Clémentine est une charmante jeune fille de quinze ans. Ses parents s’appellent Gaëlle et Sam ; son grand frère Maxime et sa grande sœur Violette.

Depuis sa naissance et son baptême, elle vit dans une famille pour laquelle la foi est quelque chose d’essentiel. C’est elle qui rythme la vie quotidienne, les grands choix et les orientations spirituelles et morales de chacun des membres de ce foyer catholique des environs de Paris.

Comme tous les jeunes de son âge, elle a des passions et des projets d’avenir. Sa grande passion est l’équitation. Elle aime monter son cheval. Elle est pleine d’entrain et de joie. Son regard est rieur et chaleureux. – Mais la semaine dernière, elle a vécu un moment important et sérieux de sa vie : sa confirmation religieuse.

C’est un jour qu’elle a préparé depuis deux ans, après sa première communion. Cette préparation s’est déroulée en compagnie d’autres adolescents, filles et garçons, de sa paroisse. Elle a consisté en un approfondissement des textes bibliques de sorte à trouver un éclairage pour les questions principales de la vie.

Également à vivre une expérience forte de la prière et de la relation à Dieu. Il s’est agi, au-delà de l’acquisition de connaissances, de permettre aux saintes écritures de transformer la vie des confirmands (avec un d!) et de commencer un cheminement qui ne prendra pas fin avec la confirmation, mais devra se poursuivre à l’avenir.

Clémentine continuera de fréquenter l’église, de rencontrer ses camarades de promotion et de retraites pour revenir sur ce qu’ils ont vécu ensemble durant la préparation. Plus tard, lorsqu’elle sera une femme, puis une mère, elle continuera de vivre selon les préceptes de l’église et à les transmettre à son tour.

J’ai eu le privilège de partager avec la famille de Clémentine cette étape tellement importante de sa vie. La célébration de la confirmation a eu lieu dans le cadre solennel et magnifique de la cathédrale Saint-Étienne de Meaux.

Cathédrale de Meaux

Soixante-dix autres jeunes filles et garçons accompagnés de leurs familles emplissaient le majestueux sanctuaire construit sur la longue période de 1175 à 1540. Comment ne pas se rappeler, en pénétrant dans ce lieu, les oraisons funèbres qu’y prononça Bossuet, évêque de Meaux de 1681 à 1704, enterré là ?

Et quelle déception d’apprendre que les programmes de littérature française ne comportent plus de textes de « l’aigle de Meaux » qui, par parenthèse, n’aimait guère les Juifs ! Mais passons : il ne fut ni le premier ni le dernier grand écrivain français à dire son aversion pour les enfants d’Israël.

Cela n’ôte rien à son immense talent, mais certes ne le grandit pas. – Revenons à Clémentine : la voilà dans sa belle robe blanche entourée de ses camarades, toutes et tous sur leur « 31 » [expression qui viendrait peut-être d’une déformation de « trentain » qui désignait un drap très luxueux]. Tenues très diverses et parfois surprenantes dans une église : les temps ont changé !

Chaque jeune fille, chaque jeune garçon, est appelé par son prénom et doit se présenter au premier rang en disant « me voici ». Tiens, tiens, ça me rappelle la réponse de nombreux personnages bibliques à l’appel de Dieu. Hinéni ! C’est la façon, pour chaque jeune confirmand, de répondre à son tour à l’appel du Très-Haut.

Des lectures bibliques, des chants encadrent l’homélie du curé de la cathédrale, le tout sous l’œil bienveillant de l’évêque (d’origine juive d’après son nom) qui devra s’éclipser avant la fin de la cérémonie et s’en excuse, devant aller présider une autre cérémonie.

Au passage, je remarque que les airs des chants religieux sont très « jazzy », et je me dis qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, ce qui explique ce moyen somme toute innocent d’attirer la jeunesse. Il n’empêche, j’aperçois quelques jeunes qui se déhanchent légèrement sur cette musique pour le moins inattendue dans la vieille cathédrale !

Pour avoir maintes fois accueilli des Chrétiens et des Musulmans dans la synagogue, j’ai beaucoup apprécié que le Juif croyant que je suis, et sa famille, puisse être invité à partager ces moments de communion (sans jeu de mots) entre monothéistes.

Clémentine, avec sa fraîcheur de jeune chrétienne, sa foi rayonnante qu’elle avait exprimée dans une longue lettre de motivation à l’évêque, nous a permis de cheminer à ses côtés sur cette voie d’unité qui s’est ouverte pour les Juifs et les Chrétiens depuis Vatican II. C’est une bonne et belle chose.

Ce ne sont pas des sentiments à l’eau de rose, mais l’affirmation de notre foi commune et de notre volonté d’en finir avec les conflits séculaires qui ont marqué nos relations passées. J’ajoute, pour être complet, que Clémentine est la filleule de ma fille Déborah qui était à ses côtés au moment de son baptême par dérogation spéciale de l’évêque de son diocèse.

Petit addendum à ce récit. Cet après-midi, je me suis rendu à Meudon chez une de mes élèves du cours que je donne depuis six ans à la Maison de la Parole (la bien nommée) à des Chrétiens, catholiques et protestants, autour de textes du premier et du second Testament. Elle voulait me montrer certaines de ses réalisations : en effet, elle peint des icônes.

Icônes.

Non seulement c’est très beau, mais surtout elle nous a expliqué (une autre élève se trouvait là aussi) tout ce que ce travail minutieux représente sur le plan spirituel, tant pour ceux à qui il est destiné que pour celle qui le réalise. J’ai senti une foi profonde, authentique, à l’œuvre sous mes yeux.

C’était un moment de grâce dans un jardin tout tarabiscoté d’une maison vieillotte à souhait, tandis que sa maman de 90 ans vaquait à l’arrosage des fleurs, que sa fille de vingt ans venait nous dire un petit bonjour, et que des jardiniers passaient discrètement, enfin qu’un chat majestueux venait chercher des caresses de sa maîtresse… Dialogue judéo-chrétien, peut-être, mais surtout dialogue des âmes