Le vieux chef palestinien, 83 ans, est bien malade mais refuse de quitter la scène politique tout naturellement.

Abbas suit les pas de son prédécesseur, Yasser Arafat, en s’accrochant au pouvoir depuis son lit d’hôpital. Grand fumeur, il souffre depuis longtemps de troubles cardiaques et pulmonaires.

C’est la troisième fois qu’il est hospitalisé en une semaine, après avoir subi une opération chirurgicale.

Comme dans chaque régime totalitaire et corrompu, aucune information précise n’est publiée sur son état de santé. Les médecins et les proches du leader palestinien affirment que les résultats des tests sont « excellents » et que l’état de santé de Mahmoud Abbas est « rassurant ». Quelques photos le montreront avec ses enfants, marchant avec sa robe de chambre ou assis en lisant un journal en arabe où figure en relief une caricature antisémite et nauséabonde.

Comment l’Union européenne poursuit-elle ses leçons de morale, exige une commission d’enquête sur les affrontements à Gaza, et passe à l’ordre du jour sans condamner avec force cette nouvelle incitation à la haine du vieux leader palestinien ?

Pourquoi l’UE se permet-elle d’intervenir dans nos affaires intérieures et évite de le faire chez les Palestiniens ? Pourquoi ne condamne-t-elle pas le manque de gouvernance, la forte corruption chez-eux, et n’apporte-t-elle pas de réponses tangibles aux rumeurs qui persistent sur la fragilité d’Abbas d’exercer, à plein temps, ses fonctions présidentielles.

Pourtant, les Européens savent parfaitement qu’Abbas n’est pas populaire dans la rue palestinienne et que le Hamas présente une menace et une alternance, à la fois. Et qu’au sein du Fatah, les couteaux sont tirés depuis longtemps et la guerre de succession risque de s’achever en véritable bain de sang.

Abbas refuse obstinément de désigner un successeur mais il est probable, comme ce fut le cas avec Arafat, que le chef des services sécuritaires assure l’intérim. Rappelons, qu’Abbas a été élu président de l’Autorité palestinienne en 2005 pour quatre ans, mais s’accroche sans élections, depuis plus de 13 ans à son poste.

Le bilan d’Abbas est catastrophique pour le peuple palestinien car il n’a rien obtenu de concret durant toutes ces années au pouvoir. Ses multiples voyages à l’étranger, ses nombreuses démarches devant les chancelleries et les organismes internationaux, et notamment à l’ONU, toutes ses promesses concernant la création imminente d’un État indépendant, et ses différentes Intifada ont toutes été vouées à l’échec. En revanche, il n’a jamais renié les Accords d’Oslo et collabore, uniquement pour ses propres intérêts sécuritaires, avec Tsahal et le Shin Beit.

Son refus systématique de reconnaître l’État juif, de s’asseoir sans conditions préalables avec Nétanyahou, de renoncer grossièrement à la médiation américaine, de désapprouver le plan Trump, et de s’aligner sur les postions pragmatiques des Saoudiens et des Egyptiens, l’écarte des pays modérés sunnites et le place dans le même front du refus avec les radicaux islamistes.

Sa conduite et ses propos antisémites l’éloignent de tout partenariat concret. En réalité, Abbas est très affaibli, politiquement et physiquement, et n’est pas capable d’assumer toutes ses responsabilités. Il ne maîtrise pas la situation, et rate bêtement, et à chaque fois, les rendez-vous de l’Histoire.

Il plonge son peuple dans la confusion, la frustration, et la détresse infinie. Il n’a jamais été l’homme providentiel, le leader charismatique meneur des foules. Il demeure distant, flegmatique et méfiant et n’a aucune confiance dans les intentions américano-israéliennes à son égard. Persona non grata à Gaza, il craint le pire scénario de voir le Hamas s’installé dans ses bureaux confortables de Ramallah.

Sur le fond, Abbas pense comme le Hamas et persiste à croire que toute la Palestine, du fleuve à la mer, lui appartient. Il ne changera pas, de son vivant, de narratif et ne renoncera jamais au « retour » des réfugiés palestiniens. Sa terrible peur est d’être ciblé comme traître à la cause palestinienne.

Cependant, contrairement au Hamas, Abbas joue un double jeu et préfère le combat par étape en se focalisant sur la voie diplomatique, le BDS et la délégitimation, plutôt que la lutte armée et le terrorisme. De ce fait, il n’est plus un partenaire crédible pour la paix.

La question de sa succession est complexe du fait que le Conseil législatif ne fonctionne plus depuis de longues années. L’inactivité de cette Assemblée engendre une crise constitutionnelle profonde. Rappelons qu’Abbas est non seulement président de l’Autorité palestinienne, il est aussi et toujours le chef de l’OLP dont le Hamas fait théoriquement partie et où il demeure très influent.

Dans ce contexte, tous les acteurs s’accordent pour dire qu’il est préférable qu’Abbas reste dans ces fonctions jusqu’au jour où sa succession sera organisée.

Israël suit de près l’évolution de la situation mais ne souhaite pas intervenir dans les affaires intérieures. Les pressions exercées pour la libération de prison de Marwan Barghouti ne recevront aucun écho, ni non plus le soutien à Mohamed Dahlan.

Pour l’heure, personne ne peut prédire quand Abbas quittera définitivement la scène. Toutes les explications, prédictions et commentaires sont des désirs hasardeux, et des vœux irréalisables dans un Moyen-Orient en pleine ébullition.

Le gouvernement israélien, en coordination étroite avec les Américains, Tsahal et le Shin Beit se prépare d’ores et déjà à l’après Abbas, tout en évitant l’escalade dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Cet article a été publié le 22 mai 2018 sur le site du JCPA-CAPE http://jcpa-lecape.org/