La Mostra de Venise applaudit le Hamas

Le film NAZA n’est ni une enquête ni une œuvre de questionnement moral. C’est une pièce à conviction préparée pour une cause : faire comparaître l’armée israélienne devant l’opinion internationale, puis devant les tribunaux, en l’accusant d’avoir tué des civils par système. La Mostra de Venise l’a récompensé. Cela montre surtout qu’un certain milieu culturel européen est disposé à tenir pour prouvée toute accusation contre Israël, à condition qu’elle soit portée par des Israéliens.
C’est là que tient la méthode de Yuval Abraham et Rachel Szor. Leur passeport sert de certificat d’authenticité : si des Israéliens le disent, ce doit être vrai. Mais ce statut n’apporte aucune preuve. Il sert à désarmer la critique. Le film ne cherche pas à comprendre comment Tsahal décide de frapper. Il veut installer l’idée que c’est une institution criminelle, et que ses soldats en seraient les témoins accablés.
Pour y parvenir, il fallait faire disparaître tout ce qui gêne la thèse. Les règles d’engagement disparaissent en premier. Une frappe doit viser un objectif militaire. Aucune cible n’est autorisée sans vérification humaine. L’avantage militaire attendu doit être mis en balance avec les dommages prévisibles pour les civils, et l’attaque est écartée s’ils sont excessifs. Munition, point d’impact et heure sont choisis pour limiter les pertes. Des juristes militaires rendent des avis qui s’imposent aux commandants. Tout cela est public et documenté. Le film n’en retient rien, ou si peu que le spectateur ressort persuadé que ce cadre n’existe pas. Ce n’est pas un oubli : un film qui prétend juger des décisions de frappe ne peut pas ignorer par hasard les règles qui les encadrent.
Le Hamas est le grand absent. Il a enterré ses tunnels sous des écoles et installé ses postes de commandement dans des hôpitaux. Il tire depuis des immeubles d’habitation et fait de chaque civil gazaoui un bouclier. Sa stratégie consiste à produire des morts civils, puis à les exhiber. Un film qui retire ce fait du tableau ne documente pas la guerre, il en réécrit l’histoire. Il laisse un seul coupable, qui se trouve être celui que les réalisateurs avaient désigné avant de tourner.
Reste le raisonnement central du film : il y a eu beaucoup de morts, donc il y a eu crime. C’est l’argument de l’agitateur, pas celui de l’enquêteur. Pour qualifier une frappe, il faut établir ce qui était visé, ce qui était su et ce qui était prévisible au moment de la décision. Le bilan compté ensuite ne suffit pas. Abraham le sait : il défendait déjà cette thèse dans ses articles pour +972, où il décrivait une armée ayant confié ses cibles à des algorithmes. NAZA ne découvre rien. Il met en images une conclusion qu’il avait tirée d’avance.
Les témoins, enfin. Ce sont des soldats et des agents du renseignement, présentés comme des lanceurs d’alerte. Or l’armée impose à chacun de ses membres de signaler toute infraction qu’il constate ou soupçonne. Les procédures d’examen et d’enquête existent. La question est simple : ces hommes les ont-ils utilisées ? Et si oui, qu’ont-elles établi ? Le film ne répond pas. Il préfère la caméra au dossier et l’émotion à la vérification. Une accusation qui refuse d’être examinée par ceux qui peuvent la vérifier ne relève plus du témoignage. C’est de la propagande.
Ce film cherche à fissurer la confiance entre la société israélienne et son armée. Il veut discréditer Tsahal auprès de ses alliés et fournir aux campagnes de sanctions et aux procédures internationales ce qu’elles réclament : des accusations venues de l’intérieur. Ce film collabo sert l’ennemi d’Israël. Le Hamas n’aurait pas pu produire mieux, ni obtenir pour sa version de la guerre une caution plus prestigieuse qu’un Lion vénitien.
Israël n’a pas à s’excuser de se défendre, ni à accepter que ses soldats soient jugés par un montage. NAZA ne demande pas justice pour les victimes. Le Hamas a sacrifié les civils de Gaza. NAZA s’en sert après leur mort.
