Vendredi prochain, le 3 juin, le président François Hollande accueillera à Paris vingt nations qui plancheront sur une résolution visant à régler le problème israélo-palestinien.

Contrairement à la conférence de Madrid de 1992, Israël, État souverain et partie prenante dans cette affaire, n’est pas invitée, alors que les mandataires de la « Palestine » tenteront d’en fixer l’ordre du jour.

Peut-être cette réunion est-elle l’héritage, cent ans plus tard, de l’accord secret Sykes-Picot de mai 1916, par lequel la France et l’Angleterre allaient diviser le Moyen-Orient post-ottoman en mandats régissant ce qui allait devenir l’Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie et, bien entendu, la Palestine.

L’ancien ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, proposait déjà en janvier dernier, dans l’annonce de cette conférence, une feuille de route :

– Appeler Israël à revenir aux frontières de 1967, Jérusalem-Est compris, en vue de créer un État palestinien avant la fin 2017. Des révisions mineures de frontières devaient être discutées entre-temps.

– En cas de refus par Israël, Fabius suggérait que la France reconnaisse la Palestine. Ce précédent donnerait libre cours à l’Union européenne et à d’autres groupes régionaux pour suivre son exemple.

– Des rapports indiquent que la France fera en sorte que ce projet soit l’objet d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, dans une période allant de l’élection présidentielle américaine à l’intronisation de son prochain président, en janvier 2017, soit probablement à la mi- ou à la fin novembre, ou au début ou à la mi-décembre.

– La présence, après mûre réflexion, de John Kerry à Paris le 3 juin prochain est envisagée dans les milieux diplomatiques comme une façon de tâter le terrain, afin que l’administration sortante d’Obama prenne éventuellement la décision de ne pas s’opposer à la résolution française, ce qui équivaudrait à un consentement à cette résolution.

Dans cette perspective, cette feuille de route devient aussi spéculative qu’un classique jeu de simulation :

– Dans l’éventualité où Israël rejette essentiellement un diktat, l’on peut s’attendre à une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU sans force obligatoire, appelant à isoler Israël en rompant les relations diplomatiques avec elle et en lui imposant un boycott international.

– Les Casques bleus de l’ONU ou même l’OTAN pourraient être invités à suivre les négociations menées par une Palestine souveraine pour qu’ils puissent statuer sur la situation. Israël refuserait certainement.

– Les Palestiniens – à la fois le Fatah et le Hamas, en forte rivalité – pourraient annoncer en guise de politique souveraine : « Pas d’accord avant le retour de tous les réfugiés de 1967 et de 1948 », condition déjà intégrée à « l’Initiative arabe » saoudienne, qui est mise en avant comme un élément clé de la doctrine de Paris.

Qui bénéficiera de la conférence de Paris 2016 ?- Pas forcément François Hollande, mais ce sera probablement une aubaine pour le candidat socialiste à la présidentielle du printemps 2017 : il s’assurera ainsi le soutien de plusieurs millions d’électeurs.

– Peut-être le prix Nobel de la Paix, sans emploi, le président Obama sera, pourquoi pas, le nouveau Tony Blair de la feuille de route du quartet moyen-oriental ?

– Jérusalem ? S’il est un point de ce scénario qui soit crédible, c’est peut-être bien le moment favorable pour établir un gouvernement d’unité nationale.