La manifestation « pour la séparation du CRIF et de l’Etat » qui se tiendra samedi 1er avril à Paris (ce n’est hélas pas un poisson d’avril…) est l’occasion de revenir sur l’origine de cette organisation radicale et sur ses fondateurs, dont j’avais retracé il y a quelques temps le parcours.

CAPJPO : officiellement, ce sigle veut dire « Coordination des Appels pour une Paix Juste au Proche-Orient ». Mais derrière ce sigle anodin se cache en fait un groupuscule pro-palestinien, hyperactif et radical, qui manifeste régulièrement sous les drapeaux du Hamas, et dont le discours vise à criminaliser et nazifier l’Etat d’Israël et le sionisme.

Olivia Zemor, une haine des Juifs confinant à l’obsession

La CAPJPO a été créée en 2002 par deux journalistes, militants du mouvement trotskyste Lutte ouvrière, Olivia Zemor et Nicolas Shahshahani *.

Le parcours d’Olivia Zemor et de son organisation permettent de comprendre les ressorts du militantisme propalestinien en France aujourd’hui, ses succès et ses échecs **.

Zemor, 60 ans, a été journaliste à l’AFP, spécialiste des sujets médicaux (elle a publié un livre sur le Sida en 1985), Elle a ensuite créé sa propre agence de presse médicale, l’APM Médias.

Mais depuis 2002, sa principale activité est le militantisme pro-palestinien, au sein de la CAPJPO et de l’éphémère liste EuroPalestine. Récemment, Olivia Zemor et son mari ont ouvert une librairie, « Résistances », spécialisée dans les ouvrages militants pro-palestiniens, alter-mondialistes et anti-colonialistes.

Dès sa création, la CAPJPO a multiplié les prises de position et manifestations hostiles à Israël, au sionisme et à la communauté juive en France, prenant notamment pour cibles le CRIF, l’UPJF, l’ABSI, la LDJ ou le Betar.

En juin 2004, l’association et sa présidente, Olivia Zemor, ont initié une liste aux élections européennes, sous le titre « EuroPalestine ». Sur cette liste figuraient, outre celui de Zemor, les noms du bateleur antisémite Dieudonné, et celui du Dr Christophe Oberlin (voir photo).

Malgré un relatif succès électoral (50 000 voix), la liste n’a pas atteint les résultats escomptés. Mais elle a surtout été l’occasion de déchirements et d’affrontements au sein du milieu associatif pro-palestinien en France, dus à la fois à des problèmes de personne et à des conflits idéologiques et stratégiques.

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Ainsi, l’écrivain Alain Soral, qui avait soutenu la liste EuroPalestine, a publié un article sur le site musulman Oumma.com, dans lequel il reprochait à la CAPJPO « d’importer la seconde Intifada en banlieue et de faire passer les Français originaires d’Afrique et du Maghreb pour la cinquième colonne du Hamas… »

De son côté, le militant Robert Kissous reprochait à la CAPJPO de s’être entourée de « personnages douteux » comme Alain Soral ou Taoufik Mathlouti, patron de la station Radio Méditerrannée (souvent épinglée par le CSA pour ses nombreux dérapages antisémites) et créateur du « Mecca-Cola »…

Les mauvaises fréquentations de la CAPJPO ont aussi été critiquées par le militant antisioniste radical Michel Warshawski, lui-meme condamné pour soutien au mouvement terroriste F.P.L.P!

Une volonté hégémonique

L’épisode EuroPalestine est révélateur des clivages apparus au sein de la mouvance propalestinienne en France. Ceux-ci tiennent pour beaucoup à la personnalité d’Olivia Zemor : (ancienne) militante trotskyste, elle a tendance à vouloir accaparer le pouvoir, comme l’a bien compris le militant R. Kissous, qui dénonce dans les colonnes de Politis la « volonté hégémonique » de la CAPJPO.

Plus profondément, la tactique populiste, visant à faire des banlieues le réservoir de troupes du militantisme pro-palestinien en France, ne séduit pas tout le monde.

A cet égard, la stratégie de la CAPJPO et d’EuroPalestine rentre en conflit avec celle d’autres associations plus anciennes, comme l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), ou même avec celle de la représentation diplomatique palestinienne en France, dirigée à l’époque par Leila Shahid.

Celle-ci a vite compris le potentiel destructeur que représentait Europalestine, qui allait donner une coloration « communautariste » et extrémiste à une cause que la diplomatie à longue haleine de l’OLP avait réussi à placer au coeur de la politique française. 

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Malgré les clivages et les déchirements internes, la CAPJPO n’a pourtant pas disparu. Il semble donc que la stratégie extrémiste de ses dirigeants se soit avérée payante à long terme.

Au cours des dernières années, on constate une radicalisation du discours et des actions. On en donnera pour exemples la thématique de la Shoah, retournée systématiquement contre Israël (nazification de l’Etat hébreu) et les provocations d’Olivia Zémor, qui n’hésite pas à publier sur Internet une vidéo de « menaces » (apparemment mises en scène) dont elle prétend avoir été victime…

Pendant la guerre contre le Hamas à Gaza, la CAPJPO a toutefois été dépassée en extrémisme par d’autres associations, comme le « Collectif Cheikh Yassine », dont les manifestations bruyantes et les slogans en arabe, proférés sous les drapeaux du Hamas dans les rues de Paris, ont semble-t-il paru trop « voyants » aux yeux de la très extrémiste Olivia Zemor..

Preuve que l’on trouve toujours plus extrémiste que soi… Surfant sur le conflit israélo-arabe et attisant la haine d’Israël et des Juifs dans les banlieues françaises, agissant toujours à la limite de la légalité (le boycott est réprimé par le droit français), la CAPJPO continue d’agir en toute impunité.

Jusqu’à quand ?

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* Ce dernier, beaucoup plus discret que sa femme, est le frère de Volodia Shahshahani dit « Volo », ancien de la Gauche Prolétarienne, groupuscule maoïste dirigé par Benny Levy.

** A lire sur le sujet, Albert Naccache, Contre Israël, De l’amour de la Palestine à la haine des Juifs, Editions Cheminement 2008.