Au 18e siècle, la première immigration des Juifs au Canada fut essentiellement sépharade, composée de Sépharades venus du Brésil, de Hollande et d’Angleterre.

Les familles légendaires des Hart, Frank, Joseph, David, Di Sola et bien d’autres ont grandement contribué au développement du Bas-Canada.

À partir du début des années 1950, une nouvelle immigration de Sépharades s’est établie sur les rives du Saint-Laurent.

La majorité des Sépharades au Canada provient des pays méditerranéens et de l’Irak et les ressortissants du Maroc sont majoritaires. Au Québec, ces premiers immigrants sépharades, francophones pour la plupart, se virent fermer les écoles publiques d’expression française du fait que celles-ci n’acceptaient que des catholiques.

Plutôt que de s’intégrer dans le moule anglophone, les Sépharades ont tenus à bâtir des institutions qui leur permettaient de maintenir la langue française. Il faut toutefois souligner que les immigrants sépharades ont également colporté avec eux un bagage linguistique coloré incluant l’espagnol, l’arabe, le judéo-arabe, le judéo-espagnol ou le judéo-berbère.

Dans son ensemble, l’intégration des Sépharades dans leur terre d’accueil a été réussie sur plus d’un plan et une nouvelle génération de professionnels, d’écrivains* et d’artistes est en train de faire ses preuves. Ainsi et à titre d’exemple, les noms d’Emmanuelle Chriqui, de Raphy Benmergui ou de Sonia Benezra sont bien connus dans le monde artistique.

Chaque année, le festival SEFARAD de Montréal** rassemble de nombreux talents locaux et internationaux.

Ces activités s’adressent à tous les âges ce qui permet de faire revivre de bons moments aux personnes qui ont gardé la nostalgie du pays natal, ou à celles qui ont conservé des attaches qui résonnent encore en elles. Ce qui a été fort intéressant d’observer est que l’expression artistique des Sépharades garde la trace des thèmes, des couleurs et des musiques des pays d’origine au sein de la nouvelle génération qui a grandi au Canada.

Des contacts soutenus avec les membres de la famille éparpillée de par le monde, nourrissent l’attachement culturel avec toute une civilisation déracinée et dispersée dans des conditions qui furent parfois tragiques.

De tous les pays de la diaspora sépharade, le Maroc a été quasiment le seul à avoir maintenu le contact avec ses anciens ressortissants. L’Espagne et le Portugal offrent la nationalité aux descendants des expulsés juifs de la péninsule ibérique et retrouvent également non sans plaisir les traces d’une culture qui a imprégné leur histoire.

Des voyages de retour aux sources sont organisés pour des jeunes afin de visiter des lieux ancestraux de la diaspora sépharade en Espagne, au Portugal, au Maroc, en Italie et en Israël.

Le dialogue judéo-musulman est courtois et convivial. D’excellents contacts sont entretenus avec la nouvelle immigration musulmane d’Afrique du Nord afin de partager l’expérience d’immigration en terre canadienne et d’y faire renaître des rythmes de musique andalouse remontant à l’âge d’or sépharade en Espagne.

L’appréciation musicale unanime rapproche les âmes et les cœurs et atténue les rancœurs du passé.

Au Québec ou la majorité des Sépharades a pris racine, les relations interculturelles s’épanouissent. La société québécoise est une des plus accueillantes et tout y est réuni pour que l’ensemble de la société tire parti d’un enrichissement mutuel.

Les médias et les politiciens réagissent vivement et trop souvent aux propos et agissements d’une minorité immigrante radicale, alors que la joie du vivre ensemble est celle bien plus discrète que la majorité immigrante modérée veut et peut partager avec toutes et tous au sein de la Belle Province. L’interculturalisme démine les relents de radicalisme pour céder la place au dialogue.

Le dynamisme des Sépharades au Canada a fait ses preuves et constitue une valeur ajoutée à l’ensemble du pays.

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* http://www.dumarais.ca/livres/anthologie-des-ecrivains-sepharades-du-quebec/
** http://festivalsefarad.ca/