La décision du rassemblement national des indépendants de réunir à Paris ce dimanche près de 500 membres de la diaspora des marocains du monde est assez inédite dans sa démarche pour susciter curiosités et interrogations. Elle donne un coup de fouet aux rapports souvent distendus et parfois ambiguës entre partis politiques marocains et immigration, entre deux univers de pensées, deux modes de réflexions souvent aux antipodes de la voie normale d’une intégration réussie.

Cette réunion jettera volontairement ou involontairement aussi une lumière crue sur la nature des liens politiques que cette diaspora, riche en talents, en compétences, en dynamiques économiques doit entretenir avec le pays d’origine.

Signe que la démarche n’a pas été prise à la légère et vise à inscrire dans le marbre un nouveau tournant de cette relation, cette grande rencontre sera précédée samedi d’un événement tout aussi inédit dans sa portée politique.

Il s’agit de la rencontre entre le numéro Un du RNI, M. Akhannouch, également ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, avec Christophe Castaner, délégué général du mouvement de la majorité présidentielle, la « République en marche » (LREM) et Secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement.

L’histoire de la relation des partis politiques marocains avec l’immigration est encore à écrire et à formuler. Elle peut s’écrire en deux séquences. La première commence par des partis de gauche qui avait trouvé dans l’immigration vivant sur des territoires européens un terrain de repli lorsque la relation avec les autorités de l’époque devenait conflictuelle et antagoniste.

Les multiples associations de travailleurs, baignées dans le syndicalisme ouvrier français des années 70 donnait à cette relation un solide lien militant qui avait pour utilité, entre autres, d’amplifier les exigences de changement formulées au pays.

Les partis de gauche marocains avaient donc trouvé dans ces associations à la fois un relais et un amplificateur. L’usine et le syndicat fonctionnaient comme des points de repère et de contacts. Ces partis de gauche n’avait pas de présence massive et visible dans cette immigration. Leurs rapports étaient contraints à une discrétion imposée.

Et quand il est question de désigner des représentants dans ces pays de l’immigration, leurs missions était davantage de travailler sur les relations institutionnelles avec les autres partis avec lesquels ils entretenaient une compatibilité idéologique. Dans le cas de la France à titre d’exemple, l’USFP et le PCM avaient de rapports privilégiés avec la gauche française tandis que l’Istiqlal lorgnait sur la droite.

La seconde séquence voit deux partis relativement nouveau dans le paysage marocain monter à l’assaut de cette immigration. Il s’agit du parti Islamiste justice et Developpment (PJD) dont l’accès au gouvernement au Maroc dans le sillage des grandes secousses arabes de 2011, a donné des ailes et permis toutes les ambitions . L’autre parti est le PAM ( authenticité et modernité).

Ces deux nouvelles structures avaient tout de suite compris les bénéfices à récolter à se rapprocher de cette diaspora. Tandis que le PAM chassait dans les entreprises et les grandes écoles, le PJD faisait de la mosquée et des associations cultuelles son cheval de bataille et de séduction.

Ces partis se prépareraient dans une frénésie à peine camouflée à la grande bataille qui s’annonçait : la participation de cette diaspora au processus électoral marocain par le biais du suffrage direct. Il y avait au bout de cette compétition une grande parcelle de pouvoir à prendre.

Autour de cette question qui mobilise les stratégies de tous les partis sans distinction qui jettent leur dévolu sur cette immigration, la réflexion n’est pas encore tranchée même si l’esprit de la nouvelle constitution marocaine en la matière est on ne peut plus limpide.

Cette réflexion tourne autour des modalités à suivre pour garantir la représentation et la participation d’une Diaspora évaluée aux bas mots à cinq millions de citoyens aux processus démocratique marocain. Faut-il réserver des sièges parlementaires à cette immigration par le biais du suffrage universel direct et donc imaginer une nouvelle organisation électorale ?

Ou faut-il veiller à ce que cette diaspora, par un système de cooptation soit bien représentée dans les différentes structures de l’État , d’abord pour défendre les intérêts de cette diaspora ensuite pour maintenir vivaces les précieux liens politiques et économiques avec le pays d’origine?.

Ces deux visions ont leurs détracteurs respectives. Pour la première, l’aventure du suffrage universel pour favoriser les forces politiques les plus activistes et les plus organisées et les résultats peuvent ne pas refléter la réalité sociologique de cette diaspora. Pour la seconde, le système de cooptation est forcément injuste et impartiale et risque de faire monter une élite coupée des réalités sociologiques des nouvelles générations de l’immigration.