Le vote de la France à l’ONU du 30 Décembre dernier dans le sillage des grandes démocraties (sic) la russe et la chinoise… Vient de le prouver à nouveau, elle est restée égale à elle-même.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à rechercher sur YouTube la conférence de Presse du General De Gaulle de Novembre 1967, et surtout bien se mettre en tête qu’il avait prononcé ce discours seulement trois mois après les 3 non des pays arabes de la conférence de Khartoum du 1er Septembre 1967, non à la reconnaissance d’Israël, non à des négociations avec Israël et surtout non à la paix avec ce pays.

Lors de cette conférence de presse, à la question d’un journaliste qui lui faisait remarquer que le premier pays à avoir commis un acte de guerre en 1967 était l’Egypte de Nasser, qui avait fermé le détroit de Tyran, seule voie d’eau pour permettre l’approvisionnement d’Israël, De Gaulle dans sa longue réponse empreinte de mauvaise foi flagrante avait fait d’Israël le coupable du déclenchement de cette guerre.

De cette réponse, les juifs mais pas seulement eux, n’auront retenu que sa fameuse phrase, je le cite, « le peuple juif, peuple d’élite sûr de lui et dominateur » alors que si on décortique sa diatribe car s’en fut une, on se rendra compte, que tous les germes de ce conflit qui durent depuis un demi-siècle sont contenus dedans.

Les contre-vérités et les procès d’intention sont énormes, pour commencer :

1- Il fait référence à « un foyer sioniste » alors que la déclaration Balfour de 1917 stipule bien « foyer national juif » (et oui, déjà, n’en déplaise à ceux qui en doutent jusqu’à ce jour) d’ailleurs l’ONU, en 1947 lors de la reconnaissance des deux états en avait fait de même, stipulant « qu’un état arabe et un état juif » devaient voir le jour.

2- il ira jusqu’à insinuer, qu’Israël, en attaquant pour desserrer l’étau qui l’étreignait le 6 Juin 1967, n’attendait en fait qu’une occasion pour acquérir d’autres territoires et s’agrandir, pour avait-il dit, pouvoir doubler sa population.

Rappelant que les grandes puissances, dont la France, qui avaient soutenu la création de l’Etat Juif à l’ONU, se seraient attendues à plus de modestie et de retenue de la part de ce nouveau et petit pays, pour trouver avec ses voisins arabes, un modus vivendi de bon voisinage, en fait il suggérait à Israël de se faire tout petit… Voir se contenter tout juste, d’exister…

3- en demandant « A son Ami son Allié » Israël, quand il reçut Abba Eban Ministre israélien de Affaires Étrangères à Paris le 2 Juin 1967, de ne pas réagir à l’acte de guerre perpétré par Nasser, et surtout en ne faisant aucune pression sur l’Egypte pour qu’elle rouvre le Détroit de Tyran, De Gaulle a convaincu Israël qu’elle ne pouvait plus attendre quelque chose de bon de lui. Et qu’il devenait évident que la France avait bien changé, que ce pays n’était plus gouverné par ces hommes politiques formidables de la 4ème République, qui furent de si grands alliés.

4- il alla jusqu’à demander à Israël, à condition qu’il ne réponde pas à cet acte de guerre commis par l’Egypte, de se laisser pratiquement attaquer, et que s’il l’avait été, la France aurait empêché qu’il fut détruit, comme c’est gentil…

De Gaulle n’ayant pas laissé le choix aux israéliens, ceux-ci comprirent ce qui se tramait, et ils décidèrent d’attaquer préventivement en ce petit matin du 6 Juin 1967, se sentant abandonne par son principal allié mais aussi et surtout, son principal vendeur d’armes.

Je pourrai continuer longtemps encore à critiquer sur bien d’autres points, les prises de position de De Gaulle, tellement il y aurait à dire, mais je continuerai sur les aspects suivants et leurs conséquences qui se font encore sentir jusqu’à ce jour.

A partir de cet épisode dramatique pour Israël, on peut déduire que, si De Gaulle avait choisi d’essayer de convaincre Nasser d’arrêter de jouer avec le feu, et de faire pression sur l’Egypte, au lieu de mettre en garde Israël de répondre aux provocations égyptiennes, peut-être que la guerre n’aurait pas eu lieu, et aujourd’hui, on ne parlerait même pas de territoires occupés, qui en fait occupent surtout le monde entier, comme si ce conflit était la mère de tous les conflits.

Le pire étant que ce jeu continue, en toute occasion, on impute la faute à Israël, on fait passer encore et toujours les pays arabes et les palestiniens pour les plus grands pacifistes du monde, et Israël pour le responsable de l’enlisement de ce conflit, jusqu’à quand va-t-on jouer à ce jeu machiavélique ?

Des suspicions, des procès d’intention, des contre-vérités historiques dont De Gaulle a fait état dans cette conférence de presse, il ne faudra retenir qu’une chose, que tout cela n’avait d’autre but que d’annoncer le changement d’alliance de la France, faisant faire un virage à 180° à la diplomatie française, vers les pays arabes, avec lesquels il voulait inaugurer une ère nouvelle, après avoir abandonné l’Algérie, c’est de ce moment que date cette fameuse politique arabe de la France, tout le reste, ses soi-disant, efforts pour arriver à une solution, tout cela n’est que littérature, bien au contraire, ses actes n’ont fait que faire reculer la solution, on le voit bien, même si c’est difficile à comprendre.

On pourrait retourner tel un boomerang tous les procès d’intention faits par De Gaulle à Israël, contre lui-même, en effet, c’est plutôt lui qui a sauté sur l’occasion de cette crise avec l’Egypte, prenant prétexte de ce cadeau offert sur un plateau par Nasser, pour asseoir sa popularité auprès des pays arabes et donner à la France sa plus belle chance de peser dans la cour des grands, repositionnant la France au milieu des quatre autres puissances qui formaient le Conseil de Sécurité avec droit de veto, d’un côté les américains et les anglais, de l’autre les russes et les chinois, la France endossant le rôle de pivot, pour peser comme on le voit encore aujourd’hui (pas toujours positivement loin s’en faut) sur ce conflit.

A ce jour, la France joue toujours au trouble-fête surtout dans le conflit israélo-arabe dont elle est devenue un des principaux perturbateurs, sinon pourquoi prend-elle tant de décisions contraires à tout ce qui pourrait rapprocher les belligérants, la dernière ayant été cette volte-face lors du vote à l’ONU, pourquoi rien que sur cette guerre s’éloigne-t-elle tant de ses alliés naturels, pourquoi tient-elle absolument à peser sur tout ce qui touche à ce litige, alors que bien d’autres guerres et massacres ont lieu et non des moindres de par le monde, en tout cas cent fois plus meurtriers.

Alors pourquoi me direz-vous, j’ai ma petite idée, la raison principale du stratagème de De Gaulle, c’était tout simplement d’empêcher un Israël en paix avec les arabes, qui pourrait faire concurrence à la France dans tous les secteurs, qui plus est, proche de leur frontière, pouvant offrir aux pays arabes tous les produits dont Ils auraient eu besoin, allant de l’Agriculture à la vente d’armes, deux fois moins chers et peut-être même, plus performants que les produits français, c’eut été trop difficile à porter pour la balance commerciale de la France, il était vital pour celle-ci de s’assurer d’un commerce énorme avec les pays arabes pour pouvoir payer tout le pétrole dont elle s’était démunie depuis la perte de l’Algérie, pour être franc cela n’arrangerait je dois le dire, aucune grande autre puissance, qu’Israël soit en paix avec ses voisins, reason why ce conflit perdure.

De Gaulle voyait très loin, il ne pouvait concevoir, qu’après avoir aidé Israël à sa création, puis contribué à sa défense, ce petit pays, avec l’appui des américains et des juifs notamment, dont il avait une idée bien déformée par ailleurs, devienne par la force des choses, un partenaire privilégié des arabes, qui ferait de l’ombre à la France, il avait déjà anticipé, le fait qu’Israël avec tous les atouts qu’elle avait pourrait doubler la France, il anticipait bien lui, que ce « ce peuple sûr de lui et dominateur » comme il le disait, n’allait pas rester à jouer les seconds rôles dans cette région.

Si Israël m’importait peu, et que cette politique ne mettait pas en danger par certains aspects, le peuple israélien qui m’est si cher, je dois avouer que je trouve la politique inspirée par De Gaulle, d’une très grande perspicacité, payante pour la France, après tout on ne devrait pas trop lui en vouloir, cette politique a longtemps porté ses fruits, elle a éliminé, on le voit bien encore 50 ans après, un concurrent de poids, Israël, sauf que cette politique commence a montré ses limites.

De plus, la ficelle devient de plus en plus grosse, la France ne pourra pas continuer longtemps dans cette voie, il faudra bien qu’elle comprenne qu’avec un Israël en paix, elle pourrait, grâce à sa population arabo-musulmane si dynamique, et grâce aux français qui habitent en Israël, et à ceux qui parlent l’arabe notamment, s’associer dans beaucoup d’affaires et décrocher beaucoup plus de contrats avec les pays arabes, qu’elle n’en décroche aujourd’hui.

Israël en paix avec les pays arabes et avec les palestiniens, sera une chance pour la France, De Gaulle pouvait avoir raison d’en douter un demi-siècle avant, mais en 2014, il serait stupide de persister dans cette voie, le monde change, la France, les hommes du Quai d’Orsay et surtout les patrons de ses grandes entreprises, dont la responsabilité et le rôle ne sont pas minimes dans cette troublante stratégie, devraient enfin en tirer les conclusions qui s’imposent, ce seront les premiers gagnants.