La centralité de Jérusalem
Huitième partie – Les lieux saints

La vieille ville de Jérusalem comprend le Mur des Lamentations, le Saint Sépulcre et le Dôme du Rocher. Bien des reconversions de mosquées en églises et vice-versa sont survenues au cours de l’histoire. Il n’en demeure pas moins qu’à ce jour, la liste des édifices et des établissements de différentes dénominations est très vaste.

Durant la période de souveraineté ottomane, le patriarcat grec orthodoxe de Constantinople est en charge des lieux saints chrétiens. Les conflits avec le clergé local, les communautés religieuses et notamment le clergé latin sont souvent virulents. Les lieux saints ou des portions de lieux saints changent de main plusieurs fois, les firmans ottomans se vendant au plus offrant.

À l’intérieur des murailles, la ville est divisée en 4 quartiers : arménien, chrétien, musulman et juif. Au XIXe siècle, Les puissances étrangères établissent à Jérusalem des consulats généraux qui dépendent de leur pays respectif, et non de leur ambassade à Constantinople.

Pour les Juifs en exil, la synagogue représente un petit sanctuaire (Ézéchiel 11-16) ; au cours de l’histoire, Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade seront des villes de pèlerinage ou d’immigration juive. Si l’on se rapporte à l’évangile de St-Jean (4-15 à 4-24), Jésus aurait affirmé que Dieu ne doit être adoré ni à Jérusalem ni à Garizim – lieu saint des Samaritains – mais en esprit et en vérité. Néanmoins, au quatrième siècle, les lieux saints de la Terre sainte deviennent des lieux de pèlerinage ; Rome et Constantinople deviennent des villes saintes pour la chrétienté. Pour les musulmans, la dévotion se fait en direction de La Mecque (Coran 2-144 à 2-150).

Les lieux saints juifs comprennent l’Esplanade du Temple et le Mur des Lamentations, le tombeau du roi David et le cimetière du mont des Oliviers, lieu de résurrection des morts dans les temps futurs. Les vestiges des temps bibliques en font renaître le texte. Les traces du passé historique national juif plusieurs fois millénaire, des institutions religieuses des yéshivoth ou les anciennes synagogues de la Vieille ville, sont également des lieux vénérés.

Les lieux saints chrétiens retracent les pas de Jésus : l’église Sainte-Marie-Madeleine érigée par le tsar Alexandre III sur le Mont des Oliviers en 1885, l’église du Pater Noster, l’église des Nations, le cénacle sis au-dessus du tombeau du roi David, l’église de la condamnation, le jardin de Gethsémani où Jésus et les apôtres prièrent avant la crucifixion, l’église de la flagellation, la Via Dolorosa, le St-Sépulcre, l’église de l’Ascension, l’église de la Dormition ou Marie passa sa dernière nuit, l’église de Ste-Anne mère de Marie et l’église de St-Pierre. S’ajoutent à cette liste des monastères, des couvents, des hospices et des hôtelleries tout comme notre Dame de France.

Les lieux saints musulmans comprennent la Mosquée d’Al-Aqsa et le dôme du Rocher (la mosquée d’Omar) sis à l’emplacement même du Temple juif. Il y a également un attachement aux vestiges historiques et aux institutions religieuses tels les couvents soufis, les minarets, les madrasas et les fontaines d’ablution de l’époque mameluk. Le nom arabe de Jérusalem fut Iliya –du nom Aelia Capitolina donné par l’empereur romain Hadrien – puis ensuite Al-Qods ou Bayt-Al-Maqdis c’est-à-dire la Sainte ou le Temple – noter la similarité avec les noms bibliques de ‘ir hakodesh et de beth Hamiqdash.

Les résolutions onusiennes stipulent leur opposition à toute modification du statut de Jérusalem sans préciser à quel statut elles font exactement référence et se prononcent pour l’accès libre aux lieux saints. Durant la période de souveraineté jordanienne, les tombes juives du mont des Oliviers sont profanées et les Juifs n’ont pas accès aux lieux saints. Cette situation perdure jusqu’à l’avènement de la souveraineté israélienne.

Mais le mont du Temple est le théâtre de heurts intermittents : en 1967, les autorités rabbiniques israéliennes refusent de mettre les pieds dans le mont du Temple car la tradition veut que cela doive se produire aux temps messianiques. Le mont du Temple est confié au Waqf, autorité religieuse islamique. Mais ces dernières années, les messages de haine qui y sont proférés, la destruction des vestiges du passé juif de ses soubassements, combinés à la frustration des Juifs qui ne peuvent y prier créent une situation explosive.

Au cours de l’histoire, les rivalités religieuses des différentes dénominations ont montré qu’elles n’ont pas toujours été à la hauteur de Jérusalem qui signifie vision de paix. L’esprit œcuménique d’Abraham qui s’est joint en prière à Melchisédech prêtre du dieu suprême, est trahi.

Indépendamment des aléas politiques, la sérénité des cœurs et le respect de la foi d’autrui sont plus que jamais requis pour que s’accomplisse l’harmonie. Toutes les religions monothéistes trouvent en Jérusalem une dimension d’élévation spirituelle et de sainteté qui imprègnent le plus profond de leur âme. Le respect de la spiritualité de l’autre inclut le respect de son passé. Son dénigrement engendre du fanatisme et des passions incontrôlables.

Les paroles du psalmiste « Qui montera sur la montagne de Dieu? Celui qui a les mains propres et le cœur pur (Psaumes 24-4) » pourraient inspirer les amants de Sion afin que s’accomplisse la vision de la paix.
« Ma maison sera une Maison de prières pour toutes les nations (Isaïe 56-7). »