Au Jardin d’Eden, le quartier réservé aux rois d’Israël est un quartier on ne peut plus résidentiel. Le confort y est… paradisiaque ! Rien ne semblait devoir troubler la quiétude éternelle de l’endroit lorsque, reconnaissable entre mille, retentit la voix du roi David. Pas de doute, c’était celle des mauvais jours : « Shlomo ! Peux-tu m’expliquer ce que signifie ceci ? » La sagesse de l’homme qui savait parler aux chevaux comme aux lions, était à nouveau sollicitée par son père, comme chaque fois que, sur la terre des hommes, la conduite des enfants d’Israël le mettait hors de lui.

« De quoi s’agit-il cette fois ? », s’enquit le roi Salomon qui, comme tout le monde ici, redoutait les colères de David. Contrairement au prophète Amos qui manifestait sa colère dès qu’on apprenait que les inégalités sociales s’étaient encore accrues, contrairement aussi au prophète Elie, qui lui, se manifestait dès que le chabbat était publiquement profané, l’auteur des Psaumes tonnait lorsque quelqu’un touchait à la Terre d’Israël ou osait bafouer le serment de fidélité obstinément renouvelé, de génération en génération envers sa Cité, envers Jérusalem !

C’est donc avec une certaine appréhension que Salomon tendit la main pour lire le papier que lui tendait son père.

– Ah ça ? Mais c’est la nouvelle résolution de l’Unesco, dit le plus sage des hommes sur le ton naturel de celui qui cherche de toute évidence à calmer le jeu.

– Je sais lire, dit le roi que la réponse de son fils semblait loin d’avoir calmé Je te demande de me dire qui est cet Unesco pour se permettre de nier les liens qui unissent mon peuple à ma Ville ?

Salomon parcourut rapidement des yeux la résolution. « Un organisme culturel de l’ONU situé à Paris. Rien de bien nouveau. Pas de quoi se scandaliser! »

– Pas de quoi se scandaliser ?! Ecoute ça : « Israël est une puissance occupante illégale a Jérusalem-Est, comme dans les autres villes de Cisjordanie. L’annexion de la ville est nulle et non avenue ! » Une puissance illégale ?! Que des juifs construisent et habitent à Jérusalem ? À Beth-Lehem ? A Hebron ? Illégal ?!

David qui était né à Beth Lehem, avait été couronné à Hebron et avait fait de Jérusalem sa capitale, était hors de lui. « Et d’abord où est-elle cette Jérusalem–Est ? Je ne connais qu’une seule Jérusalem et elle n’est ni à l’est, ni à l’ouest ! Elle est où je l’ai laissée, délimitée par le mont des Oliviers, le mont Scopus avec en son sein le Mont du Temple!

– La Torah sortirait-elle de Paris et la parole de Dieu des bords de la Seine ?!, fulmina encore le Psalmiste.

Rabbi Yehouda Halevy et Nahmanide tentèrent de rassurer David en chantant les louanges de la Ville Sainte. En vain.

C’est alors que le bon Rabbi Levy Itshak de Berditchev s’écria : Majesté ! Ecoutez !

Le jardin redevint silencieux. Tous prêtaient l’oreille à la clameur qui montait des murailles Des milliers, des dizaines de milliers de juifs, venus de la place de Sion et de la rue Ben Yehouda s’approchaient maintenant de la porte de Jaffa et de celle de Shekhem.

– Nous sommes le 28 Iyar, rappela le Rav Kook, qui chaque année, célébrait le même jour l’anniversaire de sa propre Alyah C’est le Yom Yeroushalayim !

Le visage de David donna enfin des signes d’apaisement. La foule qui célébrait 50 ans de retrouvailles avec la Vieille Cité l’avait rassuré. Les diplomates de l’Unesco semblaient tout à coup bien loin et bien inoffensifs: visiblement, ils ne faisaient pas le poids.

Alors, dans un sourire, David s’adressa à Jonathan :

– S’il te plait, apporte-moi ma harpe. Je vais les accompagner…