Les sociologues appellent les Juifs très assimilés, les Juifs de Kippour. Un jour, lors d’un colloque, j’avais forgé une expression : j’avais dit que chez les Tunes on les appellerait les Juifs de la Seoudat Ytro – la fête des garçons – et de Roch hodech elbnat -la fête des filles.

Pourquoi cette expression car chez les Tunes on tient énormément à la tradition, aux coutumes, c’est ce dernier fil rouge qui les relient au judaïsme…

Ainsi, à Pessah, à un moment de leur histoire, les Tunes ont été obligés de manger du riz, et bien, ils ont fait de cette coutume une loi. Les rabbins leur disaient : el minhag yerlebe el dine qui veut dire la coutume a force de loi.

Une fois que vous savez cela, vous comprendrez que pour les Tunes qui ont célébré Kippour à Tunis, en Tunisie, le moment le plus fort était, au moment de la neila (dernière et cinquième prière juive du jour du pardon, Yom Kippour), la birkaat cohanim sous le taleth familial.

On se retrouvait tous, avec nos beaux habits, sentant la main paternelle, se retrouvant des fois après s’être bagarrés, frères et soeurs, dans une magie unique d’émotion, de sérénité et d’un bonheur tel qu’il représente notre madeleine, notre paradis perdu.

La Méditerranée traversée, cette coutume continua à être conservée avec un rare bonheur jusqu’au moment où la communauté juive française devint plus orthodoxe et ils décidèrent pour les Tunes que c’était la loi qui primait.

Et c’est un combat dans certaines synagogues qui verra, hélas, la disparition de ce moment d’éternité, dilemme véritable.

Dans Regards sur les Juifs de Tunisie, paru chez Albin Michel, que j’ai écrit avec Robert Attal, à la page 20, nous avons publié une photo datant de 1955, montrant sur le parvis de la Grande synagogue de Tunis, la birkat cohanim illustrant la réalité juive en Tunisie.

On est en droit de se demander si tous les grands rabbins et sages de Tunisie ont laissé perpétuer cette belle coutume, n’est-ce pas insulter leurs mémoires que de supprimer ce fil tenu, qui pour de très nombreux Tunes est le dernier lien avec la communauté.

C’est une grande responsabilité qu’ont prise certains rabbins en oubliant que le minhag, la coutume, a force de loi tout au long de l’histoire. Je vous dis, que moi, à ce jour, à Tunis, Sarcelles, Jérusalem, Herzlia je conserve cette belle coutume.