Il n’y a aucun doute qu’ils avaient rendez-vous avec la mort car dans ce lieu mythique surveillé par de nombreuses forces de l’ordre, ils savaient qu’ils ne pouvaient pas s’en tirer indemnes. Le site Al Manar du Hezbollah a titré avec fierté « opération héroïque dans la mosquée Al-Aqsa ».

Chacun a les héros qu’il mérite. Certes trois jeunes arabes ont réussi à tuer deux soldats israéliens en s’en prenant surtout à leur uniforme plutôt qu’à leur personne car ils ont assassiné deux Druzes, des musulmans d’une secte spéciale.

Les tueurs ne sont pas des Palestiniens des territoires mais des Israéliens du village arabe de Oum el-Fahm, qui disposent de la liberté de circulation et surtout des droits de tout citoyen israélien.

Ils ont une conception spéciale de l’avenir car au lieu de privilégier la vie, ils s’adonnent au culte de la mort. Une famille est décimée par sa propre volonté.

Trois jeunes frères de la famille Jabareen, Mohamed (30 ans), Abdel Latif (29 ans) et Mfadal (19 ans), ont mené une action à l’arme à feu contre la police à l’intérieur des remparts de la Vieille ville de Jérusalem, plus précisément près de Bab al-Amoud à l’intérieur de la mosquée d’Al-Aqsa.

Armés de deux petites mitrailleuses et d’un revolver, de fabrication locale artisanale, ils ont tiré sur des soldats de la police des frontières en blessant à mort deux d’entre eux.

Il s’agit de la première attaque d’une telle ampleur à l’arme à feu depuis des années dans la Vieille ville, alors que depuis octobre 2015, Israël et les territoires ont surtout été marqués par des attaques à l’arme blanche commises en majorité par des Palestiniens.

Les policiers tués sont Hail Satawi (30 ans) et Kamil Shanan (22 ans), tous deux membres de la minorité arabe druze d’Israël, très présente dans la police et l’armée. Les Druzes ont combattu pour l’indépendance d’Israël et ont fait le choix du pays contre les Arabes.

Le site Al Manar glorifie les auteurs comme des héros dans une conception de l’héroïsme par le suicide. Il est difficile de croire qu’ils ont caché leur dessein à leurs parents qui auraient pu éviter ce drame plutôt que de laisser mourir leurs enfants en « martyrs ».

Difficile de penser à l’honneur acquis par les parents de vivre le restant de leur jour avec le remords d’avoir élevé des enfants pour un sacrifice humain.

Mohammad Hamed Jabareen, un des auteurs de l’attentat, avait prémédité son acte puisqu’il avait posté jeudi sur Facebook sa photo à l’intérieur de la mosquée d’Al-Aqsa avec un commentaire faisant allusion à ce qu’il préparait : « Demain, le sourire sera plus beau ». Il faut avoir l’esprit perturbé pour croire à un sourire dans l’acte de la mort.

En Israël, nous côtoyons ces jeunes tous les jours, venu du village à la limite de la ligne verte, pour travailler dans les chantiers de construction.

Le paradoxe est que les grands entrepreneurs de construction ainsi que les chefs de chantiers les plus expérimentés viennent de Oum El-Fahm pour diriger les travaux de construction dans les grandes villes du pays, alors que la ville, qui ne connaît pas le chômage, est l’une des plus contestataires.

La ville comptait 4.500 personnes en 1948, majoritairement des paysans, contre 55.000 aujourd’hui. Depuis la création de l’État d’Israël, Oum al-Fahm est passé de simple village à un centre urbain servant de plaque tournante pour les villages environnants.

La majorité des salariés travaillent dans le secteur du bâtiment. Les autres sont employés de bureau ou commerçants. Quelques usines sont apparues au fil du temps.

Malgré cela, la population est restée farouchement anti-israélienne et il est courant de voir le drapeau national brûlé sur la place publique tandis que les manifestants brandissent le drapeau palestinien.

D’ailleurs, le ministre de la défense Avigdor Lieberman avait pris acte de ce refus de s’intégrer à la nation israélienne et avait conçu un plan pour incorporer Oum El-Fahm à une partie de la Cisjordanie dans le cadre de la création d’un État palestinien.

En raison de la proximité de la ligne verte de Cisjordanie, la ville est appelée très souvent comme candidate possible à un échange de terres dans un traité de paix avec les Palestiniens pour compenser les terres des implantations juives.

La dernière proposition d’Avigdor Lieberman, pour un échange de population, a été rejetée par les politiciens arabes israéliens car ils l’assimilent à «un nettoyage ethnique».

Ce nouvel attentat compromet l’identité israélienne du village alors que des mesures sont prises pour limiter le décalage avec les villages juifs. Selon l’Office central israélien des statistiques, 19 écoles abritent 9.106 élèves, 12 écoles primaires (5.329 élèves) et 7 écoles secondaires (3.777 étudiants).

Le taux de réussite au Bagrout (baccalauréat) est de 60%. Certes les écoles enseignent l’arabe et quelques heures sont consacrées à l’hébreu comme langue «étrangère» mais on ne peut pas dire que l’école soit un centre de perversion intellectuelle à l’instar des écoles de Cisjordanie qui enseignent la haine du Juif à longueur de cours.

Pour le ministre israélien de la sécurité intérieure, Gilad Erdan, l’attentat a franchi toutes les lignes rouges. Les députés arabes à la Knesset, élus par l’électorat de la ville, portent une lourde responsabilité.

Ils se sont réunis au lendemain de l’attentat mais n’ont pas condamné l’acte ignoble, cherchant toujours des alibis aux tueurs. À entendre la violence de leur propos au sein de la Knesset, on ne peut s’étonner qu’ils sensibilisent les jeunes vers une voie violente sans issue.

La ville est certes un bastion du Mouvement islamique israélien qui est actif à trois niveaux : religieux (éducation islamique, services religieux), social (services d’aide) et antisioniste (opposition à Israël et soutien au nationalisme palestinien).

Le mouvement est divisé en deux branches : une branche nordiste extrémiste dirigée par Raed Salah, et une branche sudiste plus «modérée», la notion de modération reste à définir.

Raed Salah dirigeant avait fait parler de lui pour son prosélytisme auprès des Juifs. Il avait en effet converti à l’islam à Oum El Fahm une activiste juive d’origine marocaine.

Tali Fahima, 36 ans, avait annoncé sa conversion à l’islam, grâce à l’influence de Cheikh Raed Salah : « Quoiqu’il n’ait pas parlé avec moi, dès ma première rencontre avec lui, j’ai senti comme quelque chose qui m’attirait vers l’islam ».

Évidemment, après l’attentat on en attendait pas moins côté palestinien, le djihad islamique a été le premier à saluer «l’opération héroïque d’Al Qods ». Le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zouhri, a salué l’attaque à Jérusalem : « L’opération de Jérusalem est une réponse naturelle au terrorisme israélien et à la profanation de la mosquée Al Aqsa.

Elle confirme la poursuite de l’Intifada et l’unité de notre peuple derrière la résistance ». Aucun mot charitable pour les trois terroristes arabes. Ils avaient choisi la mort certaine au bout de leur chemin.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/07/la-mort-certaine-au-bout-du-chemin.html