« On serait bien montés en Israël, mais on n’aime pas la mentalité » du pays. « Et puis on a des enfants, c’est pas top; avec l’armée là-bas, tu comprends, ça fait très peur quand même ».

La scène se passe à Paris, il y a quelques jours. La femme me regarde dans les yeux. Elle doit savoir vaguement que mon fils sert actuellement dans une unité combattante, comme ses deux grands frères avant lui. Ça ne la gêne pas plus que ça.

Sur sa page Facebook, il y a un slogan, en grosses lettres : « Bring Back our Boys ». Mais elle rajoute pourtant, sans en éprouver de honte : « on est beaucoup dans ce cas en France, on comprend qu’il faut partir, mais Israël n’est pas notre tasse de thé ».

À l’heure où Eyal, Naftali et Gilad, assassinés de sang froid, vont être enterrés dans la douleur la plus totale, la génération coton et ses petits soucis quotidiens commence à fatiguer au plus haut point.

Comment a-t-on créé cette race incongrue, prompte à capitonner ses petites fesses pour s’asseoir, avec une rhétorique de feu, sur tous les principes élémentaires de décence.

À la sortie de la Shoah, à l’heure où toute une partie du peuple juif prenait les armes pour défendre son droit à la vie, le leadership spirituel et politique juif français, concentré sans doute sur la justesse de sa conduite, a omis de regarder dans le rétroviseur et n’a pas saisi que l’arrière de la voiture se scratchait dans le virage. Dans un gros tas de billets et de bien-être.

Alors bien entendu, la mentalité israélienne dérange. Ben oui, tous ces mecs qui disent ce qu’ils pensent, c’est un vrai problème, on n’a pas l’habitude !

Et puis risquer sa vie, à l’heure où on peut mettre encore cent mille euros dans son petit placement sur le bord de mer à Netanya, c’est un peu idiot, non ?

Le pire, c’est que cette génération cup of tea s’est précipitée à la première occasion sur les postes à responsabilité de la communauté.

Profitant du départ des grandes figures éducatives et morales – qui furent leurs maîtres bien entendu – et qui donnaient une cohérence à l’ensemble, ils prônent l’expression de la douleur mais dans la décence, le recueillement en guise de châtiment, la dignité en lieu et place de mesures concrètes, la mesure pour se préserver de l’action.

Sous leur houlette, les organismes de vacances remplacent les mouvements jeunesse, l’alyah est un problème et la retenue une vertu.

Les journaux communautaires ont remplacé la Bible, laquelle ne joue son rôle que pour éloigner de la communauté celui qui est différent.

Mais l’heure du réveil a sonné. L’heure de se faire un peu mal, de sortir de la zone de confort.

L’heure de prendre conscience et de grandir en tant qu’homme et en tant que juif. L’heure d’éduquer vraiment.

Et, comme disait Hillel l’ancien, si ce n’est maintenant, alors quand ?