“Quand on permet à la communauté de vivre pleinement son judaïsme, elle est un facteur d’unité.” Yaakov, étudiant pour être rabbin.

J’avais commencé cet article à la veille des attentats. Je m’étais rendu rue des Rosiers voir comment la communauté juive vivait cette vague d’antisémitisme, je suis allé à la synagogue à côté de chez moi, mais le rabbin était absent.

Il était tard et beaucoup de gens m’ont proposé de revenir le lendemain, dont un boulanger sépharade qui avait l’air d’un sacré bonhomme.

Le lendemain, c’était Charlie Hebdo, Vigipirate et je ne suis pas retourné rue des Rosiers, et deux jours plus tard l’Hyper casher.

Je ne suis pas retourné poser des questions qui sont trop sensibles pour l’instant, et me semblent opportunistes, mais les réponses des deux personnes à qui j’ai parlé ce soir-là étaient belles, je trouve, simples mais belles et je vais les retranscrire juste après.

Je ne pense pas être le seul hexagonal à se demander ce qui ne va pas dans son pays en ce moment. L’autre jour à l’Indiana Café, un videur m’a dit que j’insultais l’islam et que j’étais un traitre parce que j’avais un verre à la main. Où va le monde je vous le demande.

J’ironisais que la victoire aux parlementaires de Marine et de son gang, signifiait que la France est un peu plus radicale aujourd’hui un peu plus communautaire à tous les niveaux, je plaisantais mais aujourd’hui je ris jaune.

Je ne reconnais plus le pays où j’ai grandi, je ne sais plus à qui m’adresser, les gens aux terrasses de cafés prennent des positions islamophobes, racistes, et antisémites ouvertement. Le racisme s’est complètement décomplexé, et chacun revendique son droit à “l’opinion.”

Peut-être nos sociétés ont trop essayé de réprimer les voix de la dissension identitaire au nom d’un idéal collectif qui nous saute à la gueule aujourd’hui, je le crois bien, mais ça ne change rien, tout le monde aujourd’hui est victimisé et se sent abandonné par la France.

J’ai besoin que Marianne (ou Marion Marechal Le Pen) me prenne dans ses bras et me laisse reposer la tête sur son sein, parce que j’ai vraiment besoin d’un câlin.

Enfin, une synagogue a encore été vandalisée le 1er janvier 2015. Bonne année à tous… et je me suis retrouvé à débattre sur Facebook avec des amis, qui blâment la communauté musulmane et arabe, malgré le fait qu’une croix gammée ait été peinte sur le mur.

Je ne suis pas naïf, n’importe qui peut blâmer n’importe qui et dessiner n’importe quoi, au final l’acte demeure, et les conséquences de son impunité.

Alors je me suis dit, à l’instar d’Esther et de son micro-trottoir vidéo, que j’allais faire le mien et rencontrer des membres de la communauté juive parisienne de façon aléatoire, et recueillir leur impressions sur l’antisémitisme contemporain, ce que c’est d’être juif aujourd’hui, l’avenir de la communauté juive en France, et sur les causes de ce regain d’antisémitisme, les réponses sont simples mais viennent du cœur.

Charlotte-  Vendeuse

Charlotte est inquiète, elle n’est pas pratiquante, très jolie, un piercing au menton, et m’a dit qu’elle n’était pas juive mais que toute sa famille l’était, et qu’ils passaient parfois leurs congés en Israël. Cela m’a rappelé ce qu’avait dit un autre ami Franco-israélien, sioniste et fier de l’être : que l’on soit religieux ou non, on en est pas moins Juif aux yeux du monde.

L’immeuble où elle a emménagé récemment avait une Mezouza à l’entrée, on l’a prévenu que cela pourrait faire d’elle une cible.

Elle est consciente des menaces qui pèsent sur la communauté, mais elle est aussi Française et ne pense pas que la communauté musulmane soit la cause de la vague d’antisémitisme qui sévit en France, elle conçoit qu’il y a des éléments plus radicaux parmi les groupuscules musulmans, mais que l’antisémitisme en France est malheureusement plus large que cela.

Elle soutient les déclarations de la Primature et de la Défense, qui ont promis de faire de l’antisémitisme une grande cause nationale, mais souhaiterait que cet humanisme soit étendu aux autres religions aussi, et rappelle que la France est un pays laïc, et que les valeurs communes nous rapprochent avant tout.

Quoi qu’il en soit la communauté juive est là pour rester, elle est Française aussi.

Yaakov – Etudiant pour être Rabbin

Yaakov avoue ne pas se préoccuper particulièrement de ces questions, barbu, la quarantaine, chapeauté et sympathique il m’a dit qu’être Juif en France, c’est être un exemple de bon citoyen, et qu’il entend parler de ces attaques mais qu’il ne ressent pas de regain d’antisémitisme dans son quotidien, ni d’inquiétude particulière pour la communauté au sens large.

Etudiant en Talmud, il ne pense pas non plus que l’antisémitisme en France soit particulièrement lié à l’islam, mais a un fond plus ancien, et qu’au contraire selon lui, il a toujours eu de très bons rapports avec la communauté musulmane.

Yaakov est un homme religieux, qui accueille les déclarations de Valls et de Cazeneuve, mais que cela reste de la politique, et que cela n’est pas son jeu, mais que si l’on permet à la communauté juive de vivre son judaïsme elle est un facteur de rapprochement et d’unité. Cela s’applique également aux autres communautés.

La communauté juive est forte selon lui, et l’avenir des Juifs de France se situe bien en France.

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Ce ne sont que deux personnes, et je suis sur que les personnes que je devais rencontrer le lendemain auraient surement dit des choses différentes, même si les événements avaient été différents.

L’opinion de la communauté juive de France est divisée, et plus encore maintenant, mais nous sommes avec vous.

On est ensemble, comme on dit en Afrique.