Eliezer Wiesel est né en 1928 en Roumanie. À l’âge de quinze ans, lui et toute sa famille sont déportés à Auschwitz. Avec son père Shlomo, il passera la majeure partie de la guerre dans les camps d’Auschwitz et de Buchenwald. Elie Wiesel a survécu aux horreurs de la Shoah. Il était très motivé par le désir de prendre soin de son père bien-aimé qui, malheureusement, décèdera à Buchenwald quelques semaines seulement avant la libération du camp. L’une de ses trois sœurs et sa mère ont aussi péri dans les camps. Elie devient donc survivant de la Shoah et orphelin à l’âge de 17 ans.

Elie Wiesel est décédé le 2 juillet 2016 à l’âge de 87 ans. D’une certaine façon, le départ de ce « géant » de la mémoire nous plonge dans un silence assourdissant, d’autant plus qu’Elie Wiesel a été pendant plus de six décennies la voix de ceux morts à ses côtés dans les camps.

Avec ses mots, il choisit de perpétuer la mémoire de la Shoah, toujours vivace dans ses cauchemars de son indélébile expérience horrible. Il laisse derrière lui 57 livres, trop nombreux pour en faire la liste ou les recommander dans cet article, sauf peut-être pour « La Nuit», écrit en 1960, qui devrait être une lecture incontournable pour tout le monde.

« La Nuit » est un recueil de mémoires d’Elie Wiesel, de tout le temps qu’il passa dans les camps de la mort avec son père. Parmi la myriade de prix et témoignages de reconnaissance accumulés au fil des années, Elie Wiesel a notamment reçu le prix Nobel de la paix en 1986. Mais pour lui, et jusqu’à ses derniers jours, il admettra qu’il reste encore beaucoup à accomplir pour maintenir le souvenir du passé et en retenir les leçons pour le futur.

Pour Elie Wiesel, l’apathie ou l’indifférence était le pire de tous les maux. Voilà exactement pourquoi il a passé l’essentiel de sa vie à tenter d’éduquer un monde encore sous le choc de la Shoah qui, plus tard, se transformera en un monde tétanisé incapable de réagir. Dans l’actuelle société postmoderniste, le monde s’enfonce de plus en plus dans le déni de l’histoire. Il a notamment déclaré : «J’ai décidé de consacrer ma vie à raconter l’histoire parce que je sentais qu’ayant survécu, je devais quelque chose aux morts. Et tous ceux qui ne se souviennent pas les trahissent à nouveau.»

Il s’était toujours senti coupable de ne pas avoir été en mesure de faire plus pour son père pendant leur détention dans les camps. Il estimait qu’il ne méritait pas de vivre tandis qu’il a également écrit : « … que j’ai survécu à la Shoah, puis aimé de belles filles, parlé, écris, eu du pain grillé et du thé et vécu ma vie — c’est cela qui est anormal.»

Au-delà de cet important héritage, il nous laisse aussi avec un énorme défi à relever. Nous devons continuer son combat. Si nous gardons le silence, sa voix va finir par disparaître dans l’oubli ou pire, se résumera à quelques déclarations au sujet d’un événement dont beaucoup commencent déjà à douter qu’il ait eu réellement lieu. Le monde ne peut pas se permettre l’oubli dans le silence, l’inaction ou l’indifférence.

La Shoah a eu lieu il y a plus de 75 ans ce qui signifie que tout survivant des camps encore en vie aujourd’hui a au moins 75 ans, si tant est qu’il ait vu le jour dans les camps. L’âge moyen de tous les survivants de la Shoah aujourd’hui est plus proche des 80 ans. Donc, la très grande majorité des 500 000 survivants de la Shoah dans le monde entier aura disparu dans les dix ans à venir… et après ? Je crains qu’au-delà des éloges respectueux et des récompenses posthumes qu’Elie Wiesel a pu recevoir, les gens vont rapidement passer à autre chose et permettre en conséquence aux révisionnistes et autres antisémites de gagner la prochaine bataille.

Nous devons donc continuer à rappeler au monde la réalité historique de la Shoah et les leçons qu’il convient d’en retirer. Il y a de par le monde de nombreux monuments commémoratifs de la Shoah, ainsi que des musées, notamment Le Mémorial de la Shoah à Paris dans le quartier du Marais. Prenez le temps de visiter le plus proche de ces lieux de mémoire et de vous assurer d’être accompagné de personne de la génération future. Comme ainsi le déclarait Elie Wiesel : « Sans mémoire, il n’y a pas de culture. Sans mémoire, il n’y aurait pas de civilisation, aucune société, aucun avenir. »

Nous devons aussi continuer à prendre position contre toute forme de xénophobie comme l’antisémitisme ou tout autre type de racisme. Wiesel est sorti des camps à peine vivant, mais il avait encore assez de souffle pour continuer à se battre. Il a été non seulement l’ambassadeur de la mémoire de la Shoah, mais il a également parlé contre tous les maux enracinés dans le racisme. D’autant plus que la menace d’un anéantissement global d’Israël et des Juifs est redevenue bien réelle.

L’Europe est à un très haut niveau de menace. Israël est en guerre depuis 1948 et le reste du monde est souvent en première ligne pour promouvoir le nouvel antisémitisme, prompt à diaboliser aveuglément les Juifs. Soyez conscients et attentifs à ce qui se passe dans votre propre communauté et soyez disposés à défendre et même donner un coup de main en cas de besoin. Il est toujours pertinent de tendre la main et d’aider ceux dans le besoin, même si votre aide est refusée, votre geste ne passera pas inaperçu.

Dans son livre « La Nuit », Elie Wiesel exprime dans ses mots le sentiment angoissant de ne pas être en mesure d’oublier les atrocités de la Shoah : «Je n’oublierai jamais cette nuit-là, la première nuit dans le camp, qui a transformé ma vie en une longue nuit, sept fois maudite et sept fois scellée. Je n’oublierai jamais la fumée. Je n’oublierai jamais les petits visages des enfants, dont les corps que je voyais étaient transformés en volutes de fumée sous un ciel bleu silencieux. Je n’oublierai jamais ces flammes qui ont consumé ma foi pour toujours. Jamais je n’oublierai ce silence nocturne qui m’a privé, pour toute l’éternité, de la volonté de vivre. Je n’oublierai jamais ces moments qui ont assassiné mon Dieu et mon âme et transformé mes rêves en poussière. Je n’oublierai jamais ces choses, même si je suis condamné à vivre aussi longtemps que Dieu lui-même. Jamais.»

Rendre honneur à la mémoire d’Elie Wiesel est la moindre des choses, mais se souvenir de la Shoah est une nécessité vitale. En réalité, se souvenir de la Shoah et en enseigner les horreurs à la génération suivante, c’est CELA rendre honneur à la mémoire d’Elie Wiesel.