La diffusion d’un film-choc – bien réalisé et très émouvant mais indéniablement militant –, ce dimanche 5 octobre, sur la chaîne nationale France 2, à une heure de très grande écoute (journal de 13 heures), a certainement pris par surprise plus d’un téléspectateur.

 

Intitulée «Deux hommes et un couffin», c’est l’histoire hors du commun, et un brin provocatrice, d’un couple d’hommes qui a recours à une mère porteuse.
Malgré l’interdit, Christophe et Bruno, les protagonistes de cette aventure, ont accepté que leur parcours soit filmé, durant plus d’un an.

D’aucuns verront sans doute, dans le timing de cette programmation – qui coïncide avec la déclaration récente du Premier ministre français rappelant que la « gestation pour autrui » est contraire à la loi – l’expression d’un défi et d’une entrée en dissidence militante.

Je précise d’emblée que je ne traiterai pas ici de cet aspect de l’affaire. La réflexion qui suit veut exprimer ma perception de croyant et ne prétend nullement être représentative de quelque position religieuse officielle que ce soit en matière de morale ou de bioéthique.

Et il doit être clair également que je ne me pose ni en juge ni en arbitre des actes et des convictions morales et spirituelles de mon prochain, ni de ses convictions éthiques et/ou religieuses.

En effet, chacun est fondé, en dernier ressort, à suivre ce que les spécialistes appellent le « dictamen de la conscience », étant sauve, pour les croyants, la perspective d’avoir à rendre compte de leurs actes devant leur Créateur.

Ces précisions apportées, il reste que je crois devoir dire haut et fort, moi aussi, ce que me dicte ma conscience de croyant profondément meurtri par ce film, qui constitue selon moi une présentation biaisée, parce qu’avantageuse, voire vertueuse, de ce qui n’est, en fait, – faut-il y insister ? – qu’une retombée de la tentative prométhéenne de mainmise de l’humanité sur l’un des plus grands mystères de la vie humaine : la procréation.

Il est indéniable que les progrès de la science, en général, et de l’ingénierie médicale, en particulier, ont permis de réaliser des prouesses dans des domaines considérés jusqu’à il y a peu comme relevant de ce que philosophes et théologiens appellent la loi naturelle.

Il est tout aussi indéniable que ces techniques permettent d’apporter une réponse inespérée à l’aspiration humaine légitime de paternité et de maternité.

Aux termes de la loi en matière de bioéthique en vigueur dans nombre de pays, dont la France, le recours aux techniques de la PMA (procréation médicalement assistée), est permis et encadré, ce qui n’est pas le cas de la GPA.

Or, nombre de celles et de ceux qui y ont recours entendent se servir des mécanismes naturels de la procréation et de la gestation, dorénavant maîtrisés par l’ingénierie médicale, pour satisfaire leur désir de progéniture.

Mais la nature n’a pas prévu que deux personnes de même sexe puissent avoir une descendance autrement que par l’union d’un homme et d’une femme. Et le fait que la science moderne soit en mesure de réaliser la procréation par autrui en recourant à des techniques biomédicales avancées, ne dispense pas l’être humain d’un discernement religieux – ou au moins moral s’il s’agit d’agnostiques – quant à la légitimité de cette démarche.

Ce qui m’a le plus heurté dans la description qu’en fait le film, imposé aujourd’hui par surprise (on peut même dire de force) aux téléspectateurs, c’est l’absence totale de quelque réflexion que ce soit sur la portée morale (je ne dirai pas religieuse, car visiblement, elle ne constitue pas un critère ici) de l’acte posé par ces deux hommes qui vivent en couple.

Tout est justifié, plus ou moins tacitement, au nom du « je le veux ». Certes, il ne s’agit pas de passions débridées, ni d’immoralité assumée, et il ne fait pas de doute que ces deux-là s’aiment très fort.

Il n’en reste pas moins qu’il s’agit, pour les deux partenaires de ce couple aspirant à l’homoparentalité, d’aller au bout de leur choix, sans s’interroger sur la démarche contre nature qu’elle constitue ni sur les conséquences, pour l’heure imprévisibles, qu’elle aura, à plus ou moins long terme, sur l’affectivité, la personnalité et l’aptitude à vivre en société, des enfants issus de cette gestation par autrui.

J’ai lâché l’expression qui me vaudra peut-être le discrédit, voire
pire : « contre nature ». Je précise qu’il faut l’entendre au sens religieux d’infraction à la loi divine, car, pour les croyants, tant juifs que chrétiens, c’est Dieu qui a créé ce que nous appelons la « nature ».

Pour être précis, s’agissant du judaïsme, nous lisons, dans le Livre de la Genèse : « Puis, de la partie du côté, qu’il avait tirée de l’homme, le Seigneur Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : « Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée « femme », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ! » C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair » (Gn 2, 22-24).
Et s’agissant du christianisme, tout fidèle instruit de sa foi connaît la réponse intransigeante de Jésus, dans l’évangile de Mathieu, à propos du divorce. Aux pharisiens qui l’interrogeaient en ces termes, pour l’éprouver : « Est-il permis de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? », Jésus rétorque: « N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme, et qu’il a dit : « Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair ? » Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair » (Mt 19 3-6).

Je le dis nettement, quoique sans rigueur ni jugement, à Christophe et à Bruno :

« Quelles que soient l’intensité et la sincérité de votre amour mutuel, vous ne serez jamais « une seule chair ». L’ingénierie moderne, si sophistiquée soit-elle, ne peut suppléer à ce qui manquera toujours à votre union : être « une seule chair ». Les fillettes, fruits de vos spermatozoïdes et des ovocytes d’une donneuse, et qu’une tierce personne a portées dans son utérus, sont incontestablement vôtres et possèdent chacune une partie de votre patrimoine génétique, mais elles ne font pas de vous la mère et le père dont a besoin tout enfant pour se différencier en tant que fils ou fille de l’un et l’autre parents que la nature avait prévus pour elles. »

© Menahem Macina