« Dans une nation démocratique et moderne les citoyens sont égaux en droit et solidaires entre eux ; la classe politique va en sens inverse »

I-Loi sur l’État-Nation

Il s’agit d’un ajout de taille à la déclaration d’Indépendance de l’État d’Israël qui pourtant avait été particulièrement claire sur le rôle de l’Etat à l’égard du peuple juif.

Les députés israéliens ont approuvé, jeudi 19 juillet 2018, une loi controversée qui ne reconnaît le droit à l’autodétermination qu’aux juifs.

« Israël est l’État-nation du peuple juif dans lequel il réalise son droit naturel, culturel, historique et religieux à l’autodétermination », dit le texte, adopté par 62 voix contre 55 et deux abstentions. Ce vote est loin de faire l’unanimité car cette loi pose de nombreux problèmes sans garantir d’atteindre son objectif.

II- La Déclaration de l’Indépendance

« La terre d’Israël«  est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance, créa une culture d’une portée à la fois nationale et universelle et fit don de la Bible au monde entier.

Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale.

Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur État. … Ils y défrichèrent le désert, firent renaître leur langue, bâtirent cités et villages et établirent une communauté en pleine croissance, ayant sa propre vie économique et culturelle… Ils apportèrent les bienfaits du progrès à tous les habitants du pays.

Le droit du peuple juif à la renaissance nationale dans son propre pays fut accepté par la Société des Nations (et le mandat de sa réalisation fut confié à la Grande Bretagne) qui accordait une reconnaissance internationale formelle des liens du peuple juif avec la terre d’Israël, ainsi que de son droit d’y reconstituer son foyer national.

La Shoah … démontra à nouveau l’urgence de remédier à l’absence d’une patrie juive par le rétablissement de l’État juif dans le pays d’Israël, qui ouvrirait ses portes à tous les juifs et conférerait au peuple juif l’égalité des droits au sein de la famille des nations.

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations Unies adopta une résolution prévoyant la création d’un État juif indépendant dans le pays d’Israël et invita les habitants du pays à prendre les mesures nécessaires pour appliquer ce plan. La reconnaissance par les Nations unies du droit du peuple juif à établir son État indépendant ne saurait être révoquée….

En conséquence, les  membres du Conseil national représentant le peuple juif du pays d’Israël … réunis le jour de l’expiration du mandat britannique, en assemblée solennelle, et en vertu des droits naturels et historiques du peuple juif, ainsi que de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, proclamèrent la fondation de l’État juif dans le pays d’Israël, qui portera le nom d’État d’Israël….

L’État d’Israël sera ouvert à l’immigration des juifs de tous les pays où ils sont dispersés ; il développera le pays au bénéfice de tous ses habitants; il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël.

Il assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ; il garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture…..

Aux prises avec une brutale agression, le Conseil National invita les habitants arabes du pays à préserver les voies de la paix et à jouer leur rôle dans le développement de l’État sur la base d’une citoyenneté égale et complète et d’une juste représentation dans tous les organismes et les institutions de l’État, qu’ils soient provisoires ou permanents.

III-Histoire et évolution démographique contemporaine

La déclaration d’indépendance est très claire sur le fait qu’Israël est la terre de la nation juive. Le nom donné à cet État n’est pas la Judée mais Israël, ce qui est plus fédérateur dans les sens où l’on se réfère à Jacob et à ses 12 fils qui ont donné naissance aux 12 tribus d’Israël dont celle de Juda.

La terre promise à Abraham pour sa descendance puis à Moïse concernait les hébreux devenus les 12 tribus d’Israël, le judaïsme étant une apparition ultérieure dans l’Histoire du peuple d’Israël.

Onze tribus s’étaient réparties sur la terre promise et un peu en dehors pour celles ayant une activité pastorale  alors que celle des lévites devait se consacrer à son  rôle sacerdotal. Finalement 10 tribus formèrent au nord le Royaume d’Israël avec pour Capitale Sichem et celle de Juda au sud le Royaume de Judée avec pour Capitale Jérusalem dont les Rois les plus connus furent Saül (40 ans de règne), David (40 ans de règne)  et Salomon (39 ans de règne). La scission entre les deux royaumes eut lieu à la mort du Roi Salomon car son fils Roboam (17 ans de règne) refusa d’assouplir sa politique comme le demandaient les habitants du Royaume d’Israël. Le Royaume d’Israël refusa alors de suivre la dynastie davidique, choisit le Roi Jéroboam et se sépara du Royaume de Juda en 933. En 732 les assyriens envahirent le Royaume d’Israël et une nombreuse partie de sa population vint trouver refuge en Judée.

Les Royaumes d’Israël et de Juda se référaient au même Dieu mais Israël subissait l’influence théologique de peuples voisins et à ce titre ne représentait pas une théologie aussi stricte que celle du Royaume de Juda. Les Samaritains restèrent des adeptes très respectueux du pentateuque et méritent à ce titre d’appartenir au judaïsme multiforme actuel.

Bien que le Royaume de Juda ait donné naissance d’une certaine façon à ce qu’est devenu le Judaïsme, sa taille relativement petite est inversement proportionnelle au prestige dont il a bénéficié par la notoriété de ses Rois et l’attachement chrétien à la descendance davidique,  la déclaration d’indépendance se réfère à Israël au delà de la Judée pour pouvoir accueillir les juifs du monde contraints à l’exil. La référence à Israël est ainsi conforme aux traditions Abrahamique et Mosaïque. Avant 1948 les premiers émigrants s’installèrent là où cela fut possible notamment au centre et en Galilée alors que la Judée comprenait une nombreuse population arabe.

Malgré les assurances données aux populations arabes et aux autres minorités par la déclaration d’indépendance, de nombreux arabes préférèrent quitter Israël pour s’exiler dans des pays arabes voisins qui les encourageaient à le faire.

Il n’en demeure pas moins que la population juive d’Israël représentait en 2016 75 % du total de la population totale et la population musulmane près de 18 % (en fort accroissement), les chrétiens 2% et les Druzes 1.6%. A partir de l’an 2000 apparaît une minorité de l’ordre  de 4% et  qui  pourrait  inclure en partie des émigrants russes juifs auxquels la religion juive n’a pas été accordée. En 2017 la population en Israël atteignait environ 8 300 000 habitants. 

IV-Modification le 19 Juillet 2018 des fondements de l’État d’Israël

Malgré la constante émigration juive due au renouveau de l’antisémitisme en Europe, le déséquilibre démographique     s’accentue en faveur de la population arabe israélienne ; de plus les négociations pour la paix traînent en longueur et ainsi la population arabe  globale sous contrôle Israélien devient substantielle.

Le gouvernement israélien croit donc qu’en prenant des mesures législatives qui engendreront deux catégories de citoyens israéliens parmi lesquels seuls les israéliens juifs pourraient garantir pour l’éternité l’identité nationale et ethnique du pays. La nouvelle loi serait donc ainsi plus efficace que les promesses bibliques  et le Gouvernement israélien plus efficace dans ses engagements que Dieu lui-même.

Mais l’identité nationale Israël doit résister autant à l’évolution démographique des musulmans qu’à celle d’une population juive ultra religieuse et fanatique. La population juive se composait en 2014 à 44% de laïques (non-religieux) et à 36% de traditionalistes (religieux modérés). Ces 80% s’opposent aux orthodoxes qui ne représentent que 20% de la population juive pour le moment mais qui ont un taux de fécondité élevé.

De nombreux juifs orthodoxes comme les arabes refusent de servir l’armée israélienne contrairement aux druzes et à une partie de la population chrétienne et bédouine et beaucoup trop de ces orthodoxes ne respectent pas ostensiblement le jour dédié à la mémoire soldats morts pour Israël.

La nouvelle loi instaure deux sortes de citoyens en contradiction avec la déclaration d’indépendance et donne sur un privilège à ceux qui sont déterminés comme juifs par un judaïsme rabbinique sclérosé dont des membres occupent des postes officiels à haute responsabilité dans l’administration civile.

L’iniquité porte sur deux fronts qui sont donc l’absence de critères légitimes et adaptés pour déterminer à l’heure actuelle la judéité, et la mise en place d’une structure ségrégative  en créant deux sortes de citoyens n’ayant pas les mêmes droits.  Ce type de loi n’est normalement pas acceptable dans les pays démocratiques, modernes  et civilisés et de plus n’atteindra pas l’objectif visé.

Il faudrait donc y renoncer et adopter une dynamique différente. 

V- La réponse démocratique et éthique au risque de déséquilibre démographique 

1-Organisation politique

Les problèmes identitaires que veut garantir cette nouvelle loi doivent être résolus par des mesures conformes aux droits humains. Les citoyens d’une même nation doivent être tous égaux en droits quelque soit leur origine mais ces droits ont aussi pour corollaire des obligations telles que le service militaire pour tous ou au moins un service national d’utilité publique.

L’organisation du système électoral doit être réformé pour qu’il soit représentatif de la société juive israélienne à 80% laïque et traditionaliste et à seulement 20% religieuse orthodoxe sans cela c’est le caractère démocratique de l’État et l’unité de la nation qui seraient mis en question.

Cette réforme électorale pourrait aussi permettre d’avoir aussi des représentants politiques plus brillants que ceux qui monopolisent la vie politique depuis des années et qui sont sourds aux revendications de leurs électeurs.

« La légitime priorité sécuritaire » est utilisée maintes fois pour conserver le pouvoir et éviter une réforme du système alors que l’on peut œuvrer aux deux « en même temps. »

La première  réforme consisterait  à laïciser les partis politiques afin de  pouvoir rationnellement traiter de la détermination de la judéité qui est un concept complexe parce qu’il comprend des paramètres nationaux, ethniques, culturels, historiques  et aussi un élément religieux dont la pratique appartient à la sphère  spécifiquement privée. De plus la composante religieuse se réfère à des valeurs sclérosées qui ont affaibli le judaïsme, affecté l’identité génétique du peuple juif et son poids démographique tant en Israël que dans le reste du monde en raison des critères de transmission du judaïsme imposés par le Judaïsme rabbinique.

2- Faire respecter  la diversité du Judaïsme 

Les fondateurs de l’État d’Israël d’aujourd’hui avait en général une vue très éloignée de la religion et imaginait une renaissance nationale dans un Etat où le peuple juif ne serait plus comme en Europe victime d’un antisémitisme religieux, envieux puis finalement raciste fondé sur de des théories pseudo-scientifiques en dehors du champ religieux.

Le fait de venir bâtir ce nouvel État dans des conditions mondialement hostiles est un facteur suffisant pour appartenir au Judaïsme. On peut même parler de judaïsme athée à la base de la renaissance d’Israël par opposition au Judaïsme rabbinique qui n’a rien fait pour protéger le peuple juif par opposition à l’action du mouvement des pères fondateurs, si ce n’est mais que de l’accompagner dans sa destruction au cours des pogroms et de la Shoah. 

A partir du Talmud les commentaires et exégèses qui ont en été issus devait faire évoluer les règles (Halakha) du Judaïsme alors qu’au contraire  le  « Judaïsme rabbinique » les a entièrement sclérosées sous des montagnes de détails qui ont fait disparaitre le fond au bénéfice de la forme et qui pavent la route de la du désintérêt des juifs pour le Judaïsme à mesure que grandissent leurs exigences intellectuelles. Le Judaïsme rabbinique devrait en conséquence être écarté de la vie civile israélienne car cela devient insupportable pour les citoyens israéliens et être pratiqué dans les seuls lieux de cultes qui devraient être dirigés par des hommes ou de femmes rabbins s’adressant à égalité à un public mixte.

Le concept le plus rétrograde et le plus stérile du judaïsme rabbinique aura été de limiter  la transmission du Judaïsme par les femmes car quoi que l’on en dise c’est le mépris des femmes par le judaïsme rabbinique qui l’ont amené « sous divers faux prétextes » à penser que l’identité du père ne pouvait être certaine et prise en compte.

Aujourd’hui encore certains militaires juifs morts pour la patrie sont enterrés à l’écart des cimetières juifs car le judaïsme rabbinique  ne veut pas reconnaître leur judéité largement prouvée  par leur sacrifice ultime.

Le simple fait de vouloir devenir israélien en raison en raison de l’existence d’un parent juif ayant entraîné une menace d’extermination sur toute sa famille considérée alors comme juive devrait suffire pour accéder  à la fois à la citoyenneté comme c’est déjà le cas et aussi à la judéité prouvée par le choix de l’Alyah.

Les récentes analyses  de l’ADN ont montré que la non-reconnaissance du père dans la transmission de la judéité a mathématiquement entrainé un affaiblissement de la transmission du patrimoine génétique juif.  Les mélanges par la violence ou par la volonté ont fortement européanisé le peuple juif dont les liens génétiques avec le moyen Orient sont devenus négligeables. La prise en compte de la transmission par la paternité et/ou par la maternité aurait ralenti ce phénomène et accru le nombre de juifs.

Le caractère « rétrograde » du judaïsme rabbinique que les juifs éduqués ne supportaient plus a très tôt encouragé la création de plusieurs courants réformistes qui devraient devenir majoritaires en Amérique du nord.

L’Amérique du Nord partage « approximativement » avec Israël la moitié de la population juive et sans ce courant réformiste le Judaïsme devrait logiquement  disparaître en raison du nombre substantiel de mariages mixtes notamment en Amérique du Nord et qui sont un fait qui doit être pris en considération.

C’est l’ouverture du Judaïsme multiforme au monde moderne qui permettra entre autres de maintenir la force du Judaïsme en Israël et en Amérique du Nord  où se trouve l’essentiel du peuple juif et non pas une loi ségrégative. 

3-Economie et démographie

Les pères fondateurs d’Israël auraient souhaité créer un foyer national juif où les citoyens seraient égaux en droit et solidaires entre eux.

Les paramètres économique de base nous montre l’inverse en matière de solidarité comme l’index Gini (48e pays le plus inégalitaire du monde en 2013 sur 197 pays, chiffre similaire à celui du Zimbabwe : source CIA) ou comme le grand écart entre salaire médian et salaire moyen  ou les dépenses de santé en % du PIB (7.80% soit le 59e rang mondial en 2014). Israël est donc devenu un pays fortement inégalitaire ce qui est en contradiction avec une terre d’accueil car l’iniquité est un facteur répulsif. La majorité de la population subit sans réagir cette situation inique car comme nous l’avons déjà mentionné l’argument sécuritaire « qui est une priorité indiscutable » est utilisé pour la faire taire et maintenir en place la même classe politique.

A-Démographie de la minorité arabe musulmane 

Cette minorité représente environ 18% de la population totale. Il est d’usage dans les pays sous-développés dont Israël ne fait pas partie, de compenser l’absence du soutien de l’Etat en matière de santé et de retraite en ayant beaucoup d’enfants afin de trouver un soutien auprès de quelques uns d’entre eux lorsque les vieux jours arrivent. Dans ces pays c’est la solidarité familiale qui compense l’absence de celle de l’Etat. Le faible développement économique par rapport au reste du pays, dans les zones où résident les arabes israéliens n’a pas permis de modifier ce comportement en matière démographique. La croissance démographique devrait décliner avec le développement économique de ces régions qui représente ainsi une garantie plus réelle qu’un texte de loi ségrégatif qui ne change pas la situation. 

B-Démographie et économie des juifs orthodoxes

Cette population n’est pas concernée par la loi ségrégative mais illustre à quel point cette loi ne pose pas les vraies questions en ce qui concerne le maintien de l’identité nationale.

Les juifs orthodoxes représentent environ 20% de la population juive et environ 15% de la population totale (soit un chiffre légèrement inférieur à celui de la minorité musulmane). Ils  posent un problème particulier car leur grande fécondité est pour eux un principe de vie et une augmentation de leur niveau économique  ne pourrait qu’aggraver la situation s’ils ne remettent en question leurs convictions ; en effet cela pourrait mettre en péril l’identité nationale  israélienne à laquelle la majorité de la population juive est attachée : laïcité et traditions à 80%.

Par ailleurs beaucoup trop d’entre eux vivent d’allocations et de dons et ne consacrent qu’à une lecture d’un nombre limité  de textes religieux qui ne leur permet pas de s’ouvrir au monde et d’apprendre un métier afin de plus être un fardeau. Certains jeunes orthodoxes ressentent le besoin de fuir mais sont pris en otages par leur famille. Alors que le service national pourrait être pour eux un facteur d’intégration, ils en sont paradoxalement exemptés pour des questions bassement électorales dues à l’inadéquation du système législatif actuel.

On attendrait d’un pays démocratique et moderne que les services sociaux et de protection de l’enfance viennent au secours des enfants de ces familles. En Israël ce sont des associations caritatives qui viennent en aide à ces enfants pour leur apprendre les bases du monde extérieur dont ils ne savent rien et apprendre à subvenir à leurs besoins mais cela sous réserve qu’ils aient le courage de fuir leurs familles pour rejoindre ces associations.