Comment reconstituer l’histoire de Jérusalem alors que son sol a été bouleversé par tant de conquêtes et de destructions ? L’histoire de la ville se dévide devant le visiteur qui passe devant une tour hérodienne jouxtant une église du temps des Croisades, une rue romaine, des minarets et des synagogues.

Mais les trésors que la ville renferme sont pour la plupart encore enfouis en son sol et constituent un défi archéologique relevé avec patience et professionnalisme ces dernières décennies. Les fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour des fortifications cananéennes, des fondations hérodiennes, des murailles judéennes, macchabées et byzantines, des tours, des aqueducs, des rues romaines, des palais hérodiens et omeyyades, des synagogues, des églises de l’ère byzantine ou de celle des Croisades.

Les méthodes de fouilles ont évolué. Au siècle dernier, on forait des puits pour se rendre à des couches plus anciennes. Aujourd’hui, on déblaie soigneusement en notant la position exacte des artefacts qui sont ensuite analysés en laboratoire pour être datés et enregistrés dans des bases de données.

Chaque année depuis 2004, près de 20 000 volontaires du monde entier supervisés par des archéologues, déterrent, nettoient et classifient un nombre impressionnant d’artefacts enfouis dans des couches historiques enchevêtrées depuis près de quatre millénaires : tessons de céramique, talismans, pierres de valeur, bijoux en agate, cornaline ou cristal de roche, boucles d’oreille, chevalières, pièces de monnaie, sceaux des rois de Judée, statuettes, vaisselle de terre cuite et de pierre taillée, carafes à vin, bols, bouteilles de parfum, lampes à huile, récipients, pointes de flèches, ossements, ivoire, verre, faïence ainsi que des restes de murs ou d’escaliers.

Le déchiffrement d’inscriptions partielles ou entières en cunéiforme, hiéroglyphe, paléo hébreu, grec, latin, arabe et hébreu est suivi avec émoi dans le monde entier.

La cité de David dans l’Ophel au Sud du mont du Temple a révélé un grand nombre d’artefacts et notamment de terrasses compartimentées avec des murs de pierre de l’époque du roi David. En se fondant sur la datation de la poterie, Eilat Mazar a pu identifier le long de la muraille sud de l’esplanade du Temple des blocs massifs datant du Xe siècle avant l’ère courante.

Des minimalistes ont voulu dénigrer l’historicité de la ville du fait que la superficie des bâtiments attribuables à l’époque des rois David et Salomon est relativement modeste, oubliant que les Hébreux de cette époque étaient essentiellement des laboureurs et des pasteurs. La continuation de l’Ophel est le mont du Temple que les archéologues israéliens ne peuvent fouiller.

Par contre, le Waqf islamique responsable de l’esplanade du Temple a déterré au bulldozer une énorme crevasse pour construire une mosquée souterraine causant un dommage inestimable pour l’étude du passé de la ville et de l’histoire de l’humanité. Certains musulmans nient le passé juif de la ville et de l’Esplanade du Temple. Le nom arabe de Jérusalem fut Iliya –du nom Aelia Capitolina – donné par l’empereur romain Hadrien – puis ensuite Al-Qods ou Bayt-Al-Maqdis c’est-à-dire la Sainte ou le Temple – noter la similarité avec les noms hébraïques de Har hakodesh et de beth Hamiqdash.

Cananéens, Égyptiens, Hébreux, Assyriens, Babyloniens, Perses achéménides, Grecs, Romains, Byzantins, Perses Sassanides, Arabes, Croisés, Mongols, Mameluks, Ottomans et Britanniques ont laissé leur trace. La ville a été restaurée après avoir été maintes fois détruite et les religions monothéistes inspirées de la Bible donnent une signification religieuse à la pléthore de sites qui meublent la ville : plus encore, ils en éprouvent des transports intenses de par la puissante dimension émotionnelle du texte biblique. Les Juifs reviennent au mont du Temple à Jérusalem ; les chrétiens y superposent une Jérusalem céleste ; les musulmans s’y imposent.

La possession des lieux saints a changé au cours de l’histoire mais ils symbolisent une dimension spirituelle qui perdure.