ne répondrait rien et ne donnerait (produirait) rien de soi-même est un égarement. On mesure, en Europe, combien est grande la tentation du déracinement : vouloir l’une sans assumer l’autre. Demander l’autre, sans accepter pleinement son lien avec Israël qui n’est pas un parti-pris mais une nécessité « ontologique ». Culturelle. Originelle.

On ne se retrouve pas décollé de soi pour être collé à Dieu, comme en un mariage forcé. On se retrouve agrégé à un Eternel qui vient partager le destin de son peuple pour que son peuple garde vivant en lui l’appel à partager l’Amour immuable de son Dieu. C’est une promesse de paix et non de confrontation perpétuelle entre ses petits et grands défauts et une perfection divine écrasante et vaincue par les compromissions humaines.

On ne peut comprendre cela si l’on se sépare de soi-même d’un Dieu qui n’ôte pas la vie, mais qui ôte l’épine de la mort du pied de la vie. Il ne fait pas marcher droit à coups de bâtons ou de fouet, mais en remettant debout et en libérant son peuple. Et en libérant son peuple, il signifie qu’il libère à tout coup tout ce qui a été répandu de sa main et perdu dans les ronces de l’isolement et de la dispersion.

La dispute au sujet de l’élection d’Israël, ne devrait pas être un motif ni de condamnation ni de haine, ni de jalousie égalitariste puisque c’est une richesse pour l’Humanité d’avoir en son sein et parmi elle une « graine de Salut », une porte ouverte sur la promesse messianique qui est aujourd’hui plus large que jamais, justement parce que son Alliance est irréductible à nos propres conditions qui, on le voit, sont source de servitude et d’obstacles. Ce sont elles qui rendent étroites les voies de l’accession à la justice. Ou plutôt les voies de l’accès pour la Justice vers ceux qui en ont le plus besoin.

Ni Massada, ni Maginot, la Foi d’Israël est la seule force qui lui permet de manifester au monde dans lequel il est « planté » et où il « croît » que son fruit est donné à tous, universel et dans un but de Rédemption et non de surajout d’une exception isolante et « Dei-fuge » à une autre. Et l’Etat d’Israël, qui est un rêve humain devenu réalité métaphysique et socio-politique (et non l’un ou l’autre séparément ce qui ouvrirait la porte à tous les dénigrements intérieurs) est la visibilité de ceci.

Les caravaniers du Néguev, encore aujourd’hui, entravaient les dromadaires la nuit le temps du sommeil des pasteurs pour éviter qu’ils ne s’égayent à la venue des prédateurs, qu’ils risquent de mourir éloignés, soient dérobés et qu’un temps précieux soit perdu à les chercher dans la chaleur du jour. De même, les fils d’Israël sont aujourd’hui désentravés et paissent librement sur la terre qu’ils réensemencent pour la liberté du monde et pas seulement la leur.

L’antisémitisme n’est rien moins qu’une jalousie fondamentale qui rend un culte déraisonnable (et donc stérile) à un dieu à qui l’on tente de remettre le oripeaux dont il s’est défait au désert : Une sorte de déshabillage des psaumes, de lecture inversée, en creux et négative de l’Alliance qui devient désalliance, et du Chemah Israël » qui devient « n’écoute pas! N’entends pas », « ne fais pas! ».

Cela est particulièrement vrai dans le mode injonctif vis-à-vis d’Israël. Tout ce qui lui est adressé comme reproche est de cet ordre : « restez tranquilles! Ayez de la mesure! Ne parlez pas ainsi! Traitez vos étrangers mieux que nous! Soyez dignes de la Communauté internationale! Rentrez chez vous! Partez de cette terre! »… Injonctions invariablement contradictoires : « Soyez vous-mêmes mais ne soyez pas ! »

La haine prend toujours le mode injonctif pour s’exprimer, parce qu’elle est un ORDRE qui contredit l’ordre divin : un contre-ordre. parce qu’elle ne conjugue pas, elle divise, parce qu’elle est un « non » sans contrepartie d’un « oui » qui ouvre à la foi. Un « oui » engendreur, un « amen » qui enfante.

La sortie d’Egypte du peuple hébreu a été, dans ce sens, remarquable : plutôt que de choisir l’affrontement violent contre ¨Pharaon et ses armées », Moshé a choisi une fuite, non pour aller nulle part et emmener le peuple dans une marche éperdue en demandant à la « Communauté internationale de lui allouer une terre et des droits et de lui envoyer ses casques bleus, mais pour « aller vers ».. Vers lui-même qui est l’Eternel. L’Eternité de lui-même.

C’est, au propre, une « expulsion » maternelle de la part de Pharaon, prodigieuse et « sans justification profonde. C’est une « folle espérance » aussi : Moshe quitte la froide servitude du raisonnable, violente et tyrannique, pour aller vers la folle espérance de l’immensité divine. On est sur « terre » mais où n’y est plus tout à fait. On va « vers » la terre », mais on « monte » vers un ciel, où les deux, on le sait, se rejoignent sans se mélanger, et entre les deux, une Parole qui fait le « pont » de l’un à l’autre. Un pont à construire.

C’est d’ailleurs l’une des « raisons » pour lesquels D.ieu ne s’est pas montré à l’Horeb. Si Moïse l’avait vu, il ne l’aurait jamais cherché dans les pas d’Israël, dans la terre promise devant laquelle il mourut, dans sa foi en sa Promesse en accomplissement. Ce présent-là st insupportable à un antisémite pour qui entre passé et avenir, il y a un grand vide, un écroulement instantané de l’Histoire, sans doute un état dépressionnaire névrotique,  qu’il faut combler par ce qui est le plus abordable : sa propre défaite à vivre.

Sans la fuite d’Egypte, en « ordre ordonné » et « sur ordre de l’Ordre lui-même », il n’y aurait pas eu la « fécondation » d’Israël, son « prélèvement » à partir de son « extrait » d’Egypte. Moïse symbolise tout à fait cela. C’est, dans toutes les acceptions du terme, un type « à part ». Justement parce qu’il a vécu « dedans », « parmi » et « avec ». Tout comme la nuée lumineuse qui indique à quel point le Mystère est éclairant quand il ouvre la Mer d’un cœur fendu par la Parole : « écoute! » « élève! » « Entre! » « Va! » Sors! »…

Voici les « injonctions positives » qu’Israël, et, avec lui toute personne non circoncise dans sa chair mais marquée dans son esprit par le Chemah, entend. Elles sont, on le voit contraires à un « ordre mondial » pour qui le seul repos est celui des cimetières, la seul sérénité est celle de l’indifférence et de l’antalgie-nostalgie, la seule joie est celle de la jouissance autarcique, la seule compassion est celle pour sa propre famille à l’exclusion de toutes les autres.

Israël est le contraire d’un exercice divin du narcissisme humain .C’est la liberté d’un corps solidaire en mouvement et en élévation. D’un corps en « redressement ». C’est pourquoi il se distingue sans cesse dans sa protestation de vie.

L’esprit d’Israël, semble-t-il, ne vient pas seulement et uniquement d’une seule terre. Il vient, à partir de cette Terre, de toutes les nations où il fut dispersé, et comme en des pousses obstinées, il « monte » en convergence vers cette Terre, amenant avec lui la DIVERSITE de son désir.

Israêl est universel et c’est la raison pour laquelle, quel que soit le gouvernement et la coalition en place, il n’y a jamais eu de dictature totalitaire en Israël. C’est en rigueur de terme impossible, ou si ça l’est ça ne sera pas longtemps supportable. Israël est une u-topie. Un Lieu de tout les lieux, fruit et lieu d’un Dieu de tous les dieux devant qui l’impossible qui aliène l’Homme à lui-même ne tient pas.

la « hutspah » israëlienne, le « culot » effronté typique en Israël est l’expression de cette rebellion fondamentale contre un « ordre » tyrannique de l’uniformité. C’est un paradoxe : il faut à la fois se soutenir et montrer qu’on est parents dans sa foi, sa tradition et sa langue, et en même temps se différencier jusqu’au moindre détail. Un troupeau, oui.. Une troupe, non.

L’antisémitisme c’est la vision d’un Dieu totalitaire, une totalité, qui entre en guerre contre la FOI en un Dieu qui est non pas seul, mais UN parce qu’il fait tout UN en lui seul et non pas seul en lui. C’est l’uniformité totalitaire contre l’unité de la diversité. Et même d’un refus du « prélèvement », une négation de la circoncision, sorte d’ « anti-prescription » par laquelle l’Homme ne peut être ré-intégré dans sa totalité que s’il SE SEPARE de lui-même de Celui qui l’unit à lui.

Oui, il est étrange cet acharnement à vouloir retrancher de la Mémoire du monde un peuple qui y est déjà enfoui, à vouloir séparer du monde un peuple qui en est déjà distinct.

On reproche finalement à Israël ce que l’on se reproche à soi-même : de ne pas avoir été digne de choix, digne de soi. On le reproche à l’autre parce que la charge est dévolue sur l’épaule du faible et de celui placé en servitude. Mais l’âne mal bâté, trop bâté, regimbe. Il refuse d’avancer. Il est intelligent sur le chemin.

Mais « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. » (Jean ch. 15 : 16).
Ce n’est donc pas une élection pour un mérite moral ou une droiture rigoureuse, mais pour signifier jusqu’où la fidélité de D.ieu peut aller dont Israël est investi. Car dans le couple que forment Adam-Eve et l’Eternel, seul le second reste invariablement fidèle et ne revient pas sur sa parole une fois qu’elle est entièrement livrée. Amoureusement livrée. D’un souffle.

Disloquer l’Arche que D.ieu charpente, obstruer ses ventaux, et disperser ses réfugiés aux quatre coins des quatre fleuves en crue jusqu’au firmament assombri de nuées, voilà de quoi, semble-t-il, décourager le Créateur d’achever ce qu’il a commencé et le faire mourir de désespoir.

Pour cette raison, les juifs sont les premiers, aux avant-postes de l’expression de la liberté de D. d’aller et venir parmi la multitude de son troupeau humain qu’il aime en dépit du rejet qu’un tel défi suscite. Par définition, la Parole qui est notre premier Cri aura le dernier mot.
Non seulement en notre dernier souffle, mais avant tout en notre éternité.

Comment, raisonnablement pourrait-il en être autrement, sauf à renoncer à « peupler la terre », à vouloir plus de liberté et de prospérité pour nos enfants, et à renoncer à toute existence personnelle et collective dans laquelle nous pouvons nous épanouir les uns par, pour et avec les autres?
A quoi servirait tous ces efforts en dépit de tout, en dépit du pire, s’il n’y avait la conscience essentielle que notre vie est suspendue à une simple et seule parole qui prononce : »JE » et qui nous fais devenir des personnes capables de s’interpeller et de se reconnaître?

Cette Parole unira le troupeau des tribus, malades et bien-portants seront la Miséricorde du Pasteur qui est son premier, sublime et ultime Don. Pasteur immergé dans ses brebis et surplombant leur rumeur. Puisse-t-il être aussi, entre nous, le don, sur la Terre d’Israël qui est en germe ce que notre monde devient…

Aimer Israël ce n’est pas mépriser les autres, c’est manifester qu’on est plus que jamais résistant à toute forme de fatalité, à toute tyrannie de la banalité. Fatalité de la banalité et vanité des vanités….Qui vivra verra. Pour l’amour du monde.