Les élections israéliennes approchent et avec elles les primaires des grands partis israéliens. Alors que les enjeux sécuritaires et économiques sont largement débattus, je voudrai traiter d’un autre enjeu tout aussi important mais moins présent dans les débats : l’enjeu religieux.

Le fameux statu quo sur les affaires religieuses, mis en place après la création de l’État, est en pleine implosion. Des centaines de milliers d’israéliens laïcs réclament eux aussi le droit de vivre leur judaïsme à leur façon et la protestation envahit également les rangs du sionisme religieux, déçus par la radicalisation du rabbinat israélien.

À en croire un récent sondage de L’IDI, le Rabbinat israélien est aujourd’hui l’une des institutions les moins populaires du pays et en laquelle les israéliens ont le moins confiance.[1] Pourtant, le rabbinat est présent dans la vie de chaque israélien, puisqu’il possède le monopole sur la casherout, les mariages et divorces, les conversions et même les enterrements.

Ces deux dernières années, le ras-le-bol des israéliens contre le monopole du rabbinat et sa corruption s’est fait entendre de bien des façons. Alors qu’un ancien grand rabbin a été condamné pour corruption et qu’un autre sera probablement jugé sous peu, les israéliens se mobilisent pour faire avancer un système religieux non-oppressif et faisant honneur au judaïsme.

À Jérusalem, un mouvement local a lancé un label de casherout alternatif visant à boycotter le rabbinat interdisant aux restaurants de se dire « casher » sans son propre certificat.

À la Knesset et en dehors, des figures laïques et religieuses condamnent la lenteur des tribunaux rabbiniques en ce qui concerne les conversions et une campagne a même dévoilée certains abus de rabbins lors de l’immersion au mikvé de candidates à la conversion.

Des organisations ont milité pour permettre aux femmes de prendre la parole lors de l’enterrement d’un proche, chose jusqu’a là refusée par le rabbinat.

Mais le militantisme principal se concentre sans aucun doute dans le domaine des mariages et divorces. En Israël, seul un mariage réalisé par le rabbinat est reconnu par l’état. Pourtant, le nombre de citoyens choisissant une cérémonie symbolique ou un mariage civil en dehors d’Israël ne fait qu’augmenter. Près de 20% des couples israéliens sont donc forcés chaque année de se marier en dehors des frontières de leur pays pour ne pas avoir voulu coopérer avec le rabbinat.[2] Parmis eux, des couples orthodoxes souhaitant une cérémonie religieuse mais refusant d’y impliquer le rabbinat.

Le summum est atteint lorsqu’on touche au domaine du divorce. C’est probablement le film « Guet » des frères Elkabetz qui aura le plus contribué à la prise de conscience du public, car en Israël près de 100 000 femmes ont dû faire face à des pressions importantes pour l’obtention de leur divorce.[3] Ce chiffre gigantesque pousse de plus en plus d’israéliens à militer contre le fonctionnement des tribunaux rabbiniques.

Les affaires religieuses sont donc l’une des priorités de ces élections prochaines. Les partis de Gauche sont traditionnellement considérés comme luttant pour les libertés religieuses, mais dans les faits cela n’est que partiellement juste. Au contraire, la dernière Knesset, pourtant très à droite, a été particulièrement active dans ce domaine.

Plus surprenant encore, c’est un parti religieux comme Bayit Hayéhoudi qui a réussi à déclencher les foudres de la partie la plus extrémiste de l’orthodoxie. Car c’est justement en tant que parti religieux modéré que Bayit Hayéhoudi possède le potentiel de réaliser un véritable changement de l’intérieur dans ce domaine. Un changement qui ne sera pas motivé par une haine du religieux mais, au contraire, par le souhait d’un système religieux plus sain(t) et juste.

Le 14 Janvier se tiendront les primaires du parti et nous pouvons déjà noter que deux tendances s’affrontent au sein du monde religieux sioniste. D’un côté, certains candidats voudraient faire pencher le parti dans le camp d’une orthodoxie rigide et exclusive ; d’un autre côté, d’autres candidats luttent pour une approche plus modérée de la religion et contre la corruption des institutions religieuses. Je pense tout particulièrement au Professeur Asher Cohen, figure sioniste religieuse ayant largement défendu l’approche séfarade et inclusive du Rav Amsellem en ce qui concerne les conversions ; mais aussi à Batyah Kahana-Dror, qui mène depuis des années un combat pour les droits des femmes agounot.

J’ai eu la chance de juger par moi-même de l’action de Batyah Kahana-Dror et j’estime qu’il est de mon devoir d’en informer l’électorat. J’étais en contact avec une jeune mère, séparée de son mari violent quelques mois après son mariage et attendant désespérément son guet. Kahana-Dror fut l’une des personnes qui l’aida dans son combat. Elle fut celle qui la soutenue psychologiquement, qui l’a conseilla face aux tribunaux rabbiniques et qui l’aida à obtenir son guet, le tout pour un tarif forfaitaire vraiment minimaliste. Plus récemment, les journaux israéliens révelaient le combat mené durant 7 années (!) par Kahana-Dror pour une femme dont le mari était mort cérébralement. Combat courronné de succès puisque la femme obtint  finalement son divorce des mains des tribunaux rabbiniques.

Ce genre d’histoires pourtant courantes ne sont pas connues, car ces femmes déjà épuisées par leur combat pour l’obtention du guet ne souhaitent pas être médiatisées. Ainsi, alors même que l’organisation de Kahana-Dror a soutenu des milliers de femmes, peu de récits tragiques sont arrivés jusqu’aux oreilles du public.

Bien que ne m’identifiant pas aux positions sécuritaires et économiques de ce parti, je voudrai inviter ses membres à voter aux primaires pour Kahana-Dror, et à contribuer ainsi à la mise en place d’un système religieux non-corrompu, défendant les opprimés, inclusif et faisant honneur au judaïsme.

Rappelez-vous que face à Kahana-Dror se dressent bien des figures intéressées à perpétuer la corruption du rabbinat. Et que pour l’instant, vos impôts financent ces abus…

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Notes

[1] http://fr.timesofisrael.com/juifs-et-arabes-fiers-detre-israeliens-mais-peu-de-confiance-dans-le-gouvernement/

[2] http://www.ynet.co.il/articles/0,7340,L-4263745,00.html

[3] Chiffre officiel selon « Le Conseil pour l’avancée du Statut de la Femme » dirigée par la ministre Tsipi Livni (en 2005). http://www.knesset.gov.il/protocols/data/html/maamad/2005-03-23.html