Le monde entier a été bouleversé par le violent incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris. Un patrimoine français et parisien, un patrimoine littéraire et mondial, l’Histoire de France, la trace des « bâtisseurs de cathédrales » tous les qualificatifs et appellations se sont succédés sur les plateaux télévisés et radiophoniques, ainsi que dans la presse écrite, afin de tenter de mettre des mots sur la sidération planétaire, la douleur des Français, des Européens, de millions de personnes.

Notre-Dame a survécu mais reste défigurée. On ne déplore, heureusement, aucune victime et la reconstruction semble assurée.

Pour autant, l’émotion extrêmement vive qu’a suscitée l’événement mérite réflexion. Pourquoi tant de larmes ? Pourquoi le choc fut-il si grand, bien au-delà du monde chrétien ou français ? Parce que la France est un symbole ? Oui, c’est indéniable. Parce que Victor Hugo ? Oui, cela joue également. Parce que l’Histoire millénaire qui part en fumée ? Bien entendu.

Mais ce que nous rappelle surtout Notre-Dame, par-delà l’aura fantastique donnée par les éléments précités, c’est la façon dont les hommes, en d’autres temps, ont appréhendé la mort et l’éternité. Alors que nous nous trouvons dans une ère où les Grands de la Silicon Valley prétendent tout simplement supprimer la mort elle-même, où d’autres se font cryogéniser et où la société du spectacle et du divertissement semble produire plus massivement que jamais, voilà que ces pierres nous rappellent qu’il fut un temps où l’être humain, comprenant l’immuabilité de sa condition mortelle, faisait de son mieux pour vivre avec en laissant quelque chose au monde.

Voilà que ces pierres nous rappellent des hommes qui, sans doute, se disaient « Moi, je mourrai, mais ça, là, cette pierre taillée de mes mains, ce plan que j’ai conçu, cet édifice que j’ai participé à construire, ça me survivra. Je laisse quelque chose à cette terre et, qu’il y ait un dieu ou non, mon éternité passera par là. »

Le judaïsme enseigne qu’il ne sert à rien de se poser mille questions sur l’existence de l’au-delà, sa nature, sa localisation, son partage ou non en paradis et en enfer car nul ne sait et nul ne saura avant l’heure fatidique. La seule chose qui importe c’est l’ici et maintenant. C’est aussi pourquoi les visites au cimetière sont espacées au maximum : vivre dans le passé et la recherche du contact avec les morts ne sert à rien, il faut vivre.

Si D. existe, il est aux abonnés absents. C’est donc à l’Homme d’agir et de penser son passage sur terre le mieux possible. Et son éternité passera sans doute par la façon dont il aura œuvré à améliorer le monde, à le réparer un peu, à créer de la beauté d’une manière ou d’une autre.

Le message que renvoie Notre-Dame, c’est aussi cela. L’énergie colossale déployée lorsque cet Homme cherche à s’inscrire dans le toujours. Voilà pourquoi beaucoup d’entre nous, chrétiens ou non, Français ou non, pleuraient devant les images terrifiantes de la cathédrale dévorée par les flammes ; c’est tout ce tragique éminemment humain qui se jouait sous nos yeux, accompagné d’un constat terrible : même cette apparente éternité peut être balayée.