Le lundi 29 janvier 2018, aura lieu le nouvel évènement du Lobby des Femmes pour la Paix et la Sécurité à la Knesset, projet que j’avais initié il y a plus d’un an dans la mouvance de mes activités au sein de Women Wage Peace.

Le sujet de la rencontre de ce lundi me tient particulièrement à cœur car nous allons aborder les liens entre le social-économique et de potentiels accords politiques avec les palestiniens, afin de mettre un terme au conflit meurtrier qui dure depuis déjà depuis trop longtemps.

Nous savons déjà que la salle sera comble, que de nombreuses femmes de WWP venues de tout Israël seront présentes, que des membres de la Knesset de partis politiques différents se joindront au débat, que des femmes spécialistes du sujet interviendront, et que des femmes de WWP juives et arabes, du Sud et du Nord, s’exprimeront.

En tant qu’une des organisatrices de cet évènement, il me serait très facile de vous parler, par exemple, des travaux de recherche que présentera l’avocate Noga Dagan-Bozaglo de l’Institut Adva, sur les prix économiques que nous payons en raison du conflit avec les Palestiniens, et ceux que payent en particulier les femmes.

Mais non, je vais plutôt vous parler d’une femme, parmi des dizaines milliers d’autres femmes en Israël qui ont vécu et qui continuent à vivre dans des situations économiques précaires, et de ce fait subissent de manière aigue les conséquences des guerres et des attentats. Je vais vous parler de mon propre vécu, et ce n’est pas facile.

Mais il est temps de parler ! Il est temps que les femmes de la périphérie et celles en situation précaires parlent. Il est temps qu’on n’arrête de parler pour elles ! Il est temps d’arrêter de cacher des visages, des noms, des récits de vie, derrière des chiffres car les chiffres disent beaucoup mais ne disent pas tout.

Comme cela est souligné dans le reportage récemment passé à la TV israélienne « Les Tsarkofaims », nous avons du mal nous israéliens originaires de France à demander de l’aide. Peut-être parce que nous savons qu’il ne fallait pas se battre pour avoir de l’aide sociale en France, qui est un des pays au monde le plus avancé sur la question ?

Peut-être que ce n’est pas une caractéristique spécifique aux franco-israéliens, mais à la majorité des gens qui vivent dans une situation précaire ? On a honte en général de parler de pauvreté ou de situation économique précaire. On a honte de demander de l’aide, il nous semble souvent que cela nous amoindrirait encore plus si nous en demandions.

Non, il n’est pas facile de vous parler de cette période précaire, où j’élevais seule deux enfants. La situation avait empiré quand j’ai pris la décision d’étudier, mais je savais que cette décision d’étudier était justement un des meilleurs moyens de nous en sortir, car une paye de 5000 sh par mois en tant qu’enseignante ne pourrait jamais nous permettre d’avoir la tête hors de l’eau.

Voici quelques exemples de ma vie, de la vie de ces femmes, pendant les périodes de guerre et d’attentats, quand les moyens financiers sont réduits au minimum et que l’on n’a pas de famille vivant autour de nous et pouvant nous aider.

Je me souviens que mes enfants allaient avec moi à l’école de l’Enseignement Spécialisé où j’enseignais, tous les trois avec nos masques à gaz, car dans notre maison, il n’y a pas d’abris anti-guerre chimique. Les autres parents, pour la plupart, décidaient de ne pas envoyer leurs enfants à l’école.

Je me disais : « Au moins, s’il se passe quelque chose, nous serons les trois ensembles. », « Au moins à l’école il y a un abri. » Les écoles de l’Enseignement Spécialisé ont en général la consigne de rester ouvertes, même pendant es grèves, sachant que plusieurs parents n’auraient d’autres choix que d’envoyer leurs enfants dans ces écoles.

Je me souviens que pendant les périodes d’attentat, je voyageai en bus, et je me retrouver seule ou avec très peu de monde autour de moi, dans des bus qui, en temps normal, étaient bondés. Les gens avaient peur à juste raison des attentats dans le bus. Quand on a peu de moyens, il est encore plus difficile d’assurer la sécurité de ses enfants et sa propre sécurité.

Je me souviens que je faisais tous les jours un peu de courses, pour ne pas perdre de temps dans les supermarchés, et évidemment surtout pour ne rien gaspiller. C’est une habitude que j’ai gardée pendant de nombreuses années, même après avoir eu un poste universitaire et que ma paye se soit améliorée. Charlie Chaplin écrivait que celui qui a vécu dans la pauvreté se sentira toujours pauvre. C’était son ressenti personnel. J’espère qu’il a tort.

Et ne parlons pas de la période où les enfants sont malades, ou soi-même, et il faut des semaines ou des mois pour obtenir un rendez-vous médical, parce que l’on n’a pas les moyens d’aller en privé.

A-t-on pensé aux gains de la Paix au niveau santé, éducation et dans tant d’autres domaines sociaux économiques ? En Israël, il est plus courant de parler a ce que nous devons renoncer pour signer des accords de Paix. Nous n’avons pas de recul sur ce qu’il est possible d’y gagner. Nous avons du mal à apprendre des conflits meurtriers dans le monde qui ont fini par être réglés, et où les citoyens ont gagné en prospérité.

A-t-on pensé aux coûts psychologiques des enfants pendant les guerres et les périodes d’attentats ? Et prend-on en compte le traumatisme de ces enfants, dont nombreux justement appartiennent aux couches défavorisées de la société israélienne ? Prend-on en compte les conséquences dans de nombreux domaines que le conflit entraîne ?

Ou sommes-nous seulement capables d’analyser le conflit sous le prisme de la sécurité à nos frontières ? La question sécuritaire est primordiale et doit être réglée en priorité. Mais Paix et sécurité ne sont pas antinomiques, au contraire !

Quel avenir offre-t-on à nos enfants ?

Veut-on voir encore et toujours des mères de famille déchirées par les guerres car elles ne peuvent offrir à leurs enfants le présent et l’avenir qu’ils méritent ?

Avons-nous aujourd’hui en tant qu’Israéliens la capacité de nous projeter dans l’avenir, de visionner un avenir meilleur. Je citerai une phrase écrite ces derniers jours par l’écrivain Bernard Werber : « Je compris que l’avenir appartenait à ceux qui étaient capables d’imaginer le futur avec un maximum de cohérence. »

L’évènement du Lobby de la Knesset de ce lundi nous donnera certains des outils importants qui nous permettront d’imaginer l’avenir avec un maximum de cohérence, et surtout de le construire. Vérifions ensemble combien avons-nous tous à gagner à la signature d’accords politiques, y compris sur les plans sociaux-économiques.