Les élections présidentielles françaises viennent d’avoir lieu. Partout dans le monde, on salue la France qui a su résister aux sirènes du populisme et du repli sur soi nationaliste.

Mais, pour moi, comme pour nombre de Français attachés à une France généreuse ou la devise de la République ( liberté, égalité, fraternité ) donne sens à ce que nous sommes en tant que citoyens, cette période a été brutale et nous a ouvert les yeux sur une réalité extrêmement déplaisante.

Il était évident pour nous que le danger immédiat auquel nous devions faire face était la montée du Front National, un parti nationaliste, xénophobe et totalitariste, héritier de la France collaborationniste. Un parti qui a mis a sa tête un négationniste.

Il fallait tout faire pour que sa représentante, Marine Le Pen, obtienne le score le plus faible possible. Malheureusement, les résultats du premier tour la placèrent en deuxième position, lui ouvrant la route du second tour de la présidentielle face à un candidat républicain.

L’entre-deux tours a été particulièrement difficile. Bien que ses principaux responsables aient demandé de faire barrage au FN, une partie de la droite s’est ralliée à Le Pen et une autre a prêché l’abstention.

Le principal candidat de gauche, arrivé quatrième au premier tour, s’est déshonoré en refusant d’appeler à voter contre le Front National. Tout cela a ouvert la porte à des torrents de mépris et de haine. Tous ceux qui, comme moi, faisaient campagne pour réduire au maximum le score de Marine Le Pen se sont fait traiter au mieux de castors, au pire d’hyènes barragistes.

Nous avons quitté la France il y a maintenant une semaine pour aller voir nos petits enfants et, malgré l’espoir porté par l’élection d’Emmanuel Macron, je ne suis toujours pas sûr d’avoir très envie de revenir dans un pays ou près de 30 % de ceux qui se sont exprimés ont voté pour les héritiers de Pétain. Ou près de 20 % ont montré que cela n’était pas vraiment important à leurs yeux (et je ne tiens pas compte des abstentionnistes structurels), soit parce qu’ils sont indifférents, soit par minable calcul politique.

Est-ce qu’en tant que juifs, enfants de survivants de la Shoah, nous avons une sensibilité exacerbée en ce qui concerne l’arrivée au pouvoir d’un parti raciste fondé par d’anciens SS ? Que la xénophobie affichée par le Front National ne touche que les noirs, les arabes et les juifs ? Que désormais une majorité de français a oublié tout cela ou est indifférente à ce qui peut arriver aux « autres » ?

Cela m’a aussi rappelé que, dans l’adversité, il y a bien peu de gens sur lesquels on peut compter. Car si avant cette campagne, j’étais un français, républicain, par ailleurs juif, maintenant, je me demande si je ne vais pas devenir un étranger dans le pays qui m’a vu naître, et reprendre la route comme un juif errant. Il y a encore une petite lumière qui brille pour contrer cette obscurité délétère, ne la laissons pas s’éteindre…