Les récents progrès scientifiques en biologie et en génétique ont relativisé le miracle qu’est la vie. Le doute et le relativisme qui sont des lois auxquelles les scientifiques ne peuvent pas échapper, touchent tout un ensemble de valeurs et font en sorte que l’être humain doit faire face dans sa solitude au mystère de la vie et à l’inconnu.

Cette transition n’est guère facile. Parmi ceux qui ne peuvent supporter le saut vers l’inconnu et vers un infini duquel Dieu semble être absent, certains rejettent l’héritage de croyance des générations passées, jetant le bébé avec l’eau du bain.

D’autres s’y engoncent : il peut arriver que la liberté totale et la responsabilité qui en découle donnent le vertige et fassent place à un repli sur des positions conservatrices. Nous sommes témoins aujourd’hui d’un retour aveugle à des croyances écrues, allant jusqu’à remplacer l’élévation spirituelle par un intégrisme massacreur et suicidaire.

Les sociétés non occidentales n’ont pas connu les révolutions similaires à celles du protestantisme et de la laïcisation qui ont éloigné la religion organisée de l’espace public. Il est possible d’expliquer la radicalisation et le repli sur le fondamentalisme au sein de l’islam notamment par la crainte qu’inspire l’extraction apparemment inévitable du moule religieux qui a longtemps été la clef de voûte de l’organisation sociale.

Le monde des certitudes religieuses dont ils ont été imprégnés se dérobant sous leurs pieds, des radicaux traduisent leur fondamentalisme en haine de l’Occident et de ses valeurs libéralistes. La mondialisation économique et l’individualisme grandissant de nos sociétés relativisent l’autorité de la religion organisée et de ses dogmes.

Les angoisses métaphysiques nomadisent alors même que les croyances métaphysiques ancrées dans le sentiment qu’elles affichaient réponse à tout et pour tout, s’atrophient. Qui plus est, les religions sont parfois perçues comme des sources de division, ce qui fait dire au chanteur John Lennon : « Imagine qu’il n’y ait ni pays, ni religion. »

Dans le vide créé par une société portée au consumérisme et qui de plus a exclu la religion de l’espace mental, l’attrait des sectes et des écoles de méditation, celles d’Extrême Orient notamment, est grand.

En outre, nous vivons dans une ère de transition d’une société dans laquelle une religion relativement homogène a irrigué la vie sociale à celle qui rend possible la cohabitation de plusieurs croyances (et par extension l’incroyance) sur un même territoire.

Bien des pays se débattent – non sans remous – pour définir un cadre juridique de la laïcité tout en tentant de ne pas favoriser une ou des religions particulières sur leur territoire. Bien qu’ils aiment ne voir en la religion qu’une croyance personnelle, les gouvernements qui se veulent laïcs entretiennent cependant des relations officielles avec des clergés hiérarchisés.

Le malaise des sociétés qui n’arrivent pas à intégrer plusieurs croyances remet parfois en question la philosophie libérale basée sur les droits individuels et ceux des minorités ainsi que sur la neutralité de l’État. Ce post libéralisme se traduit quelquefois par un retour à l’ethno nationalisme avec des accents populistes.

Le choc des civilisations est essentiellement un choc de processus de laïcisation.