François Hollande avait déclaré devant le Parlement tunisien sa certitude que « l’islam était soluble dans la démocratie », à l’unisson de plusieurs dirigeants des démocraties occidentales (Cameron, Obama, etc.) qui, à chaque attentat commis au nom de l’islam, répètent ce credo comme un mantra magique qui en dit long sur leur rapport au réél.

Mais ce véritable article de foi de la politique occidentale pose-t-il la bonne alternative ? A la lumière du phénomène de l' »Etat islamique » et de la guerre mondiale menée contre lui par ces mêmes dirigeants, l’affirmation semble en effet devoir être retournée. La démocratie sera-t-elle soluble dans l’islam(isme) ? Telle est la question.

La création du « Califat » représente en effet une menace inédite et gravissime pour la démocratie dont il est l’ennemi absolu.

Dans la mesure où, en renouvelant une autorité mythique, inscrite au fond du messianisme islamique (retour à l’âge d’or de l’islam du prophète), il en appelle à l’obéïssance de tous les musulmans où qu’ils se trouvent, en vertu du commandement du Jihad, parfaitement et clairement inscrit dans le Coran, il devient en effet un facteur de dissidence et de guerre dans tous les pays où des communautés musulmanes sont installées.

Les attentats terroristes qui commencent à se multiplier montrent la potentialité que n’importe où, n’importe quand un islamiste resté anonyme peut sortir de chez lui pour égorger, tuer, massacrer, accomplir son meurtre rituel salvateur qui lui ouvre la porte du salut .

Il n’y a aucun moyen de contrer ces éventualités dans un Etat démocratique – et c’est d’ailleurs ce qu’exploitent les islamistes – d’autant que le Califat a la suprême ruse de faire commettre ces massacres par des Occidentaux récemment convertis à l’islam et dont l’acte inaugural de leur entrée dans l’islam est le Djihad. Ainsi la menace est-elle « naturalisée » et devenue anonyme, surgissant des entrailles mêmes de la société occidentale.

Si on ne peut qu’être d’accord (malgré leur inefficacité) avec les mesures d’urgence et d’exception adoptées pour faire face aux terroristes « retour de Djihad », il faut reconnaître qu’elles sont significativement non démocratiques (confiscation de passeport, empéchements de quitter le territoire sur la base de simples présomptions). Avec l’extension prévisible de cette situation, c’est l’aveu que seul un pouvoir fort et un régime d’exception pourraient relever le défi.

Société ouverte, État de droit, liberté des individus ne sont effectivement possibles que sur la base d’une confiance et d’un accord sur les fondamentaux de la société. En d’autres temps, on appelait celà le « contrat social ». Or, pour des raisons historiques, ce contrat n’a jamais été passé auparavant avec l’islam (en amont de l’islamisme).

Le CFCM aurait pu fournir l’occasion d’intégrer cette religion dans le pacte social, mais il n’y eut aucun homme d’Etat digne de ce nom pour assortir cette création de la réforme et de la clarification nécessaires.

C’était la condition fondamentale pour que « l’amalgame » ne soit pas fait avec l’islamisme et pour éviter que chacun se prenne à soupçonner son concitoyen musulman, arabe ou non, en y voyant un meurtrier en puissance, et avant tout pour que l’islam ait dans l’Etat un statut comparable à celui des autres religions, ce qui pour l’instant n’est pas le cas, si bien que ses droits relèvent davantage du privilège que du droit, ce qui fondait justement, il y a de nombreuses années, la crainte de Mgr Lustiger de ce que l’islam pourrait devenir « religion d’Etat », ce dont témoignent objectivement les étonnantes déclarations « théologiques » des dirigeants européens en sa faveur, que jamais ils ne feraient en faveur de leur propre religion.

Ce pacte, Juifs et Chrétiens ont du le passer et se réformer sous le diktat de l’empereur Napoléon 1er qui imposa à leurs religions une réforme cultuelle et juridique.

Les Juifs, convoqués en « Grand Sanhédrin » en 1807, durent renoncer officiellement, religieusement, juridiquement (halakhiquement), à leur stature politique et collective et confessionnaliser leur foi, au terme d’un véritable siège conduit par le pouvoir.

Les Catholiques furent soumis, quant à eux, au concordat avec le Vatican qui visait à mettre sous la gouverne de l’Etat l’épiscopat français.

Quel président européen, surtout parmi les « néo-théologiens » de l’islam, aura-t-il l’audace de poser aux musulmans les questions génantes et soupconneuses posées aux Juifs à cette occasion ? On peut penser ce qu’on veut en penser aujourd’hui mais toujours est-il que c’est un fait historique qui a posé le cadre de l’intégration dans la nation du judaïsme comme religion.

Parmi 12 questions : « une Juive peut-elle se marier avec un Chrétien et une Chrétienne avec un Juif ? Ou la loi veut-elle que les Juifs ne se marient qu’entre eux ? », « aux yeux des Juifs, les Français sont-ils leurs frères ou sont-ils des étrangers ? », « dans l’un et l’autre cas, quels sont les rapports que leur loi leur prescrit avec les Français qui ne sont pas de leur religion ?, « Les Juifs nés en France et traités par la loi comme citoyens français regardent-ils la France comme leur patrie ? Ont-ils l’obligation de la défendre ? Sont-ils obligés d’obéïr aux lois et de suivre toutes les dispositions du Code civil ? », « qui nomme les rabbins ? », « quelle juridiction de police exercent les rabbins parmi les Juifs ? Quelle police judiciaire exercent-ils parmi eux ? », « ces formes d’élection, cette juridiction de police judiciaire sont-elles voulues par leur loi, ou seulement consacrées par l’usage ? ».

C’est en fonction de leurs réponses satisfaisantes à ces questions que l’entrée des Juifs dans la citoyenneté en 1791 (à titre d’individus) fut confirmée et rendue possible.

Et c’est sur ces bases que la réhabilitation de l’Église catholique après la Révolution fut possible. Il doit en être de même pour l’islam. Quelle réponse officielle et religieuse les musulmans pourraient-ils donner à ces questions ?

Mais n’est-il pas déjà trop tard car, si le problème pouvait être réglé en amont, pourra-t-il l’être en aval, là où nous sommes aujourd’hui ?

*A partir d’une chronique parue dans Actualité Juive du 30 octobre 2014.