Cet été, le conflit israélo-palestinien nous aura offert une de ses crises dont il possède le secret. Pouvons-nous espérer voir en elle l’ultime hoquet d’une maladie chronique ? Hélas non. Une prévisible rechute secouera encore la région, nous ignorons simplement quand.

Selon sa vieille coutume, l’Europe contemplait la scène depuis son balcon. Qui entendit la voix menue de l’évanescente Lady A. ? Cette crise sanglante affectait pourtant les marches de l’Union. Mais pas seulement.

D’habitude indifférentes aux convulsions du monde, des foules encolérées prirent prétexte de Gaza pour sillonner les rues d’Europe et cracher leur haine d’Israël.

Cette affaire nous concerne, nous, citoyens d’Europe. Et doublement, comme Juifs européens. Certes l’antisémitisme se passe du conflit israélo-palestinien pour exister. Mais le conflit nourrit ses mutations. Dont les dernières en date se nomment antisionisme.

On connaît depuis 20 ans les conditions de la paix : émergence négociée, aux côtés d’Israël, d’un État palestinien démilitarisé, souverain et viable, établi en Judée Samarie / Cisjordanie et à Gaza, règlement de la question des frontières, de Jérusalem, des lieux saints, des
« réfugiés » et des implantations juives, assorti de garanties sécuritaires pour Israël. C’est sur la manière d’y parvenir que cela coince.

Comment l’Europe des 28 pourrait-elle y contribuer ?

Il convient de rappeler la nature du conflit. Son caractère asymétrique en faveur d’Israël l’occulte complètement. On peut certes qualifier d’occupation l’emprise israélienne depuis 1967 sur Gaza et la Judée Samarie / Cisjordanie.

Par ailleurs, la politique palestinienne d’Israël se montre problématique à tous égards, à commencer par sa politique d’implantations. Néanmoins, le conflit israélo-palestinien ne consiste pas en un conflit « colonial », comme le ressasse la vulgate palestinienne et sa propagande à l’étranger.

Nous avons affaire, depuis plus d’un siècle, à l’affrontement violent entre deux irrédentismes qui considèrent chacun posséder la même légitimité sur une même terre.

Si, comme Européens, nous désirons contribuer à résoudre ce conflit, nous devons toujours garder en vue ce caractère essentiel.

On peut le comparer à d’autres antagonismes similaires, comme celui qui oppose catholiques et protestants en Ulster, francophones et Flamands en Belgique ou Serbes et Albanais au Kosovo. Hormis des histoires et des contextes radicalement autres, ces cas indiquent des pistes sur les attitudes, les procédures et les bonnes pratiques à mettre en œuvre.

Examinons six possibles volets d’une telle politique.

1. Avec la création de l’Autorité palestinienne, les accords d’Oslo (1993) restent l’accomplissement le plus abouti et cela même s’ils n’ont jamais tenu leurs promesses.

Ils furent acquis parce que la social-démocratie norvégienne sut nouer des rapports de confiance mutuelle avec les deux parties.

Sa posture de tierce partie intervenante, respectueuse des deux protagonistes et respectée d’eux, nous montre la voie à suivre. Nul ne peut se substituer aux Israéliens et aux Palestiniens pour négocier la paix. Toute tierce partie ne peut servir que de catalyseur.

2. Un des enlisements du conflit provient du clivage gauche / droite. En Europe, la gauche et le centre gauche soutiennent la Palestine, la droite et le centre droit, Israël.

Cette distribution paralyse toute initiative sérieuse. Elle ne possède aucune pertinence sur la ligne gauche / droite. Gauche et droite européennes doivent s’entendre pour mettre en œuvre une politique proche orientale commune.

3. Le clivage gauche droite sur la question nationale affecte également Israël. Il imprègne la culture politique sioniste depuis avant la création de l’Etat. On pourrait l’énoncer ainsi : Ben Gourion ou fonder un Etat juif en Eretz Israel versus Jabotinski ou fonder tout Eretz Israel en Etat juif.

Cet antagonisme idéologique porte ses effets négatifs jusqu’à ce jour. Prôner une partition de l’ancienne Palestine mandataire en deux Etats vous catalogue à gauche.

Problème : avec le Meretz et l’Avoda soutenus par une poignée de mouvements citoyens, on voit mal la gauche israélienne produire un leadership capable d’endosser un enjeu aussi colossal. N’est pas Yitzhak Rabin qui veut.

Seuls le centre et la droite peuvent fédérer une majorité de l’opinion israélienne. En 2008, le centriste Ehud Olmert déposa un plan qui rencontrait tous les points en litige. Mais le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’abstint d’y donner suite.

Aujourd’hui, c’est la membre du Cabinet Tzipi Livni qui milite pour une solution à deux peuples et à deux Etats. Centriste, elle assume pleinement son héritage Hérout (droite). Au lieu de gesticuler sur l’étiquetage des produits fabriqués en Judée Samarie / Cisjordanie, les 28 feraient mieux de soutenir les leaders israéliens les plus susceptibles de porter un processus de paix.

4. Un conflit de ce type génère mépris, peurs et haine. L’assassinat cet été de trois adolescents israéliens suivi par celui d’un jeune palestinien témoigne des exécrables relations judéo-arabes entre mer et Jourdain. Jeter des ponts entre adversaires constitue un facteur déterminant pour sortir du conflit.

Principal partenaire d’Israël et principal donateur aux Palestiniens, l’Union européenne détient de puissants leviers pour promouvoir des programmes de confiance entre les deux peuples.

A l’inverse des stupides appels au boycott d’Israël, l’Europe pourrait mettre en œuvre des coopérations triangulaires pays européens-Israël-Palestine, similaires aux partenariats contraignants européens entre pays membres.

5. Il faut désarmer le Hamas. Qui veut la paix, ne peut tolérer que campe à Gaza une milice soutenue de l’étranger, animée d’une idéologie religieuse fanatique et fascisante, et vouée à la destruction de l’Etat juif.

Le désarmement du Hamas impliquerait une coordination diplomatique avec l’Egypte et la Ligue arabe. Il nécessitera peut-être une phase militaire occidentale.

Les forces qui ont pacifié le Kosovo et la Bosnie se verraient incapables de rendre à l’Autorité palestinienne les clefs d’une étroite bande côtière tombée sous la coupe d’un parti armé ? Difficile à croire.

6. Enfin, l’Europe ne peut conduire aucune initiative constructive sans étroite collaboration avec les Etats-Unis, principal allié d’Israël et seule puissance globale.

Le Secrétaire d’Etat John Kerry n’a pas ménagé ses efforts ces derniers mois. Il a hélas échoué. On peut en imputer la cause à la mollesse de l’administration Obama. Mais le nanisme politique européen en porte tout autant sa lourde part.

La nouvelle Haute Représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères Federica Mogherini saura-t-elle surpasser l’ectoplasmique Lady A. ?