Ahuzat Bayit, « Altneuland », Tel Aviv

Il y a 107 ans, sur les dunes à quelques petits kilomètres au nord de Jaffa, se produisait un événement majeur dans la vie du peuple juif.

En effet, le 11 avril 1909 exactement, naissait la première ville juive, construite à partir de rien si ce n’est la passion, la détermination et un peu d’argent d’irréductibles sionistes.

Une création unique par des juifs pour les juifs, en Palestine, leur terre ancestrale, on lui donna le nom d’Ahuzat Bayit. Elle allait devenir la première ville juive du monde moderne. Pourquoi est-ce que j’insiste là-dessus? Eh bien, parce-que cela ne s’était pas produit depuis…ouf, ma mémoire me fait défaut.

Ahuzat Bayit?? Vous ne connaissez pas? Mais si! Mais c’est bien sûr! Tel Aviv!! Sous l’impulsion d’Akiva Arieh Weiss, arrivé en Palestine en 1906, un petit groupe de 66 familles se réunirent sur les dunes pour tirer au sort les lots qui deviendraient les leurs pour construire leurs futures maisons.

Weiss prit 66 coquillages blancs et 66 noirs, désigna un petit garçon d’un côté, une petite fille de l’autre et au fil du tirage au sort, associa coquillages blancs et noirs et le tour fut joué. Le moment fut immortalisé par hasard par le photographe Avraham Soskin.

Akiva Arieh Weiss était venu pour la première fois en Palestine en 1904 et c’est sur le bateau qu’il apprit la mort de Theodor Herzl dont il partageait les idées. Il se promit de retourner en Palestine avec un projet dont l’impact sur le mouvement sioniste naissant serait sans précédent.

Il fit son aliyah deux ans plus tard et démarra le projet en question: créer une ville nouvelle, moderne, équipée d’électricité, d’eau courante, d’une école juive où l’enseignement se ferait en hébreu.

Fini les quartiers qui ne faisaient que reproduire les shtetls du vieux pays (Mea Shearim à Jerusalem, par exemple) où les habitants étaient repliés sur eux-même, évitant le contact avec le monde extérieur, vivant de la « haluka » (l’argent envoyé par les communautés juives de la diaspora).

Certes, Moïse Montefiore avait déjà oeuvré dans ce sens en créant les quartiers de Mishkenot Sha’ananim et Yemin Moshe à Jerusalem, mais Weiss voyait plus grand, plus moderne. Et voilà que démarra la construction d’Ahuzat Bayit.

Une ville ouverte sur l’extérieur, de belles rues droites, des maisons avec jardins, une rue principale nord-sud tel un Cardo romain, dédiée au fondateur du mouvement sioniste lui-même, Theodor Herzl. Au bout de cette rue, l’établissement qui allait devenir le premier lycée hébraïque, la Herzliya Gymnasium, nommé ainsi en honneur du même Herzl.

Ce magnifique bâtiment aux allures mi-classique, mi-oriental, desservit la communauté jusqu’au début des années 60 lorsqu’il fut détruit pour construire le premier « gratte-ciel » de Tel Aviv, Migdal Shalom. Très rapidement, les autorités israéliennes se rendirent compte de leur erreur à détruire un patrimoine aussi historique, du coup, le Gymnasium devint le symbole de la Société de Protection des Monuments Historiques créée en 1984 et on en voit le symbole partout en Israël.

Alors, Tel Aviv justement…d’où vient le nom? Ahuzat Bayit (qui signifie à peu près « foyer ») au fond n’était que le nom donné à l’association à l’origine du projet. Il s’agissait maintenant de trouver un vrai nom à cette ville.

Nahum Sokolow, un des leaders sionistes, auteur, traducteur et un des pionniers du journalisme hébreu fit la proposition suivante: il prit le livre de Herzl « Altneuland » qui veut dire en gros « vieux nouveau pays » et le modifia pour en faire Tel Aviv.

« Tel » représentait l’ancien, les accumulations de civilisations les unes après les autres pour en faire des trésors pour les archéologues (Tel Meggido, Tel Hazor, etc) et Aviv représentait le renouveau, la naissance, le « printemps » en hébreu. D’ailleurs ne retrouve-t-on pas aussi dans Ezechiel 3:15 les mots suivants: « J’arrivai à Tel-Aviv, chez les déportés qui demeuraient près du fleuve du Kebab, et dans le lieu où ils demeuraient; là je demeurai sept jours, accablé au milieu d’eux ». Le nom Tel Aviv fut adopté officiellement en mai de l’année suivante.

Outre le Gymnasium, la ville était dotée d’un château d’eau, le premier. C’était si innovant et désirable car tout le monde avait l’eau courante dans leur maison, que les quartiers qui se construisirent par la suite voulurent tous être raccordés à Tel Aviv qui devint par la même la ville la plus importante de la région. Le premier petit kiosque fut installé au coin du boulevard Rothschild et de la rue Herzl. Afin de répondre à la soif des gens, on y servait les tous premiers sodas, le « gazoz ». Le premier lampadaire se trouvait là également.

Le premier maire de Tel Aviv était Meir Dizengoff. Comme par hasard, il tira le gros lot et eu le privilège de construire sa maison sur le boulevard Rothschild, un des endroits les plus désirables, déjà à cette époque.

Cela dit il n’avait peut-être pas tant de voisins que ça car le boulevard était en fait une vallée qui avait été remplie par le sable des dunes avoisinantes et peu nombreux était ceux qui voulaient construire sur un terrain de ce type. Il n’eut pas à le regretter car c’est ce qui explique ce magnifique boulevard large et élégant qui existe aujourd’hui.

Meir Dizengoff est resté maire de la ville jusqu’au début des années 30 quand il céda sa maison à la ville pour en faire le premier musée d’art juif.

Le 14 mai 1948, sa maison, devenue musée, servit à un autre événement d’importance. En effet, David Ben Gurion y déclara la création de l’Etat d’Israël….mais ça c’est une autre histoire!