L’auteur de ces lignes est depuis quelques jours spectateur engagé, d’un débat passionnant passionnel et passionné à propos de l’investissement politique des francophones en Israël.

La nébuleuse facebookienne FRAN-BREU-GEOISE bourdonne dans une harmonieuse anarchie.

Des dizaines de statuts ont été publiés, des centaines de commentaires et (fidèle à nos traditions) de commentaires ont été ajoutés.

La controverse doctrinale (entendez Makhloket) porte cette semaine sur l’engagement des français d’Israël dans la sphère publique. Le village retranché d’Astérix a supplanté mellah et shtetl, et on est loin d’avoir bâillonnés le barde.

Le village Gaulois

• Les uns appellent à la création d’une tribu française d’Israël en prétextant que dans le système politique israélien, chaque tribu y est naturellement représentée – à la proportionnelle intégrale.

« Si tu n’es pas représenté politiquement, tes intérêts ne seront pas pris en compte », écrit Binyamin Lachkar un militant likoudnikiste aguerri appelant d’ailleurs à adhérer en masse pour son parti d’adoption et affirmant qu’avec 3 000 votant aux primaires, les Français pourront se garantir un, voire deux, députés dévoués aux intérêts de l’aliyah française à la Knesset. Sarah Blum militante de gauche croit au « french soft power ».

• D’autres venants de différents horizons rechignent à faire dans le communautarisme. Parmi eux, on trouve les antis communautaires (enfants de Jule Ferry, détestant sectarisme et le communautarisme) et les assimilés : ceux qui ne sont pas venus en Israël pour rester Français et refusent de mettre en avant leur francité – et qui, comble du paradoxe, gardent malgré eux, les stigmates d’une éducation assimila… sioniste.

• On trouve aussi (comme il y aura toujours), les déçus et les sceptiques. Ceux-là, vieux routards n’ont plus besoin de guide, ils sont en Israël depuis un bail, disent avoir déjà tout essayé et ne croient plus en rien, réalisant qu’ils n’ont pas la force électorale des russophones, ni les moyens des anglophones, ni la (parfois juste) violence révoltée des Ethiopiens ou des marocains en leur temps ; convaincus que les enfants du village gaulois ne pourront jamais se mettre d’accord pour faire front commun ou parler (en hébreu ou en français) d’une seule voix.

• On évoquera enfin ceux qui ne se posent même pas la question à l’image du quatrième enfant de Pessah qui ne comprend même pas les enjeux de ce débat.

Toutefois, il convient de s’entendre sur les termes du débat : Alors que certains parlent de philosophie et d’histoire, d’autres parlent Realpolitik.

C’est le vieux débat entre Camus et Sartre : « les justes » et « les mains sales », les tenants de l’intérêt général stricto sensu et les partisans de la thèse selon laquelle, la somme des intérêts particuliers, contribue à l’amélioration de l’intérêt collectif.

L’auteur de ces lignes, sans consensualisme niais, serait tenté de considérer que tous les points de vue sont légitimes.

Mais…

Ne pas être représenté, en Israël comme en France, c’est offrir sa voix à un autre.

Pire ne pas prendre part à la vie de la cité, c’est nier une part de l’idéal sioniste.

En Israël le concept d’Etat providence ne fonctionne que si l’on s’adresse réellement à la Providence, qu’on la précède et qu’on lui force la main (puissante et le bras étendu).

A l’instar des sages du Talmud, le slogan des Français d’Israel pourrait s’écrire « fais toi un maître et achète toi un haver Knesset ! »