La loi adoptée par la Knesset le 19 juillet dernier proclame qu’Israël est l’Etat-Nation du peuple juif (article 1er), la consécration de ce grand principe par une loi fondamentale (c’est-à-dire de valeur constitutionnelle) représentant, selon le Premier ministre, Binyamin Netanyahou, « un moment décisif dans les annales du sionisme et de l’histoire de l’Etat d’Israël ».

Les initiateurs de la loi soulignent à l’envie que le texte ne fait que consacrer une situation de fait. Ce qui est faux, car le texte innove en instituant au moins deux discriminations légales.

L’hébreu devient la seule langue officielle, l’arabe ne disposant plus que d’un statut spécial (art.4) et seule l’implantation des Juifs dans le pays est promue « valeur nationale » (art. 7).

Ces deux dispositions sont largement à l’origine de la « révolte druze » qui a mobilisé les dignitaires religieux, les personnalités politiques, et les chefs militaires – nombreux et souvent haut placés dans la hiérarchie – issus de cette communauté.

Les Bédouins menaçaient de suivre. Mais la logique clientéliste a calmé toutes les velléités. Le gouvernement s’est engagé à faire voter une législation spécifique en faveur des Druzes, et à doter le développement de cette communauté de financements conséquents.

Ceci afin de mieux refuser tout amendement au texte voté. Nul doute que le Premier ministre a vu sa fermeté encouragée à la lecture d’un sondage (Walla/Panel Politics, 30 juillet 2018) confirmant la popularité de cette loi approuvée par 58 % des Israéliens contre 34 % (8 % étant sans opinion).

Il est vrai que ce texte présente l’immense avantage de valoriser ceux qui proclament leur soutien indéfectible à l’Etat juif, en désignant à la vindicte populaire tous les autres – la gauche, les Arabes, les intellectuels … – présentés comme autant d’ennemis.

A ce petit jeu, Binyamin Netanyahou sera toujours gagnant, les grands principes se voyant confortés par les petits calculs.