Les jeux sont faits, et bien faits. Contre vents et marées, face à des diffamations personnelles et familiales, sous critiques de la part de généraux auréolés et anciens chefs de la sécurité, au milieu d’une ambiance empoisonnée dans une campagne électorale sinistre – le Premier Ministre Benyamin Nethanyahu a gagné les législatives israéliennes.

Alors que tous les sondages le portaient vaincu, même en arrivant à la ligne droite, derrière son grand rival, le parti « Union Sioniste » du tandem bizarre Isaac Herzog et Tzipi Livni, Netanyahu a réussi son sprint final, à quelques heures de la fermeture des urnes.

Au début, on le croyait encore à égalté avec son concurrent, ce qui constituait déjà une surprise. Mais à l’aube les jeux étaient faits, le Likoud emportant 29 sièges (sur 120 à la Knesset), contre 24 à Herzog-Livni.

Netanyahu lui-même y croyait à peine jusqu’au dernier moment. D’où ses appels d’alarme aux hésitants (dont je faisais partie d’ailleurs) pour qu’ils se donnent la peine de se rendre aux bureaux de vote, et afin de préserver la sécurité et l’intégralité du pays. Ceci face aux declarations quelque peu vaniteuses de Herzog « Je serai assurément le prochain Premier Ministre ».

Cette assurance face à la crainte avouée de Netanyahu a également contribué à la volte-face du scrut. D’autant plus que bon nombre des hésitants en avaient marre de la campagne électorale basèe presque exclusivement sur l’effort pour présenter Netanyahu comme l’ennemi no. 1 du pays et du peuple. En effet, le slogan maintes fois rèpété disait : « Tout sauf Bibi » et tous les moyens étaient bons.

L’issue des élections démontre aussi qu’il ne suffit guère de mener un combat personnel contre le dirigeant du pays, mais il faut aussi présenter un programme politique et économique, voire idéologique, au-delà de slogans haineux.

Et une conclusion majeure s’impose : les promesses de l’opposition d’améliorer le bien-être économique et social des citoyens – nécessaire en soi – passaient au deuxième plan par rapport au souci de sécurité face aux menaces permanentes. Certes, dans une démocratie l’individu en fin de compte prime tout, mais pas dans un pays en guerre. Or, Israël est toujours en guerre et en danger. Et c’est précisement ce message que Netanyahu tenait à accentuer.

Dans ce contexte, ceux qui ont voté Likoud affirment clairement qu’il n’est pas question de renoncer à des parties du pays, ni d’envisager le partage de Jérusalem, deux options attribuées à Herzog-Livni sous prétexte de faire bonne mine face aux Palestiniens, Américains et Européens.

Le découpage géographique des votes est significatif : le fief principal de Netanyahu est le sud et le nord d’Israël, soumis par le passé et dans l’avenir à la menace des attaques.

Bien plus, ces regions justement sont les plus faibles au point de vue économique. Alors que le fief de Herzog se situe dans les grandes agglomerations, telles Tel Aviv (nomée justement la « Bulle ») et Haifa, plutôt bourgeoises et confortables économiquement.

Une exception importante : À Jérusalem, la ville la plus peuplée, le Likoud a triomphé, Herzog et les listes semblables faisant de très mauvais résultats. À savoir la capitale, pourtant partagée de fait et soumise à des attentats de la part des habitants arabes, doit rester unie et israélienne.

Quelques détails intéressants : la forte participation au vote- 72 % contre 66 % lors du scrutin précédent – démontre l’importance attribuée par les israèliens, malgrè l’amertume ressentie en raison de la campagne électorale déplorable.

Autre évolution de poids : le succès de la liste arabe unie (13 sieges), devenant ainsi la troisième force à la knesseth. Assurément elle fera partie de l’opposition, mais aurait droit de participer à certaines commissions parlementaires, voire celle de la sécurité, dont certains débats sont confidentiels et secrets. D’où l’inquiétude des milieux de la sécurité, affirmant que certains des élus arabes ne cachent pas leur hostilité vers Israël, pourtant leur pays, et leur soutien aux Palestiniens.

Certes, les jeux sont faits mais il reste à former le gouvernement. Vu la multitude de listes ayant obtenu des résultats moyens (6 à 10 sièges) Netanyahu devra sans doute affronter un marchandage de part et d’autre pour le partage des portefeuilles. Le ministère des Finances ira probablement à Moshé Kahlon, seul nouveau venu dans ces élections (avec 10 sièges à son parti « Koulanou »), considéré comme « l’arbitre » dans le jeu prévu pour l’investiture.

Restent les perdants de ce scrutin : pratiquement toutes les listes présentes à la Knesseth sortante, ayant perdu des sieges, bien que celles d’orientation de droite feront probablement partie de la coalition.

Autres grands perdants – les médias et les journalistes, ainsi que les publicistes, conseillers, commentateurs, ayant presque à l’unanimité condamné Netanyahu et prédit sa défaite.

Facile de supposer que les déçus sont nombreux en dehors d’Israël. La victoire de Nethanyahu est elle un défi au président Obama, voire aux Européens ? Ou bien accepteront-ils de se résigner.?