Le magazine Causeur du 9 mai 2019, relate sous la signature d’Aurélien Marq que « Lydia Guirous, porte-parole du parti français les Républicains et Zineb El Rhazoui, ancienne journaliste de Charlie hebdo partagent un même diagnostic et un engagement sans faille contre l’islamisme. Par delà droite et gauche, le combat contre l’islamisme des Frères musulmans est la mère de toutes les batailles culturelles ».

Un peu d’histoire pour expliquer les Frères Musulmans

Hassan al Banna (1906-1949). Nourri par les enseignements des réformistes de son époque, il a fondé la confrérie des Frères Musulmans en 1928(1). Cette société secrète avait pour objet dans un premier temps, la libération de l’Égypte sous le joug de la colonisation anglaise puis le déclenchement de la révolution islamique par le djihad et enfin l’établissement d’un système de gouvernement à parti unique favorable à l’islamisation du droit et à une application stricte de la charia laquelle englobe toutes les affaires privées et publiques. Le manifeste des Frères Musulmans préconise l’interdiction de la laïcité, de la danse, la censure des livres et des films. Il réclame des programmes scolaires distincts pour les filles et les garçons et même une politique vestimentaire imposée aux citoyens par une police des mœurs.

Hassan al Banna admirait Hitler, il a entretenu avec lui une correspondance dans les années 1930. Il a collaboré avec le mouvement « Jeune Égypte » directement inspiré des chemises brunes nazies. Nasser et Sadate en ont fait partie. L’expansion de la confrérie des Frères Musulmans est très rapide. En 1948 elle comptait deux millions de membres. Ils avaient ouvert, pour la population, de nombreuses écoles des syndicats, des associations caritatives et des dispensaires. Ils étaient devenus très populaires.

Après des assassinats contre le gouvernement, les Frères Musulmans sont accusés de comploter contre l’état égyptien et sont dissous le 8 décembre 1948. Hassan Al Banna a été assassiné le 12 février 1949, vraisemblablement par les services de sécurité égyptiens.

Tariq Ramadan, petit-fils d’Al-Banna prétend que les Frères Musulmans sont un mouvement dans la lignée de Djemal al-Afghani , Mohamed Abduh et Rachid Rida. C’est dit-il un retour aux sources du texte sacré et de la tradition du prophète avec le pragmatisme du réformateur social.

Très rapidement après leur fondation, les Frères Musulmans ont déployé une structure transnationale pour faire triompher l’instauration du califat islamique dans le monde. D’après Alexandre Del Valle(2) le credo officiel des Frères Musulmans est : « Dieu est notre but, l’Envoyé est notre modèle, le Coran est notre loi, la guerre sainte est notre chemin, le martyre est notre désir ». Ils sont présents dans toutes les guerres et les révolutions du monde arabo-musulman et sont également actifs dans le monde occidental. A côté de leur branche politique officielle, ils ont crée une force militaire. Les écrits des Frères Musulmans font partie des références de Daesh, le sinistre État Islamique.

Les Frères Musulmans ont une structure opaque très organisée et hiérarchisée. Pour Thierry Meyssan, ils sont en Islam, l’équivalent de la franc-maçonnerie(3). On n’y adhère que par cooptation après une période d’observation. Il y a plusieurs grades, entre trois et cinq, les échelons les plus bas faisant encore parti de l’observation. C’est un parcours initiatique réglé par des rituels. Tous les membres sont astreints à un devoir d’obéissance absolue et à une interdiction de divulguer les secrets de l’organisation,
Les Frères Musulmans ont créé tout un réseau d’associations et de fédérations administrées par un Conseil de Direction.

La force militaire des Frères Musulmans a fait ses premières armes contre les Britanniques et les Juifs en Palestine mandataire. Elle a participé à l’insurrection arabe de Palestine de 1936, avec le grand Mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, qui deviendra en 1943, avec le soutien d’Hitler, premier ministre du gouvernement pan-arabe avec son siège à Berlin(4).

En 1945, le gendre et héritier spirituel de Hassan al Banna, Saïd Ramadan, futur père de Hani et Tariq Ramadan a été missionné pour créer une branche armée du mouvement à Jérusalem, elle a été active lors de la guerre israélo-arabe de 1948. Cette branche des Frères Musulmans prit en 1950 le nom de Hamas à Gaza. Elle publia une charte appelant à la mort des Juifs, des Israéliens et des francs-maçons. Financé par l’Arabie Saoudite, Saïd Ramadan est parti pour l’Europe dans les années 1950 pour y fonder la Société islamiste d’Allemagne et le Centre islamique de Genève, puis la Ligue musulmane mondiale. Un document déclassifié des services secrets suisses, daté du 29 juin 1967 révèle que Saïd Ramadan était leur agent(5). Il aurait même travaillé pour les Anglais et les Américains(6).

L’idéologue des Frères musulmans : Sayyid Qutb (1906-1966). Dès 1942, Sayyid Qutb commença à écrire dans « Al Taj al Masri » (La Couronne Égyptienne), magazine maçonnique, organe de la Grande Loge Maçonnique Égyptienne. Sur la première page du journal il est inscrit: « Édité par les Francs-Maçons Hauts Gradés ». Qutb y écrivit l’éditorial d’ouverture « Pourquoi suis-je franc-maçon ? J’ai senti que dans la franc-maçonnerie, il y avait un remède pour les blessures de l’humanité, j’ai frappé aux portes de la franc-maçonnerie afin de me nourrir l’âme de la philosophie et la sagesse…. Et afin d’être un moudjahid (combattant) aux côtés des moudjahidines et que j’oeuvre aux côtés de ceux qui travaillent …». Pour l’ancien Grand Maître du Grand Orient Arabe Œcuménique, Jean Marc Aractingi, cela signifiait qu’il était parmi les plus hauts gradés de la franc-maçonnerie égyptienne !

Instituteur de profession, il fut envoyé en 1949, en voyage d’études sur l’éducation aux Etats-Unis. Ce qu’il y a vu a provoqué chez ce musulman un rejet violent de la société occidentale. A son retour en 1951, il a quitté la franc-maçonnerie et s’est engagé dans les Frères Musulmans. Il en devint l’idéologue.

Son œuvre est monumentale, il est le père du djihadisme politique. Plusieurs de ses 30 volumes énoncent les principes jihadistes qui placent la violence au cœur de sa stratégie, la présentant même comme une obligation religieuse. Il insiste dans ses écrits sur le rejet de la jahiliya, le monde pré-islamique, et appelle, concept salafiste, à la guerre civile contre les gouvernements impies qui n’obéissent plus aux vraies lois de l’islam. Il faut non seulement protéger la communauté contre les non-musulmans, mais avant tout lutter contre les mauvais musulmans.

Ses idées subversives et son influence le rendent dangereux pour le nouveau régime de Nasser, il fut pendu le 29 août 1966, dans une prison du Caire.

Les Frères Musulmans sont un mouvement, pas un parti politique ni une association. Directement ou indirectement en influençant les partis avec lesquels ils sont liés, ils ont tenté de prendre le pouvoir dans de nombreux pays musulmans. Ils l’ont pris à Gaza et provisoirement en Égypte, ils ont influencé Khomeyni en Iran, fomenté des coups d’état en Syrie et en Jordanie, déstabilisé les pays du Golfe et le Yémen et de nombreux pays arabes. Ils ont laissé partout, obscurantisme, violences, misère et corruption.

Avec Hani Ramadan et Youssef al-Qaradâwî, ils se sont implantés en Europe sous des noms ou ils n’apparaissent pas, faux-nez comme l’UOIF devenue Musulmans de France. Ils ont mis en place des institutions financières et religieuses opaques « Les Frères musulmans s’emploient depuis le début des années 1980, sur le vieux contient à acquérir divers « territoires » privés pour inscrire, dans la durée, leur récit islamiste comme élément du récit national de chaque pays de l’Europe. Cette opération s’appelle le « Tawtine ». Elle est exécutée par la construction de mosquées-cathédrales, d’acquisitions immobilières diverses et variées, de construction d’établissements scolaires privés, etc. »(7)

« Dans sa conférence de presse du 25 avril dernier, le président Emmanuel Macron déclarait vouloir lutter contre « l’islam politique qui veut faire « sécession ». Lydia Guirous le prend au mot, et publie une tribune dans le Journal du dimanche pour lui demander de passer aux actes, d’ordonner la dissolution de toutes les organisations affiliées aux Frères musulmans, notamment « Musulmans de France » ex-UOIF, et de suivre l’exemple de la Grande-Bretagne, de l’Égypte et des Émirats Arabes Unis en déclarant la Confrérie organisation terroriste. Cet appel est particulièrement bienvenu, et mérite d’être abondamment relayé ». (Causeur, le 9 mai 2019).

Aux élections européennes se présente en France un parti musulman qui se dit sans couleur politique. Ce parti participe à la « marche de la dignité » avec les Indigènes de la République et le NPA, sous les drapeaux palestiniens et algériens, et des pancartes anti-israël et contre le CRIF. On y entend scander, en France, des appels à l’intifada(8).

Lydia Guirous et Zineb el Rhazoui, deux femmes courageuses, se sont levées au péril de leur vie contre l’obscurantisme islamique et son corollaire la dhimmitude. Par ailleurs, Zineb el Rhazoui a reçu du Grand Orient de France le prix Marianne Jacques France pour sa défense des valeurs de la laïcité. Les soutenir, elles et ceux qui suivent le même chemin, est une nécessité et un devoir pour les femmes et les hommes qui se réclament de l’humanisme. Avant qu’il ne soit trop tard.

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Notes

1 – Sources : Shaikh Ayid As-Shimmari : L’héritage de Hassan Al-Banna et les flèches de ses héritiers ; Zeghal Malika : Islamisme, réformisme et violence politique : comment interpréter l’histoire des Frères musulmans. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 108, 1999. pp. 25-28. ; Point de bascule : Zeghal Malika. Islamisme, réformisme et violence politique : comment interpréter l’histoire des Frères musulmans. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 108, 1999. pp. 25-28. ; Wikipedia.

2 – Alexandre del Valle : La stratégie de conquête des Frères musulmans, 21 octobre 2016.

3 – Pour Thierry Meyssan, les Frères musulmans sont en Islam, l’équivalent de la franc-maçonnerie ( Algerie patriotique, le 8 Décembre 2012). Thierry Meyssan a été exclu du Grand Orient de France, il travaille pour le Hezbollah au Liban.

4 – Third Reich leaders and PanArabism, The deep roots of Nazism in the Middle East. https://medium.com/@AsAbove_SoBelow/third-reichleaders-and-panarabism-deb20124c9f1.

5 – La rédaction de Mondafrique, le 5 septembre 2015, affirme que ce document est en sa possession.

6 – Sylvain Besson, « When the Swiss Protected Radical Islam in the Name of Interests of State », Le Temps, (Genève), 26 octobre 2004.

7 – Mohamed Louizi, ancien membre de la confrérie et ex-président des Étudiants musulmans de France : Pourquoi j’ai quitté les Frères Musulmans.

8 – https://www.youtube.com/watch?v=HXHhbi9NQlE, https://www.youtube.com/watch?v=X5E7BLO9yTs entre autres.