Jeudi 24 septembre, premier jour de la fête de l’Aïd El Adha (ou « Aïd El Kebir », le grand Aïd), un drame épouvantable allait endeuiller le pèlerinage à la Mecque qui venait de débuter : plus de 700 personnes – 717, selon un premier décompte – ont trouvé la mort étouffées ou écrasées, dans un mouvement de foule monstrueux et dont l’origine reste à déterminer.

Je reviendrai bien sûr sur les circonstances réelles de cette catastrophe, et sur les responsabilités du pays hôte, l’Arabie Saoudite, qui ne sort pas grandie de cette nouvelle actualité ; l’annonce la même semaine de la mise à mort prochaine, par décapitation suivie de crucifixion, d’un jeune Chiite coupable d’avoir simplement manifesté alors qu’il avait 17 ans, ne devait pas non plus redorer l’image du Royaume ; un Royaume dont l’ambassadeur vient d’être nommé président du panel du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU …

Mais je voudrais, d’abord, vous parler des horreurs lues sur des pages FaceBook « d’amis » juifs à propos de ce drame, des propos venant redémontrer que les réseaux sociaux peuvent charrier le pire sur n’importe quel sujet d’actualité, y compris, hélas, « chez les nôtres ». Ceci étant d’abord partagé, on verra dans ce cas, comme dans d’autres, qu’il suffit d’un minimum de curiosité intellectuelle et de recherche sur Internet pour démonter des propos haineux.

Quelques horreurs à propos des centaines de morts de La Mecque

Je reproduis, tels que et sans commentaires, des extraits choisis trouvés sur mon propre réseau :

« Les musulmans ou islamistes sont les meilleurs pour s’auto-détruire, entre tous les conflits entre les différents courants dans tout le monde, les bousculades à La Mecque, ils font plus de morts que toutes les guerres que nous avons faites contre eux. Une religion qui glorifie la mort finira comme elle a commencé. »

« Quelle autre religion est en capacité de tels débordements? Aucune ! Remarquons seulement que ce triste évènement est dans la droite ligne des comportements de masse violents de la communauté musulmane toujours murée dans un certain extrémisme qui semble une source d’énergie indispensable. »

« Ma première réaction : le rire …! Même là , ils sont plus que nuls , c’est du jamais vu mais avec eux tout peut arriver mais il faut reconnaître qu’ils ont fait très fort … Même là il faut qu’ils s’entretuent. »

Même pas honte ?

A celles et ceux qui ont sali leur propre page en ricanant sur la « nullité » des malheureux qui ont eu une mort si horrible, ou qui ont profané pour certains le nom de l’Éternel en le bénissant pour la mort de centaines d’innocents, voyez la photo de cet article en lien tiré d’un site arabe et qui montre des corps entrelacés de tous âges et toutes origines. On doit aussi leur dire : « Mais ce sont des humains, vous l’avez donc oublié ? Pourquoi réclamez-vous des non juifs de la compassion pour nous, en d’autres circonstances, si vous êtes incapables de la moindre pitié pour des victimes qui n’étaient coupables de rien ?

Par contraste, on notera que l’Église de France a exprimé sa compassion, en envoyant un message signé de Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry et président du conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des évêques de France (CEF).

Cette Conférence « exprime sa grande tristesse après le drame qui a provoqué la mort de plus de 700 personnes et causé de nombreux blessés à La Mecque, hier jeudi 24 septembre ». « Pour un croyant, le pèlerinage est un moment privilégié de recueillement, de prière et de communion, rappelle Mgr Dubost. Cette tragédie endeuille des familles au cœur même d’une des démarches religieuses les plus importantes pour chaque musulman. La blessure n’en est que plus grande. »

Une responsabilité saoudienne évidente

Oui, la responsabilité première est celle des autorités saoudiennes, qui ont été – une fois de plus – totalement dépassées par la situation : 2 millions de personnes en déplacement dans un espace si étroit – la voie où se croisent les deux flux en sens opposé ferait 12 mètres de large – et c’était une catastrophe prévisible.

Ce drame aurait pu être évité si la sécurité avait été mieux assurée, car il y a eu aussi et à plusieurs reprises, des centaines de tués par accident dans le même lieu saint de l’Islam, comme le rappelle « Metronews » ; en particulier le 2 juillet 1990, où on a enregistré le pire drame survenu lors du « Hajj » : une gigantesque bousculade se produisit dans un tunnel, vraisemblablement à la suite d’une panne du système de ventilation, tuant 1 426 pèlerins, asiatiques pour la plupart.

On rappellera, aussi, que le même site de La Mecque où les Saoudiens réalisent en continu des travaux pharaoniques, a vu un autre drame il y a deux semaines, avec la chute d’une grue sur le chantier de la Grande Mosquée qui aurait tué au moins 107 personnes.

Des médias français non complaisants, et un CFCM déjà vigilant

Est-ce que les médias se montrent complaisants ou silencieux par rapport à cette responsabilité ? Je ne le pense pas, si j’en juge par exemple par le 20 heures de TF1 du lendemain du drame : on a entendu des spécialistes du sujet, musulmans pour certains, dénoncer cette course au gigantisme des Saoudiens, qui a des buts purement lucratifs.

Le Pèlerinage, c’est aujourd’hui une manne de 50 milliards de dollars pour le pays, 100 demain quand ils recevront 5 millions de personnes ; l’argent vient donc tout pourrir, ici comme ailleurs, et il est important qu’au moins on le dise, même si ceux qui viennent faire le « Hajj » n’y sont pour rien.

Alors que des œillères racistes continuent à persuader beaucoup de gens que les musulmans réagissent toujours de manière grégaire et soumise, il faut savoir que – au moins en France – les lacunes ou les scandales liés à la gestion logistique du Pèlerinage sont aujourd’hui un thème de débat.

Ainsi a t-on pu lire sur une dépêche de l’AFP, que « Le nouveau président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Anouar Kbibech, fait de l’amélioration de l’organisation du Hajj un de ses « dossiers prioritaires ». Il souhaite la création rapide d’un « pavillon français » sur les lieux saints saoudiens, afin que « les pèlerins puissent avoir un interlocuteur en cas de problème » et « se concentrer sur le rite plutôt que sur la logistique ». »

Déjà une nouvelle crise avec l’Iran, qui est furieux

Même si les autorités saoudiennes ont tenté, bien maladroitement, de pointer du doigt « l’indiscipline » des pèlerins, de nombreux témoignages font état de routes de dégagement bloquées, ce qui aurait provoqué le choc fatal des deux foules de marcheurs. L’Iran – qui a, on le sait, un lourd contentieux avec l’Arabie – s’inquiète, au delà du bilan officiel qui comprend 136 de ses ressortissants, de la disparition de 344 Iraniens dont on était toujours sans nouvelles deux jours après ; le procureur d’État Ibrahim Raisi parle carrément de crime, et évoque une route qui aurait été fermée au moment du drame pour permettre le passage d’un convoi royal.

Mais dans le fond, comment expliquer un bilan humain tellement lourd ?

La culpabilisation des malheureuses victimes ne tient pas la route, en particulier le fait d’accuser les marcheurs entrés en collision d’avoir été « hystériques » : en vérité et comme vous le lirez sur cet article qui comprend des liens très savants sur le sujet, à partir du moment où la densité d’une foule dépasse 7 personnes au mètre carré, il se produit des turbulences et « Ces turbulences ont une telle force que les gens sont projetés sur plusieurs dizaines de mètres sans contrôler leur capacité à se déplacer. Dès lors, il suffit que quelqu’un soit déséquilibré, qu’il tombe, pour qu’un enchaînement dramatique se déclenche ».

Il y a eu bien d’autres catastrophes passées du même genre, et ce n’étaient pas des musulmans !

Une fois compris que ces phénomènes de foule n’ont strictement rien à voir avec la religion des victimes, il n’est pas mauvais de se pencher sur d’autres catastrophes causées dans des bousculades, tout autour du Globe. Cet article en lien du site « 20 minutes » a été publié en 2010 après les 375 morts enregistrés au Cambodge suite à un mouvement de foule sur un pont, et il donnait un historique à cette date là.

Et, bien sûr, les stades de football où se pressent par milliers ou dizaines de milliers les spectateurs, ont souvent été le théâtre de tels drames : Wikipedia en a dressé la liste, le record restant les 318 morts en 1964 suite à un mouvement de panique, lors d’un match à Lima au Pérou.