La définition de Sépharade est multiple. Bien qu’elle désigne tout Juif originaire d’Espagne, elle englobe toutes les communautés issues de la péninsule ibérique d’avant l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492 lesquels s’établirent dans l’ensemble du bassin méditerranéen jusqu’en Bulgarie ainsi qu’en Hollande.

Elle englobe également des communautés qui ont été influencées à différents degrés par ce judaïsme en Irak, en Iran et au Yémen. Le terme Mizrahi ou Oriental est parfois donné aux Sépharades car la majorité d’entre eux sont issus des pays arabo-musulmans.

L’immigration vers la Terre sainte s’est toujours maintenue au travers de l’histoire.

Au lendemain de la guerre d’indépendance en 1948, des centaines de milliers de réfugiés juifs* ont déferlé sur le nouvel État et l’une des plus grandes expériences de cohabitation de communautés issues de la majorité des pays de la planète, y compris d’Éthiopie et de l’Inde s’est réalisée en Israël.

L’intégration des communautés n’a pas été chose facile. On a souvent confondu niveau technologique et culture, et mis en exergue la culture occidentale, et ce préjugé s’est traduit à certaines époques par des accusations de discrimination et des contestations de la part des Sépharades : révolte populaire dans le quartier de Wad Salib à Haïfa en 1959 et fondation du mouvement de revendication des Panthères noires en 1971.

Ce fut le Premier ministre Begin qui ouvrit grand la porte de son parti aux Sépharades et qui entreprit de multiples initiatives pour réhabiliter la culture sépharade. Au sein des partis politiques religieux, un mouvement de scission sépharade du Chas s’est affirmé depuis 1984.

Au plan économique, de grands progrès ont été faits au fil des années et le niveau de vie de toute la population s’est nettement amélioré. Il n’en demeure pas moins que la majorité des couches pauvres se recrute au sein des communautés sépharades.

Sur le plan social, la mixité plus grande a rapproché les ethnies. Sur le plan culturel, une floraison de chanteurs, d’artistes et d’écrivains ont enrichi le paysage culturel israélien. Enfin, l’armée a eu des chefs d’état-major sépharades d’origine yougoslave, irakienne, iranienne et berbère.

Aujourd’hui, des populations émigrent en grand nombre dans les pays occidentaux et les sociétés d’accueil tentent de les intégrer avec plus ou moins de succès.

L’expérience israélienne peut-elle être instructive par rapport à la cohabitation dans le village global ?

Quelle que soit l’origine des Israéliens, les citoyens ont eu la volonté de bâtir un nouveau pays et n’ont pas hésité de le défendre chèrement lorsque cela a été nécessaire. Par ailleurs, la langue commune a rapproché les immigrants et surtout les nouvelles générations.

Les habitudes et les perceptions culturelles se sont entrechoquées : chaque communauté a contribué à différents degrés des particularités rigoristes, intellectuelles, pragmatiques et de joie de vivre. Les traditions gastronomiques et musicales ont donné naissance à de nouvelles créations. En dépit des grandes difficultés économiques et des menaces qui ont plané sur l’État, une nation est née.

Durant les premières décennies de l’État, il y eut un moule modèle de l’homme nouveau qui retourne à la terre, qui s’hébraïse et qui s’adapte au parangon culturel de la population qui était installée au pays avant la proclamation de son indépendance.

La prise de conscience du rejet de la condition de minoritaire soumis qui sert de bouc émissaire de service fut marquante et unanime. Aujourd’hui, le public israélien redécouvre les richesses culturelles d’origine et cette nouvelle affirmation dépasse le cercle des ressortissants dont ce fut la culture d’origine.

Une des voies de l’intégration des immigrants en Occident serait qu’ils s’imprègnent de la culture de la société d’accueil, que l’ensemble de la société soit unie dans l’aspiration à une contribution volontaire pour le bien-être de tous les citoyens et que tant les immigrants que la société d’accueil soient ouverts à un enrichissement mutuel.