Dans une attitude populiste, le gouvernement israélien veut instituer la peine de mort en Israël pour les faits de terrorisme. C’est une erreur. La mort est certes une solution radicale mais elle abrège la souffrance du terroriste qui en prison, meurt à petit feu, pendant des dizaines d’années face à son crime abominable.

L’enfermement rend parfois fou. Il faut en revanche instituer une période de sûreté irrévocable, imposée par la loi, durant laquelle le condamné ne peut bénéficier d’aucune réduction ni aménagement de peine, d’aucun placement en semi-liberté et encore moins de libération conditionnelle et enfin, certainement pas d’échange.

La peine de mort n’est pas dissuasive pour la plupart des terroristes qui savent que la mort est au bout du chemin. D’ailleurs la plupart la souhaitent; ils l’espèrent parce que mourir en martyr est une faveur du Ciel. Ils n’ont pas peur de la mort libératrice mais de la souffrance.

Il n’y a aucun doute qu’ils ont rendez-vous avec la mort car dans des lieux surveillés par de nombreuses forces de l’ordre, ils savent qu’ils ne peuvent pas s’en tirer indemnes. Ils ont une conception spéciale de l’avenir car au lieu de privilégier la vie, ils s’adonnent au culte de la mort, pour finir en martyrs. Par ailleurs, leurs tombes deviendront vite des lieux de pèlerinage ou des centres d’enrôlement de candidats à l’échafaud.

D’ailleurs la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, estime qu’il n’est pas nécessaire d’une nouvelle législation sur la peine de mort. Elle n’ose pas contredire le gouvernement en s’y opposant mais il faut bien faire plaisir à son parti; alors, elle est prête à accorder la peine capitale dans des cas extrêmes : «Quand il y a un terroriste qui tue des enfants, alors nous devrions utiliser la peine de mort». Pourtant, la législation israélienne la prévoit déjà mais elle n’est pas appliquée. Elle reste à la discrétion des juges.

La peine de mort crée des martyrs et suscite même des vocations car se retrouver à la lumière, pour un triste inconnu, est un honneur pour lui et sa famille. Même si la peine de mort est décidée, dans un État de droit, le condamné peut faire appel et si elle est confirmée il lui reste encore la demande de grâce.

Encore faut-il que les juges votent la mort même si la loi vient d’être amendée pour ne plus exiger une décision unanime mais une simple majorité. Les juges sont réticents à l’appliquer car ce n’est pas dans la conception juive.

La question grave pourrait aussi se poser pour les assassins juifs car il ne pourrait y avoir deux poids et deux mesures dans la loi. On se souvient du corps retrouvé dans une valise repêchée dans le fleuve Yarkon, celui de la petite Rose Pizem, dont le meurtre a été commis par sa mère et son grand-père paternel qui croupissent en prison avec des regrets éternels alors que la mort les aurait libérés.

La peine de mort est une régression pour le monde moderne. D’ailleurs elle est surtout utilisée par les pays dictatoriaux qui croient ainsi pouvoir changer le cours des choses, or ils l’amplifient. Israël ne peut être montré du doigt. Il ne peut pas se distinguer des pays de l’Union européenne qui ont aboli la peine de mort en toutes circonstances.

Le pays est assimilé à tort comme un État abolitionniste alors qu’il prévoit encore des cas de crimes pour son application. Il s’agit d’une position ambivalente dans un pays aux considérations sécuritaires de plus en plus importantes.

Les pendaisons nous renvoient au souvenir des Juifs pendus par les nazis et à celui des sionistes du Lehi, Eliyahou Beit-Tzouri et Eliyahou Hakim, pendus à 23 ans par les Anglais au Caire. Israël ne peut pas être associé à ce genre de barbarie.

La loi abolitionniste de 1954 maintient la légalité de la peine de mort pour toute une série de crimes, dont le génocide, le crime contre l’humanité, le crime de masse, la trahison et le crime contre le people juif. Or, depuis la proclamation de l’État d’Israël en 1948, la peine de mort n’a été appliquée qu’une seule fois, en 1962, lorsque Adolph Eichmann fut pendu pour sa participation à la Shoah.

De plus, Israël a voté en faveur de la Résolution des Nations unies du 18 décembre 2008, pour un moratoire mondial sur les exécutions, solidifiant sa crédibilité abolitionniste. L’expérience de la Shoah avec sa violence insensée et le crime «absolu», justifiait certes une réponse inhumaine.

Or malgré l’expérience commune de la Seconde Guerre mondiale, tous les pays ont décidé d’abolir la peine capitale. On ne comprendrait pas qu’Israël rejoigne les pays dictatoriaux pour une poignée d’assassins qui devraient mourir en prison dans la solitude et avec les regrets de ne pouvoir profiter d’une vie normale. La privation de liberté est la punition extrême.

Sur le plan religieux, bien que l’orthodoxie juive reconnaisse la peine de mort comme une punition juste et nécessaire, les procédures judiciaires établies dans un cadre religieux en limitent l’application sur la base du principe de Maïmonide, qui au 12ème siècle avait écrit : plutôt «acquitter mille personnes coupables que de mettre un innocent à mort».

La Torah peut être interprétée comme étant en faveur de la peine de mort mais en pratique il est difficile d’exécuter un être humain dans la société juive. La peine capitale telle qu’elle est présentée par les plus grands Sages de la religion, symboles d’humanité, ne ressemble en rien à celle qui est mise en œuvre de nos jours. D’ailleurs, elle fut pratiquée, dans l’ancien Israël, une fois tous les sept ans.

Le mouvement libéral juif américain a également affirmé son opposition à la peine de mort. En 1958, puis encore en 1960, la Conférence nationale des rabbins américains déclarait son opposition à toute forme de peine de mort et estimait que la tradition juive considérait la peine capitale comme répugnante.

Aucune preuve n’a démontré le caractère dissuasif de la peine de mort. Mais plus l’État d’Israël se découvre un nombre croissant d’ennemis internes et externes, et plus les appels pour le rétablissement de la peine de mort se multiplient. On imagine la pression de l’échafaud contre tout citoyen israélien d’origine palestinienne jugé coupable.

On imagine mal un Juif dans le rôle de bourreau. Il faut cesser ces décisions gouvernementales populistes dont on entrevoit en fait la finalité politique.

Pour l’ancien ambassadeur israélien, Arie Avidor, «Le vote de la peine de mort : voilà la touche supplémentaire qui manquait à l’image d’Israël de par le monde !

Une coalition gouvernementale ivre de surenchère populiste, prête à légiférer sur tout ce qui est susceptible de séduire les plus bas instincts de son électorat et à mener ce pays à la dérive si c’est le prix à payer pour sa survie politique !».

Article publié dans Temps et Contretemps