L’autre jour, un avion de chasse assourdissant, venu de je ne sais où et allant je ne sais où, est passé en basse altitude au-dessus de Montreuil sur Mer déchirant soudain le silence de mon bureau. Le casque antibruit avec lequel j’écris et je lis toujours (comme maintenant, car j’ai les oreilles très sensibles), n’a même pas suffit à atténuer ce vacarme.

Je l’ai enlevé, l’avion s’est éloigné et de nouveau, silence. Il m’a rappelé que des guerres ont lieu sur la planète et qu’en France, les bombes ne tombent pas des avions. La guerre est bruyante, la paix tantôt silencieuse, tantôt harmonieuse.
Il existe seulement sept notes pour composer un tube de variété, un quatuor à cordes, une symphonie, un opéra, un blues, une bossa nova, un tango, un jazz, une sonate, un klezmer, que sais-je encore.

Sept, c’est le chiffre miraculeux de la musique : une échelle de sons des plus simple do, ré, mi, fa, sol, la, si, dont la combinaison ouvre les portes de l’infini, quelque soit votre goût. Transposé dans mon quotidien cela donne :
J’aime la simplicité d’un regard bienveillant (do), d’un baiser (ré), du bleu du ciel (mi), d’un verre de vin (fa), d’une soupe bue tard le soir (sol), d’un livre vite lu (la), d’une promenade au bord de la mer (si). Pour un blues en la, ré, mi, on entendrait comme mélodie : un livre vite lu, un baiser, le bleu du ciel, etc,

Ce soir, j’aime écouter le calme olympien de Vladimir Horowitz jouant l’impromptu n°3 (1827) de Franz Schubert à Vienne en 1987 :

J’écris au son de cette musique bouleversante de tendresse.

Mais aussi, dans la foulée, sans contradiction, j’écoute aussi la divine Ella Fitzgerald chantant « I’ll see you in my dreams », musique composée en 1924 par Isham Jones et Gus Kahn :

Comme la guerre est déjà loin… Place à l’amour !

Et parce que l’hiver touche à sa fin, bien que des milliards de flocons ont tournoyé ce matin sous ma fenêtre, j’écoute encore la rencontre au sommet d’un violoniste virtuose juif, Itzhak Perlman, et d’un prêtre compositeur catholique Antonio Vivaldi. Il est déjà tard, mais sans fin…

Toutes ces voix, toutes ces musiques, entre mille autres, me font espérer en la paix. Car ces artistes combattent par leur énergie, leur joie de vivre et leur pulsion de vie tout ce qui détruit et divise. Elles et ils ont d’ors et déjà gagné la guerre, note après note, time after time… Trompette, Luth, Harpe, tambourin, danses, instruments à cordes, chalumeau, cymbales sonores ou retentissantes, le psalmiste avait déjà donné le « la » dans le Psaume 150.

La paix est là, elle a toujours été là. Comme la musique, elle n’est qu’une question de temps. Une soupe bue tard le soir et le lendemain, une promenade au bord de là mer, un livre vite lu, un regard bienveillant, un baiser, le bleu du ciel, un verre de vin, sept notes suffisent… Allez, bonne nuit…