Force est de constater que la proposition de résolution portant sur la reconnaissance de l’Etat de Palestine ne laisse pas indifférent.

Quelque soit le camp, l’appartenance politique, le vote à l’Assemblée nationale est très attendu. Les médias font le buzz dès lors qu’un article sur le sujet est publié. Chacun y trouve son intérêt – politiques, associations, syndicats, leaders des différentes communautés. J’y reviendrai dans un prochain article.

Risquons nous à un peu de prospective : vendredi 28 novembre prochain, la résolution invitant le gouvernement français à reconnaître l’Etat de Palestine est acceptée.  Bien… et après ? Devons-nous nous attendre à un changement profond de la politique étrangère française au Proche-Orient ? Je ne parierai pas là-dessus.

Cette invitation à la reconnaissance s’inscrit dans la continuité de celle à l’UNESCO. Symbolique, démultipliée par le traitement médiatique, elle fait beaucoup de bruit pour pas grand chose et ne modifiera en rien les positions des acteurs sur le terrain.

En revanche, cette prise de position montre aux yeux du monde l’impuissance de la France – et dans la continuité, celle de l’Union européenne au Proche-Orient.

Elle apparaît comme une fuite en avant, une impatience dans la résolution du conflit-israélo palestinien, contraire à tous les accords de négociations signés depuis 20 ans.

Elle risque de reléguer la France et l’Union européenne sur le siège éjectable des pourparlers tant espérés entre Israéliens et Palestiniens. Un bien mauvais cadeau de Noël fait au Service Européen pour l’action extérieure et sa responsable nouvellement nommée, Federica Mogherini qui n’est pas prête de retrouver son rôle de médiateur sur cette question.

Ce n’est pas non plus un cadeau pour les Palestiniens, a contrario de ce que pensent tous les soutiens à cette résolution, ni pour les Israéliens.

Bien que le texte de la résolution souligne « l’impératif d’une reprise rapide des négociations », cette proposition en piétine l’idée même en forçant la main à l’un des protagonistes et surtout en modifiant illogiquement les paramètres de la négociation – la question de Jérusalem, des frontières, des réfugiés précédent l’instauration d’un Etat Palestinien, et non l’inverse.

Aujourd’hui, la volonté politique de régler définitivement le conflit est quasiment inexistante chez les Palestiniens et les Israéliens. L’impasse proposée aux sociétés civiles a précipité un engrenage mortel dont nous n’avons pas fini de voir les effets destructeurs.

En refusant de mettre un pied devant l’autre au détriment des générations à venir, chaque acteur politique porte gravement la responsabilité de la situation actuelle. Il faut avoir le courage de le dire.

Mais ce qui est le plus intéressant finalement, c’est ce que cette proposition de résolution révèle de notre société, de son état de santé et de notre crise identitaire. Le leitmotiv du refus de l’importation du conflit israélo-palestinien disparaît dès lors que cette question est instrumentalisée à des fins politiques.

Force est de constater que la cause palestinienne rassemble quand les idées viennent à manquer, quand on a plus rien à proposer à une société en proie à un cruel manque d’inspiration pour penser la France qui vient.

Elle est un parfait dérivatif, une illusion qui élude les questions cruciales pour l’avenir de notre pays : quelle France souhaitons-nous pour
demain ? Comment penser notre appartenance à l’Europe, notre identité européenne ?…

La cause palestinienne est-elle devenue le nouvel opium du peuple, livrée en pâture au nom d’intérêt politique et électoraliste à court terme ?

C’est ce que semble croire nos hommes politiques, comme Benoît Hamon, dont les propos sont rapportés aujourd’hui par Le Canard Enchaîné :« Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers, qui n’a pas compris la première prise de position pro-israélienne de Hollande, et qui nous a quitté au moment de la guerre de Gaza. » 

Cynisme et mépris exprimés à l’égard des habitants de nos quartiers se conjuguent avec un réel désintérêt pour la si complexe question israélo-palestinienne.

C’est bien là la leçon dramatique de cette proposition de résolution: imaginer qu’elle est porteuse de lendemains qui chantent ici et là-bas

A force d’user de subterfuges, de se moquer des sociétés civiles et de ne pas proposer de véritables idées innovantes pour résoudre le conflit, il se pourrait bien que nous soyons les témoins d’une situation encore plus dégradée en France et au Proche-Orient.