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La France à l’heure d’un choix décisif

Entre crise économique et extrémisme politique

À l’instar d’Israël, qui s’approche d’élections déterminantes pour son avenir, la France se dirige, elle aussi, vers un scrutin susceptible de provoquer un profond bouleversement politique. L’élection présidentielle, prévue en avril et mai 2027, s’annonce comme l’un des tournants majeurs de l’histoire de la Ve République.

À première vue, rien ne semble justifier une comparaison entre les deux pays : ni leur taille, ni leur histoire, ni leur puissance économique, ni même leur structure sociale. Pourtant, ils présentent une similitude préoccupante : une crise de confiance persistante envers le système politique et une tendance croissante à soutenir des mouvements situés aux extrêmes de l’échiquier politique.

La France, l’une des grandes puissances mondiales et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, est aujourd’hui confrontée à des défis économiques, sociaux et politiques considérables. L’inquiétude quant à son avenir n’est plus l’apanage des seuls analystes politiques : elle gagne progressivement de larges couches de la société française.

La France est un pays où l’esprit de contestation et de révolte est profondément ancré dans la tradition politique et la conscience citoyenne. Cet esprit s’est notamment manifesté lors de la Révolution française de 1789 à 1799, qui mit fin à la monarchie ; lors du mouvement étudiant et ouvrier de Mai 1968, qui provoqua un profond bouleversement social et politique ; lors de la révolte des « gilets jaunes », déclenchée en 2018, qui contraignit le pouvoir à revenir sur certaines de ses mesures économiques ; et, plus récemment, lors des mouvements de révolte des lycéens, marqués par une violence et une intensité que la France n’avait pas connues depuis longtemps.

Il y a une dizaine d’années, les Français ont commencé à exprimer avec une vigueur croissante leur désillusion à l’égard des partis traditionnels et de leurs dirigeants. Le sentiment de déclin économique, conjugué à l’érosion de la confiance envers les institutions politiques, a préparé le terrain à l’émergence d’un candidat de trente-neuf ans, encore relativement inconnu sur la scène partisane : Emmanuel Macron.

En 2017, les Français l’ont porté à la présidence de la République, espérant qu’il insufflerait un vent nouveau et engagerait un véritable changement. Son élection ne traduisait pas seulement une adhésion à sa personne et à son projet, mais constituait également un vote de protestation contre les partis traditionnels qui avaient dominé la vie politique pendant des décennies et se retrouvaient soudain relégués à la marge.

Cinq ans plus tard, au terme de son premier mandat, Emmanuel Macron fut réélu, bien qu’une partie importante de l’opinion publique ait déjà manifesté sa déception à l’égard de son bilan. Cette fois, nombre de ses électeurs ne votèrent pas pour lui par conviction ou sympathie, mais avant tout pour empêcher l’élection de son adversaire, Marine Le Pen, figure de la droite nationaliste et fille de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, connu pour ses déclarations antisémites. Un choix qui rappelle cette expression bien connue : « Non par amour de Mardochée, mais par haine d’Haman. »

Cependant, sa victoire à l’élection présidentielle n’a pas donné à Emmanuel Macron la force politique nécessaire pour gouverner sereinement. Lors des élections législatives de juin 2022, le camp présidentiel a perdu sa majorité absolue à l’Assemblée nationale. S’est alors ouverte une période d’instabilité politique, compliquant l’adoption des réformes et la conduite des affaires de l’État. La dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron en 2024, suivie de nouvelles élections législatives, n’a fait qu’accentuer la fragmentation parlementaire.

À cette crise politique s’ajoute une profonde crise économique et financière. Sous les présidences d’Emmanuel Macron, la dette publique française a continué de s’alourdir, atteignant un niveau particulièrement élevé, proche de 120 % du produit intérieur brut.

Mais le problème ne réside pas uniquement dans le montant de cette dette. Les coûts de financement ont augmenté, tandis que la nécessité de refinancer les emprunts existants pèse lourdement sur le budget de l’État, réduit les marges de manœuvre du gouvernement et complique les investissements dans des secteurs essentiels.

Un cercle vicieux inquiétant s’installe ainsi : plus la dette augmente, plus son service devient coûteux ; et plus les ressources consacrées au paiement des intérêts s’accroissent, plus la capacité de l’État à répondre aux difficultés économiques et sociales se réduit. Parallèlement, la hausse du coût de la vie pèse de plus en plus lourdement sur les catégories les plus modestes, mais aussi sur les classes moyennes.

La France, longtemps considérée comme l’un des piliers de l’économie européenne, se retrouve sous une pression croissante des marchés financiers et des institutions de l’Union européenne. Dans le même temps, des pays comme la Grèce et le Portugal, qui avaient traversé de graves crises de la dette au cours de la décennie précédente, sont parvenus à améliorer certains de leurs indicateurs économiques.

Cela ne signifie pas pour autant que la France soit nécessairement au bord de la cessation de paiements. Toutefois, la poursuite de la dégradation de ses finances publiques pourrait entraîner un renforcement des pressions européennes, une nouvelle hausse des coûts d’emprunt et un affaiblissement de son statut économique et international.

Dans ce contexte de crise économique, d’érosion de la confiance publique et d’incapacité des partis traditionnels à proposer une alternative convaincante, les forces politiques situées aux extrémités de l’échiquier idéologique gagnent du terrain, tant à droite qu’à gauche.

À droite se trouve le Rassemblement national, parti de Marine Le Pen, qui joue depuis une quinzaine d’années un rôle central dans la définition de son orientation politique. À gauche, La France insoumise, dirigée par Jean-Luc Mélenchon, occupe une place prépondérante.

Ces deux mouvements s’opposent radicalement par leurs conceptions économiques, sociales et nationales. Ils puisent néanmoins une part importante de leur force dans leur opposition à l’establishment politique et dans le sentiment d’aliénation qu’éprouvent de nombreux citoyens à son égard.

La perspective d’un affrontement présidentiel entre des candidats issus de ces deux camps suscite en France un débat public particulièrement vif. Pour une partie de l’électorat, une telle confrontation pourrait se résumer à devoir choisir entre deux extrêmes politiques qu’ils rejettent avec la même fermeté. Une situation qui rappelle l’expression française : « Choisir entre la peste et le choléra. »

Au fil des années, Marine Le Pen a déployé des efforts considérables pour transformer l’image du parti hérité de son père. Elle a cherché à le détacher de l’héritage antisémite et raciste associé au Front national, allant jusqu’à provoquer l’exclusion de Jean-Marie Le Pen à la suite de ses déclarations antisémites.

Elle a également adopté publiquement une ligne ferme contre l’antisémitisme, s’efforçant de présenter son parti comme une force politique légitime, nationale et conservatrice. Néanmoins, la profondeur réelle de cette transformation continue de faire débat, notamment en raison de propos et d’agissements de certains de ses militants et représentants au fil des années.

À l’autre extrémité de l’échiquier politique se trouve Jean-Luc Mélenchon, homme politique expérimenté, intellectuel et figure de la gauche républicaine. Ancien ministre du gouvernement de Lionel Jospin, sous la présidence de Jacques Chirac, il a fondé un mouvement politique cherchant à fédérer des électorats divers : militants de la gauche radicale, jeunes, catégories populaires et une partie des populations issues de l’immigration, notamment des électeurs d’origine arabe et de confession musulmane.

Ces dernières années, son mouvement a adopté une ligne particulièrement critique à l’égard de la politique israélienne, tout en mettant en avant son soutien à la cause palestinienne.

Cependant, les prises de position de plusieurs de ses représentants à l’Assemblée nationale, et surtout leurs réactions à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, ont suscité de vives critiques dans les milieux politiques et au sein de l’opinion publique. Leur refus de qualifier explicitement le Hamas d’organisation terroriste, ainsi que certaines déclarations perçues comme une justification de ses actes ou une minimisation de leur gravité, ont été au cœur de la controverse.

Dès lors, une question se pose, qui dépasse le traditionnel affrontement entre la droite et la gauche : comment la France, patrie des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, en est-elle arrivée à une situation où la crise politique approfondit les fractures sociales et met à l’épreuve les fondements mêmes de la République ?
Au sein de la communauté juive de France, particulièrement inquiète de l’éventualité d’une arrivée au pouvoir de Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement, une tendance se dessine parmi certains électeurs : celle de soutenir Marine Le Pen si les deux dirigeants devaient s’affronter au second tour décisif de l’élection présidentielle.
Je rejette cette approche.

Certes, depuis son entrée dans la vie politique, Marine Le Pen a affiché publiquement son soutien aux Juifs de France et à Israël. Cependant, à mon sens, le parti qu’elle dirige demeure encore imprégné de certains éléments fascistes et antisémites.

À cet égard, il convient d’évoquer l’affaire qui agite actuellement la scène politique française, à la suite d’une enquête publiée par Mediapart, média d’investigation classé à gauche, concernant Jordan Bardella, président du Rassemblement national et candidat potentiel au poste de Premier ministre.

Selon cette publication, Jordan Bardella aurait, dans sa jeunesse, fréquenté des milieux extrémistes et aurait publié ou relayé des propos ouvertement antisémites.

Si le second tour de l’élection présidentielle devait opposer Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, ma conviction est claire : mieux vaudrait que l’électeur juif vote blanc plutôt que d’accorder sa voix à l’un ou à l’autre.

à propos de l'auteur
Né en 1947 à Meknès, au Maroc, il a vécu en Israël de 1962 à 1988 avant de s’installer à Paris. Éditeur franco-israélien, il a conçu et dirigé de nombreux projets culturels à Paris, en particulier : une galerie d’art moderne israélien, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain ainsi qu’une librairie-café méditerranéenne. En1998, il a conçu et dirigé, le stand « Israël – hôte d’honneur » (400 m2) au Salon du livre et de la presse à Genève. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à 2005, année de la soutenance. Mickael Pariente a également publié deux bibliographies : 2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs, préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, ancien président de la Bibliothèque nationale, éd. Stavit, Paris 1998 et Littératures d’Israël, éd. Stavit, Paris 2003. Écrivain bilingue (hébreu-français), il a publié : L’Autre Parnasse – Confessions de femmes dans un café littéraire, roman paru en hébreu et en français en 2011, et en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; A l'Ombre des murailles – souvenirs d'enfance au mellah de Meknès, récit paru en hébreu et en français en 2015, ainsi qu’en anglais et en espagnol en 2023, éd. StavNet ; Israël : politique et société – de Ben Gourion à Netanyahu, paru en français, en anglais et allemand en 2021, éd. StavNet ; Papi, vient vite ! Papi, tu dérailles ?! Papi vient au désert ! – trilogie pour enfants, écrite en hébreu et accompagnée d’une traduction en français, illustrée par Alec Borenstein ; Sarah – Née sous X, roman paru en français, hébreu, anglais et en espagnol, en 2022, éd. StavNet Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Haaretz, Ma’ariv, Zman Israel, Ynet... en hébreu et en français, Libération, Le Monde, et Times of Israel…
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