Hier, avec des milliers de personnes j’ai marché pour dire non à l’antisémitisme, la haine, le terrorisme et en hommage à Mireille Knoll, âgée de 85 ans, sauvagement assassinée à son domicile, par des barbares, vendredi dernier.

En avançant dans le cortège qui quittait la place de la Nation pour se diriger vers son domicile rue Philippe Auguste, je pensais longuement aux marches blanches qui ont suivi les meurtres antisémites d’Ilan Halimi en 2006, de Jonatan, Gabriel, Arié Sandler et Myriam Monsonego où les cortèges étaient constitués dans leur quasi totalité par des personnes de confession juive.

Certes, la marche républicaine du 11 janvier qui avait réuni quatre millions de personnes après les attentats contre Charlie Hebdo et de l’Hypercacher avait rassemblé tous les citoyens, mais nous nous posions la question : au regard des précédentes manifestations, si seuls des juifs avaient été abattus, aurait-on vu autant de monde dans les rues de Paris ?

Je me posais à nouveau cette question hier matin dans la cour d’honneur des Invalides en participant à l’hommage national rendu au colonel Arnaud Beltrame, héros assassiné après qu’il se soit substitué à une otage. Le discours vibrant, solennel et émouvant du Président de le République Emmanuel Macron qui soulignait l’esprit de résistance français, rappelait : « …le camp de la liberté, celui de la France, est confronté aujourd’hui à un obscurantisme barbare, qui n’a pour programme que l’élimination de nos libertés et de nos solidarités… »

«… Car il nie la valeur que nous donnons à la vie. Valeur niée par le terroriste de Trèbes. Valeur niée par le meurtrier de Mireille Knoll, qui a assassiné une femme innocente et vulnérable parce qu’elle était juive, et qui ainsi a profané nos valeurs sacrées et notre mémoire …».

Aux côtés de Serge et Beate Klarsfeld et du père Frédéric Benoist

À l’issue de la cérémonie, le Président Emmanuel Macron s’est rendu au cimetière de Bagneux pour les obsèques de Mireille Knoll. Ce geste fort et symbolique affirmait à la communauté juive qu’elle n’était pas seule dans la tourmente.

À 18h30, nous entamions la marche blanche organisée par le CRIF. Tous les partis politiques avaient appelé à participer à cette marche. La Conférence des évêques de France avait invité, dans un communiqué de presse, chacune et chacun à participer à la marche. Le président de la Fédération Protestante de France, François Clavairoly avait confirmé sa présence.

Le vice-président et ancien président du CFCM Anouar Kbibech avait également annoncé sa participation. L’imam Hassen Chalghoumi, accompagné d’imams était là. Des milliers de citoyens de toutes confessions ou sans confession, de toutes tendances politiques où sans tendance politique, ont manifesté hier leur solidarité envers la communauté juive et ont dit Non à l’antisémitisme.

La fin de la marche blanche devant la maison de la victime et avec douleurs nous avons déposé une rose blanche devant les grilles de l’immeuble HLM où Mireille Knoll, rescapée de la rafle du Vel d’Hiv, résidait depuis 60 ans.

Les quelques incidents liés à la présence des représentants de la France insoumise et du Front National ne changeront pas le constat : la France était bien présente.

Elle n’était pas indifférente à la souffrance et à la barbarie.

Le Président de la République l’a affirmé le matin même aux Invalides : « … Nous l’emporterons grâce au calme et à la résilience des Français ; peuple rompu aux morsures de l’histoire, patient dans le combat, confiant dans le triomphe ultime du droit et de la justice, comme si souvent l’a montré notre longue et belle histoire. Nous l’emporterons par la cohésion d’une Nation rassemblée… ».

Puisse l’Eternel en cette veille de Pessah, apporter la consolation à la famille de Mireille Knoll durement éprouvée, ainsi qu’à la France meurtrie par ce crime barbare insoutenable.