Quatrième partie – Jérusalem terrestre et Jérusalem céleste.

À la fin du IVe siècle, Alexandre le Grand renverse la superpuissance perse et domine l’Orient ancien. À sa mort, ses généraux se partagent son empire et la Judée devient l’enjeu des rivalités des dynasties des Ptolémée d’Égypte et des Séleucides de Syrie. Au sein de la société judéenne, hellénisants et traditionalistes s’opposent.

Au second siècle, lorsque le roi séleucide Antiochus veut imposer le culte de Zeus dans le Temple de Jérusalem, la révolte des Macchabées met en déroute les armées séleucides bien plus puissantes et la Judée devient indépendante.

La fête de Hanoukka célèbre jusqu’à ce jour la lutte contre la tyrannie des cultes imposés et la consécration du Temple. Une nouvelle dynastie des Hasmonéens règne en Judée. Appelé pour s’immiscer dans une guerre entre princes hasmonéens, le général romain Pompée rentre dans la ville et depuis, la présence de Rome s’impose. Rome intronise Hérode comme roi de Judée.

La Judée hellénisée se latinise. On entreprend de romaniser le pays en y bâtissant des villes telles que Césarée ou Tibériade en l’honneur des empereurs romains Auguste et Tibère.

Hérode a fait de Jérusalem un joyau architectural. Les reflets lumineux de l’immense édifice du Temple recouvert de marbre et d’or éblouissaient tous ceux qui approchaient la ville. Rome règne d’une main de fer alors que les Judéens sont alors divisés en courants idéologiques : l’aristocratie conservatrice des Saducéens, la mouvance des Pharisiens qui interprètent plus souplement les Écritures, le mouvement ultra-nationaliste des Zélotes et la toute petite minorité des Esséniens qui vivent en ermites pour se consacrer à une vie purifiée de toutes les tensions et ambitions politiques des Hiérosolymites.

Rome exige la soumission totale des pays conquis et traite d’une manière impitoyable toute velléité de rébellion. Mais la révolte des Judéens contre Rome gronde. Zélotes et modérés s’affrontent alors même que les légions romaines envahissent le pays.

Rome détruit Jérusalem et son Temple et exile ses habitants. Jésus a livré un message qui s’est popularisé, mais qui a dérangé l’establishment. Il invite à croire en lui et à sa résurrection et les actions de foi suivront. Ses adeptes se multiplient. Son message est amplifié par les apôtres et St-Paul le propage en simplifiant les commandements destinés à Israël, peuple de l’Alliance. Il va plus loin en soutenant que le péché et la convoitise émanent des commandements et des interdits. À l’opposé, le judaïsme valorise les bonnes actions plus que toute intention ou profession de foi. L’écart entre les approches juive et chrétienne va aller grandissant.

Une dernière révolte judéenne est écrasée dans le sang au début du second siècle de l’ère courante. La ville est rasée et le gouverneur romain y fait passer une charrue pour en labourer la surface. L’empereur Hadrien rebâtit la ville dévastée qu’il nomme Aelia Capitolina et fait ériger un temple de Jupiter sur le site du Temple juif.

De la ville judéenne il ne reste plus qu’une muraille de soutènement de l’esplanade du Temple : le mur occidental dit Mur des lamentations et un vœu répété durant des millénaires par les exilés de Judée : « l’an prochain à Jérusalem. »

Les premiers chrétiens sont persécutés par Rome mais la vision d’amour et de paix devient religion dominante. La vision de justice et de paix devient religion d’exil. Jérusalem devient le lieu où le pèlerin chrétien retrouve ses origines spirituelles en y suivant les pas de Jésus jusqu’à sa mort. Pour les premiers Chrétiens, les lieux saints sont ceux qui ont été sanctifiés par les évènements.

Pour les Juifs, la Jérusalem terrestre est intimement liée à la Jérusalem céleste. L’ultime rédemption messianique passe par la reconstruction de la Jérusalem terrestre.

Durant près de deux millénaires d’exil, les Juifs ont porté sur eux leur patrie portative : la Bible et sa vision de rédemption nationale et universelle.