Le vote parlementaire du 2 décembre sur la reconnaissance de la Palestine aura aussi permis d’enterrer une fois pour toutes le mythe d’une droite française arabophile.

Ce mythe faisait lui-même écho à la fable d’un De Gaulle « poignardant dans le dos » Israël lors du conflit de juin 1967. Or l’offensive déclenchée alors par l’Etat hébreu contre l’Egypte, la Syrie et la Jordanie a été une victoire du fait des armements français dont Tsahal était essentiellement équipée. Et j’ai démontré après d’autres que le président français a, en plein conflit, autorisé une livraison secrète de pièces de rechange stratégiques à Israël.

L’embargo français sur les fournitures militaires à Israël ne sera effectif que bien plus tard, en janvier 1969, et en réaction à la destruction de la flotte civile libanaise par Israël sur l’aéroport de Beyrouth.

Le mythe d’une droite pro-arabe renvoie en fait à un coup d’éclat, ou plutôt un coup de gueule, de Jacques Chirac en visite officielle à Jérusalem-Est, en octobre 1996. La scène désormais d’anthologie a campé le chef de l’Etat en champion débridé d’une certaine résistance.

La réalité est bien plus prosaïque et relève plutôt de l’incident protocolaire fortement médiatisé. Chirac n’a jamais été pro-palestinien : maire de Paris, il avait pris soin de quitter la capitale en mai 1989 pour éviter d’y rencontrer Yasser Arafat, invité officiellement par le président Mitterrand.

Chirac n’était d’ailleurs même pas pro-arabe, mais pro-Hariri, donc anti-Assad, lorsque le despote syrien fit assassiner par le Hezbollah l’ancien premier ministre libanais en février 2005 (Saad Hariri, le fils du défunt Rafic, loge toujours gracieusement le couple Chirac dans son appartement des bords de Seine). C’est à la demande expresse d’Ariel Sharon, inquiet des retombées en Cisjordanie d’une mort d’Arafat à Ramallah, que Chirac a accueilli le président palestinien en France durant ses derniers jours, en novembre 2004.

C’est aveuglé par sa haine contre Assad que Chirac a poussé l’Union européenne, après les élections palestiniennes de janvier 2006, à imposer au Hamas, vainqueur du scrutin, des conditions que Mitterrand s’était bien gardé d’énoncer avec une telle brutalité, deux décennies plus tôt, à Arafat, afin justement de favoriser l’évolution de l’OLP vers la reconnaissance d’Israël. C’est enfin Chirac qui, en autorisant le financement public du chantier du tramway de Jérusalem, a rompu avec le traditionnel refus français de traiter Jérusalem-Est autrement que comme un territoire occupé.

Nicolas Sarkozy, sous couvert de « rupture » avec son prédécesseur, n’a en fait que poursuivi son rapprochement de plus en plus actif avec Israël. L’actuel président de l’UMP s’est engagé auprès de son groupe parlementaire, le matin même du vote à l’Assemblée, en faveur d’un vote négatif. Il a été suivi par 136 députés UMP sur 197, une proportion similaire à celle des votes recueillis lors de son élection à la tête de l’UMP. 9 députés UMP ont cependant bravé ses instructions pour voter en faveur de la reconnaissance de la Palestine.

Plutôt que de s’abstenir, l’option choisie par 4 députés UMP, 48 députés UMP ont « courageusement » préféré ne pas participer au vote. Parmi eux, François Fillon, qui partage avec Marine Le Pen, au-delà de la sympathie pour Vladimir Poutine, la conviction que Bachar al-Assad est le moindre mal pour la Syrie.

Le paradoxe est que Sarkozy apparaît dès lors plus « chiraquien » sur ce dossier que son ancien Premier ministre.

136, 48, 9 et 4. Ces chiffres sont éloquents et révèlent une profonde division de l’UMP sur un des sujets de politique étrangère qui pèsent le plus dans le débat français.

La question n’est ainsi plus de savoir si la droite française est « pro » ceci ou cela, mais si elle est encore capable de formuler une vision internationale. Le vote du 2 décembre tend à accréditer une réponse négative, ce qui n’est une bonne nouvelle ni pour Israël, ni pour les Arabes, ni pour la France.