L’avion a décollé, lasse de cette vie bien morose, je ne sais plus, je n’attends plus rien.

Je regarde autour de moi, jeunes, vieux, juifs, non-juifs, tous s’affairent comme si la vie était un long fleuve tranquille, sans doute sont-ils loin de toutes préoccupations vitales à moins que le masque de la vie terrestre n’agisse en profondeur, faisant d’eux une vidéo cachée, une pièce de théâtre aux messages subliminaux.

Ben Gourion, le sherout, puis… Yersoushalaïm qui s’arrache du décor – elle trône comme toujours dans une majesté que seuls, ses amoureux connaissent.

Je pose mes valises, je ferai mieux de les laisser toujours à porter de main, je ne cesse de m’agiter dans un incessant va-et-vient, au-delà de la Méditerranée, je n’arrive plus à reposer mes pieds.

C’est ici que mon âme trouve le repos, c’est ici que les senteurs d’une vie mystérieuse, loin d’un monde en pleine agitation, transcendent mon être m’amenant à une rencontre encore plus proche de Toi, encore plus enivrante.

Cette fois-ci une étape semble être franchie, quelque chose d’inexplicable, quelque chose qui s’est mué en certitude sans pouvoir définir quoique soit…

Je suis là, je suis lasse, mon cœur est en peine, mes yeux sont vidés, telle la sécheresse du Négev, même la rosée n’y dépose plus ses perles humidifiées, tel un roseau battu par le vent chaud, telle la biche soupirant après un courant d’eau. Je suis là, je suis lasse.

Perdue dans mes pensées, brusquement s’impose une directive, visiter le Tunnel qui se loge sous le Kotel.

La partie se joue à peu de jours, il ne reste plus que quatre places, visite guidée en anglais, il faut se décider ! C’est tout vu, automate ce jour-là, je rejoins la file, j’attends : je suis là, je suis lasse.

Au petit matin, le brouhaha de la rue HaCarmel m’invite à sortir de ma torpeur. J’ai peu dormi, je suis là, je suis lasse. Machinalement je prends des petites feuilles de papiers, un crayon, et j’écris à mon Aba, mon Adon-aï, comme si simplement prier ne suffisait plus, comme si j’avais besoin de sceller entre nous deux la complainte de mon cœur, comme si… rien : Je suis là, je suis lasse.

Deux papiers , deux supplications, et me voilà à les signer de mon nom, tant la peur qu’au milieu de cette foule mondiale, mon Aba se mette lui aussi à confondre, oublier, mon nom, moi sa fille, sa création, je suis là, je suis lasse…

Méthodiquement je les range dans ma besace, me voici partie au Kotel dans l’optique de les y déposer avant ou après la visite du tunnel.

J’arrive trop juste… Etrange, je n’ai pas le temps de me rendre au mur, happée par la foule, me voici à l’entrée, je descends, je me dis « tout à l’heure en sortant j’irai »…je suis là, je suis lasse.

Quelque chose d’étrange se passe, emmenée loin de tout, loin de vous, de ce marasme qu’est devenu ma vie, je suis là, moins lasse, plus reposée, quelque chose agit…

Je descends toujours, les pierres d’antan en imposent, un silence parlant agite mes pensées, mon cœur semble se réveiller, je suis là, juste là. Le mur du Kotel, dans ses fondations, apparaît, d’un bloc non taillé, juste des fentes bien ciselées, à l’intérieur, posés, des papiers de prières, comme au Kotel extérieur. Je suis là, je ne suis plus lasse, j’ai compris.

C’est dans le secret de nos chambres, de nos cœurs gardés jalousement, qu’Adon-aï accueille avec bienveillance nos complaintes; c’est loin du brouhaha qu’une rencontre privée prend tout son sens, c’est là, je suis là, tout simplement.

Et là, à des mètres sous terre, dans la ferveur de quelques femmes qui prient en silence, longeant ce Mur souterrain, Saint, au plus près du Lieu Très Saint d’autrefois, ma main cherche mes papiers. Comme une enfant, ayant crainte d’un interdit, elle se lève là, timidement, trouve une place, elle a le choix, elle hésite, elle s’arme de courage,… les papiers ne m’appartiennent plus.

Mes yeux s’embrument, j’ai déposé mes demandes que nul ne connait, que nul n’a pris soin de découvrir, que nul n’a voulu savoir, que nul… sauf Lui mon Aba.

Je n’entends plus la voix du guide anglais, je suis là, en symbiose avec LUI mon vrai guide, mon Adon-aï, rien ne peut s’expliquer, je suis là.

La soupape se vide, mon cœur émerge tel un sous-marin resté trop longtemps en apnée, mon cœur commence une lente remontée, il lui faudra du temps, pour ne pas le briser, ne pas le rendre fou, attendre que l’oxygène des cieux viennent remplacer la sclérose d’un monde pollué.

Ce cœur mis volontairement en sommeil tant il s’est brisé contre des rochers de pierres, tant il a été laminé par des vagues en furie dans une mer de vie déchaînée, ce cœur qui garde jalousement le sens et le goût de l’amour, du vrai Amour, que si peu d’humains connaissent.

Ce cœur qui a découvert, un jour lointain, que l’amour du monde est une pâle copie de cet Amour céleste qui enflamme les vies, fait rayonner les visages, et embaume les maisons telle la Casse, cette fleur broyée,  aux milles senteurs, de Yeroushalaïm.

Je suis là, je ne suis plus lasse.

Le Repos de l’attente a couvert mes épaules de son doux manteau, le fardeau a disparu, faisant place à un poids léger: tout est entre ses Mains; Un jour , proche, Sa Lettre-Réponse me parviendra, je saurai alors , Adon-aï répond toujours….oui je ne serai plus lasse.

J’arpente le reste du Tunnel, je croise des regards furtifs, ces femmes collées au Mur, des yeux criant leur attente, je ne fais qu’une avec elles, je sais maintenant ce qu’elles vivent, je sais la profondeur de leur Foi, je suis là, je ne suis plus seule.

Le retour au-dehors est un choc thermique, le brouhaha surgit comme une lame de fond, il me faut retenir ma respiration pour ne pas vaciller, je voudrais tant y retourner, il me faut avancer, je suis là, lasse de cette vie sans Toi.

C’est le soir même, que je t’ai rencontré, le soir même que tu as glissé  à mon oreille un souffle nouveau, un bien-être oublié, inconnu. Je suis là, face à la vieille cité, dans les hauteurs jusqu’alors inconnues. Elle surprend par sa Majesté, ses pierres blanches, devenues ocres sous les derniers feux du soleil, teintées par la demi-lune, elle s’illumine de milles feux.

Les senteurs du Jardin accentuent ce moment hors du commun, chaque allée s’offre à la vue des amoureux, leurs couleurs chatoyantes, différentes, sublimes, chantent en diapason avec le Kotel la victoire d’une vie revenue à la vie.

Je retiens mon souffle, de crainte que cet instant disparaisse trop tôt, trop vite. Je n’ai pas de mots, je peux juste vivre, oui re-vivre.

Je suis là….je suis…chut…

Jérusalem je t’aime !