« Le chapitre de l’Exode consacré à la sortie d’Egypte a utilisé quatre expressions pour nommer la rédemption :

‘Je vous sortirai du fardeau des Égyptiens, je vous délivrerai de la servitude, je vous affranchirai par un bras étendu et par de grands jugements et je vous prendrai pour mon peuple.’ (Ex 6 et 7)

Selon une tradition, c’est en rapport avec ces quatre locutions que l’on a institué la consommation des quatre coupes de vin pendant le seder…

En effet, nous trouvons une cinquième locution qui dit :’Et je serai pour vous un D.ieu et vous saurez que je suis l’Eternel.’ (Ex 6 :7) et qui précise la quatrième locution :’Je vous prendrai pour mon peuple.’…

Les mots :’Je serai pour vous un D.ieu’, n’ont de sens que si Israël accepte l’Eternel comme D.ieu, comme le verset lui-même le précise ensuite :’Et vous saurez que je suis l’Eternel.’

Telle est la libération véritable, ainsi que nos Sages l’ont enseigné :’Il n’est d’homme libre que celui qui s’occupe de la Torah’ (Pirké Avot 6 :2)

Le midrash Tanhouma, se pose la question du comportement des enfants d’Israël ; il ne le comprend pas en raison de la sollicitude de l’Eternel :

« ‘O génération ingrate, considérez donc la parole de l’Eternel : ‘Ai-je été un désert pour Israël ou une terre ténébreuse ?

…’(Jérémie 2 :32) Le saint Béni soit-Il s’adresse ainsi à Israël après leur reproche à Moïse : ‘Et pourquoi avez-vous conduit le peuple de Dieu dans le désert pour y périr, nous et notre bétail ?’ (Nombres 20 :4) Ai-je été un désert pour Israël ? Vous ai-je rendu comme un désert ?

Où me suis-conduis avec vous comme un désert ? D’habitude, lorsqu’un roi en chair et en sang s’installe au désert, y trouve-t-il ses aises, le manger et le boire comme dans un palais ?

Pourtant vous, vous étiez esclaves en Egypte et je vous ai tiré de là pour vous installer dans l’un des meilleurs pays tel qu’il est dit :’D.ieu fit donc dévier « vayasev » le peuple du côté du désert.’ (Exode 13 :18) Que signifie « vayasev » ? D.ieu attable les enfants d’Israël, étendus sur leurs lits comme des rois. »

Pour justifier l’attitude de l’Eternel, le midrash joue sur le verbe « sovev » qui peut signifier aussi bien tourner autour, aller, venir, retourner, qui est le sens premier dans le verset que s’assoir autour d’une table pour prendre un repas.

En conclusion, ce midrash a pour but de montrer les bienfaits de D.ieu, mais il n’en demeure pas moins que les enfants d’Israël ont dû rester 40 ans dans le désert ; à cause des fautes qu’ils ont commises.

On ne passe pas de la condition d’esclave à celle d’homme libre aussi facilement. Il faut du temps et un environnement qui permettent de faire un retour sur soi une forme de « téshouvah » qui ne peut avoir lieu que dans un environnement austère où rien de ce qui est futile puisse venir
perturber la démarche.

Quoi de mieux que le symbole du désert ?

Cependant, une autre question se pose, de la plus haute importance.

Si D.ieu n’avait pas fait sortir les enfants d’Israël d’Egypte et même s’ils avaient vécu dans le confort et la tranquillité, nous, leurs descendants serions nous libres ?

A la lumière des paroles de Leibowitz, nous savons qu’il aurait répondu non, en grand croyant qu’il était.

Mais même sans cela, la portée universelle de la révélation du Sinaï était une exigence qui justifiait la sortie d’Egypte.