Cinquième partie – La cité trois fois sainte

Lorsque l’empereur Constantin légalise le christianisme dans l’Empire romain au IVe siècle de l’ère courante, sa mère Hélène entreprend de restaurer les lieux saints de Jérusalem. Ordre est donné d’abattre un temple dédié à Jupiter et Vénus, et de mettre à jour le Golgotha enfoui sous les décombres et d’y ériger la basilique du Saint-Sépulcre à l’endroit où le corps de Jésus fut déposé après sa mise en croix.

Depuis, les reliques attribuées au Christ sont précieusement conservées et vénérées. Pour marquer la supériorité de l’Église sur la synagogue, Hélène fait recouvrir le mont du Temple d’immondices. L’empereur Julien dit l’apostat promet de reconstruire le Temple de Jérusalem mais ce projet est avorté lorsque l’empereur Théodose fait de la religion chrétienne la religion d’empire.

Dans la première moitié du VIIe siècle, les Perses sassanides envahissent la Terre sainte, prennent Jérusalem. La ville est mise à feu, les lieux saints chrétiens sont détruits et les chrétiens sont déportés en Perse. Les Byzantins repoussent les Perses.

Durant la période d’hégémonie perse, la souveraineté sur Jérusalem aura été confiée pendant trois ans aux Juifs alliés des Perses. Plus d’un siècle de guerres perso-byzantines ont épuisé les belligérants et l’invasion arabe progresse rapidement. Sur l’esplanade du Temple, la mosquée d’Al-Aqsa d’où le prophète Mahomet se serait élevé au ciel au cours d’un voyage nocturne devient pour l’islam le troisième lieu saint en importance après La Mecque et Médine.

La mosquée d’Omar ou dôme du rocher est bâtie à l’emplacement même du Temple juif. Elle veut de ce fait assumer la suprématie de la nouvelle religion qu’est l’islam : elle se distingue du St-Sépulcre par sa majesté et, depuis 720, il est interdit aux Juifs d’y prier.

Au XIe siècle, l’Empire byzantin perd l’Asie Mineure au profit des Turcs seldjoukides. Ces derniers harcèlent et détroussent les pèlerins chrétiens et le pape Urbain II lance un appel aux armes à la chrétienté.

Les Croisés qui se sont livrés à des massacres et des spoliations des Juifs alors qu’ils étaient en route vers la Terre sainte, exterminent les Juifs et les Musulmans de Jérusalem. Ils fondent le Royaume latin de Jérusalem au XIIe siècle. Le dôme du Rocher est converti en une église nommée Templum Domini et la mosquée Al-Aqsa devient alors le palais royal.

Lorsque Jérusalem fut conquise par les Croisés en 1099, il fut interdit aux Juifs et aux musulmans d’y résider. Cet interdit fut maintenu une quarantaine d’années. En 1187, le sultan Saladin déloge les Croisés de Jérusalem et met en esclavage ceux qui ne peuvent payer leur libération.

Ainsi prend fin le royaume chrétien de Jérusalem – celui de St-Jean d’Acre se maintiendra encore un siècle de plus grâce aux renforts reçus durant des croisades ultérieures. Saladin négociera par la suite l’accès à Jérusalem pour les pèlerins chrétiens.

Quant aux Juifs, ils ne pourront prier dans l’aire du Temple, mais seulement au mur des Lamentations et dans une petite cavité qui se trouve dans son prolongement à la distance la plus proche du Saint des Saints du Temple de Salomon.

De la lointaine Espagne, les paroles du poète médiéval Yehuda Halévi se propagent dans le monde juif : « Mon cœur est en Orient et je me trouve en Occident… Si seulement je pouvais m’envoler sur des ailes d’aigle et mêler mes larmes à ta poussière… Je restaurerai et embrasserai tes pierres qui goûteront mieux que le miel… Sion, t’enquerras-tu du salut de tes prisonniers ?… Rêvant de la fin de la captivité, je suis une harpe pour tes chansons »

La ville de Jérusalem passe ensuite aux mains des Mameluks d’Égypte puis à celles de l’Empire ottoman en 1517.