Le 24 novembre 2016, la DGCCRF (sous l’autorité directe du ministère de l’Economie et des Finances) publiait un « Avis aux opérateurs économiques relatif à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967 » reprenant à son compte la notice interprétative de la Commission européenne datée d’un an plus tôt.

Dans son communiqué, la Commission précisait qu’il s’agissait avant tout d’une mesure « technique » visant à informer les consommateurs européens.

D’aucuns auraient souligné le caractère idéologique de la « mesure technique » mais ce ne serait pas très politiquement correct.

En effet, la « communication interprétative » de la Commission européenne commence par rappeler que « l’Union européenne ne reconnaît pas la souveraineté́ d’Israël sur les territoi­res qu’il occupe depuis le mois de juin 1967, à savoir le plateau du Golan, la bande de Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et ne considère pas que ceux-ci font partie du territoire d’Israël » et précise que les produits issus des « colonies de peuplement » devront être estampillés « produit originaire du plateau du Golan » ou « produit originaire de Cisjordanie » avec en plus la mention « colonie israélienne ».

On passera sur la nullité crasse des instances européennes qui estiment encore en 2015 que la bande de Gaza est un territoire occupé par Israël alors que plus un seul israélien ne s’y trouve depuis 2006.

On notera en revanche l’opiniâtreté de la DGCCRF à faire apparaître la mention « colonie israélienne » sur l’étiquetage. Et revoilà ce passé qui décidément ne passe pas. Pour qu’une certaine partie de sa population cesse enfin de lui reprocher sa politique coloniale d’antan, et probablement aussi par opportunisme électoral, la France et son gouvernement se complaisent à stigmatiser Israël dont les implantations seraient des « colonies ».

Comparaison n’étant pas raison, on rappellera que lorsque la France menait ses politiques coloniales, les motivations principales étaient la mission « civilisatrice » (qui inclut l’évangélisation des populations indigènes) et la captation des débouchés économiques. La politique coloniale imposait alors la soumission militaire des territoires et des populations conquises et la mise en place de systèmes politico-juridiques comme la colonie (l’Algérie), le protectorat (le Maroc) ou le mandat (le Liban).

Or ce n’est pas, loin s’en faut, la position d’Israël en Judée-Samarie (appellation officielle dans la résolution 181 de l’ONU). En effet, et surtout depuis les Accords d’Oslo 2, la Judée-Samarie est découpée en trois zones et la totalité des implantations israéliennes sont situées dans les zones sous administration israélienne. Ces Accords prévoyaient que cette répartition de la Judée-Samarie durerait jusqu’à un accord final entre les parties, ce qui n’est toujours pas le cas.

On ne voit pas bien, dans ces conditions, sur quoi se fondent le Parlement Européen, la Commission européenne et désormais la DGCCRF pour imposer l’étiquetage des produits fabriqués dans la zone C de Judée-Samarie laquelle se trouve sous contrôle total d’Israël (civil, administratif, militaire, aménagement du territoire…).

Par ailleurs, on observera que l’UE, avide d’un rôle à jouer au Moyen-Orient, était signataire des Accords d’Oslo en qualité de témoin, qu’elle est – à ce titre – tenue par cet engagement et notamment par l’interdiction faite aux parties de modifier le statut de la Judée-Samarie avant l’achèvement des négociations relatives au statut permanent. Dès lors, ces initiatives sans cesse renouvelées pour faire pression sur Israël constituent une violation de ses propres engagements, ce dont plus personne ne s’émeut.

Le choix du terme « colonie » est donc employé à dessein dans un sens politique et péjoratif bien qu’il ne corresponde ni à la réalité du terrain ni à la réalité historico-juridique, les « territoires occupés » étant tout au plus des territoires disputés dont certains, et non pas tous, sont sous administration israélienne.

Ceci étant posé, on ne peut s’empêcher de relever à nouveau la détestable habitude qu’ont pris certains à appliquer à Israël un standard différent des autres nations.

La France, par la voix de la DGCCRF, s’indigne donc de l’annexion du plateau du Golan et de Jérusalem-Est, territoires conquis lors d’un conflit armé perdu par 3 armées arabes contre Israël. Pourquoi pas.

Mais dans ce cas, comment expliquer l’extrême discrétion, pour ne pas dire l’excessive pudeur, de tous ces indignés entre 1948 et 1967 lorsque la Judée-Samarie était annexée par la Jordanie, les synagogues de Jérusalem-Est saccagées et le Kotel (le mur Occidental) utilisé comme urinoir public.

Comment justifier que depuis le début de ses relations diplomatiques avec la Chine en 1964, la France reconnaît que le Tibet en fait partie intégrante. Comment comprendre ce silence assourdissant face à la politique de sinisation forcée du Tibet via l’assimilation culturelle, linguistique et cultuelle et l’installation en masse de populations chinoises depuis son occupation militaire en 1950. Que répondre aux indépendantistes qui dénoncent une politique meurtrière menée par la Chine qui aurait fait plus d’1,2 million de morts.

A quand l’avis de la DGCCRF sur les « marchandises issues des territoires tibétains occupés par la Chine depuis 1950 » ?

Faut-il aussi évoquer l’occupation militaire de la partie nord de Chypre par la Turquie depuis 1974 que l’Union européenne ignore sans rougir de honte alors que la République de Chypre dispose d’un siège à l’ONU et est membre de l’UE depuis 2004.

On pourrait également citer le Haut-Karabagh, le Sahara Occidental et les 200 autres conflits territoriaux dans le monde et demander à l’UE et à la DGCCRF ce qu’elles en pensent. Ou pas.

Ces considérations géopolitiques mises à part, on s’interrogera sur le double, et trouble, jeu de l’Etat français et de son gouvernement actuel. Prétendre lutter contre le boycott et donner parallèlement les moyens légaux d’opérer ces discriminations laisse perplexe et souligne à nouveau, s’il en était besoin, la posture hypocrite de la France et l’UE.

Si c’est de cette façon que la France espère imposer une conférence israélo-palestinienne pour la paix, la colombe n’est pas près de voler au-dessus de Jérusalem.